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120, rue de la Gare

Couverture de 120, rue de la Gare

Nestor Burma — Tome 2

120, rue de la Gare

Jacques Tardi

Éditeur : Casterman

Sortie originale : 1 janvier 1988

★★★★★ 4/5

Avec 120, rue de la Gare, Tardi adapte l’une des enquêtes les plus célèbres de Nestor Burma. Entre Lyon et Paris, en pleine Occupation, le détective cherche à comprendre les derniers mots d’un homme mourant : « 120, rue de la Gare ». Une affaire sombre et labyrinthique, portée par une atmosphère remarquable.

Une énigme qui obsède Burma

Tout commence alors que Burma est prisonnier dans un stalag. Un homme amnésique meurt devant lui après avoir prononcé cette mystérieuse adresse. De retour en France, le détective retrouve son collaborateur Bob Colomer à la gare de Lyon, mais celui-ci est abattu sous ses yeux après avoir répété exactement les mêmes mots.

L’accroche est redoutablement efficace. Tardi installe immédiatement un mystère suffisamment intrigant pour justifier l’obstination de Burma. L’enquête devient ensuite plus complexe, avec de nombreux personnages et plusieurs pistes qui demandent une certaine attention.

Un vrai roman noir

Plus que dans certains albums suivants, l’ambiance est ici franchement sombre. La guerre est partout, même lorsqu’elle reste en arrière-plan. Les rues semblent froides, les personnages fatigués et la violence peut surgir brutalement.

Burma conserve pourtant son tempérament. Sa pipe, ses réflexions ironiques et son obstination apportent juste ce qu’il faut de légèreté sans casser la gravité de l’histoire.

Tardi dans son élément

Graphiquement, l’album est superbe. Tardi excelle dans cette France des années 1940, avec ses gares, ses rues humides, ses immeubles et ses intérieurs sombres. Son noir et blanc renforce naturellement l’atmosphère de polar.

La mise en scène est également très efficace. Malgré une intrigue dense et beaucoup de dialogues, la lecture reste fluide et les décors participent constamment au récit plutôt que de simplement l’illustrer.

Une intrigue riche, parfois un peu trop

C’est aussi la petite faiblesse de l’album. 120, rue de la Gare veut conserver la richesse du roman de Malet et accumule personnages, informations et révélations. Certains passages peuvent donc paraître chargés, surtout lorsqu’on essaie de reconstituer précisément toutes les ramifications de l’affaire.

Mais cette densité participe aussi au plaisir du polar. On cherche, comme Burma, à comprendre ce qui relie ces morts à une adresse apparemment anodine.

En résumé

120, rue de la Gare est l’un des albums les plus solides de cette adaptation de Nestor Burma. L’enquête est dense et demande parfois un peu d’attention, mais le mystère fonctionne remarquablement bien et l’atmosphère de la France occupée lui donne une véritable personnalité.

Tardi y est particulièrement à l’aise : son dessin, son sens du décor et sa manière de mettre en scène Burma transforment le roman de Léo Malet en excellent polar graphique.

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