Daredevil
Titre original : Daredevil
Avec : Ben Affleck, Jennifer Garner, Colin Farrell, Michael Clarke Duncan, Jon Favreau
Production / distribution : 20th Century Fox, Regency Enterprises, Marvel Enterprises / UGC Fox Distribution
Durée : 1 h 43
Adaptation : Comics
Sortie : 9 mars 2003
En 2003, après le succès de X-Men et Spider-Man, un autre héros Marvel débarque au cinéma. Ben Affleck devient Matt Murdock, avocat aveugle le jour et justicier la nuit, tandis que Jennifer Garner, Colin Farrell et Michael Clarke Duncan complètent une distribution impressionnante. Sur le papier, Daredevil avait tout pour proposer un film de super-héros beaucoup plus sombre.
Matt Murdock reste un personnage fascinant
L’origine de Daredevil est probablement ce que le film raconte le mieux. Enfant, Matt Murdock perd la vue après avoir été exposé à des produits chimiques, mais ses autres sens deviennent extraordinairement développés. Il apprend alors à percevoir son environnement d’une manière totalement différente, notamment grâce aux sons.
Le film trouve même une très belle idée visuelle pour représenter cette perception. Sous la pluie, Matt peut momentanément « voir » les contours du visage d’Elektra grâce aux gouttes qui frappent sa peau. Cette manière de traduire ses pouvoirs à l’écran donne au personnage une identité différente des autres héros Marvel de l’époque.
Son activité d’avocat apporte également une contradiction intéressante. Matt défend la justice devant les tribunaux pendant la journée, mais devient la nuit un homme beaucoup plus violent, prêt à rendre lui-même les verdicts que la justice officielle n’a pas prononcés. Malheureusement, le film explore assez superficiellement cette dualité.
Ben Affleck n’était peut-être pas vraiment le problème
Ben Affleck a longtemps été associé à l’échec critique du film, mais son interprétation est loin d’en être le principal défaut. Il propose un Matt Murdock assez sombre, solitaire et physiquement crédible, même si le scénario ne lui permet pas toujours de développer véritablement sa personnalité.
Le problème vient davantage du ton général. Daredevil est présenté comme un justicier torturé, mais le film passe régulièrement d’une noirceur presque gothique à des séquences beaucoup plus proches du clip musical. La réalisation, le montage et surtout certaines chansons replacent immédiatement le spectateur au début des années 2000.
Affleck se retrouve donc au centre d’un film qui souhaite être sombre sans toujours savoir comment traduire cette noirceur autrement qu’avec du cuir, de la pluie, des ralentis et une bande originale omniprésente.
La rencontre avec Elektra résume les problèmes du film
Jennifer Garner possède une véritable présence en Elektra Natchios et sa relation avec Matt devrait constituer le cœur émotionnel de l’histoire. Leurs trajectoires sont effectivement liées par le deuil, la vengeance et leur rapport à la violence.
Mais leur première grande rencontre est difficile à oublier pour de mauvaises raisons. Matt et Elektra transforment leur flirt en démonstration d’arts martiaux sur une aire de jeux, sous les yeux de plusieurs enfants. La scène cherche probablement à montrer qu’ils ont trouvé quelqu’un capable de leur tenir tête, mais elle ressemble davantage à une publicité ou à un clip qu’à une véritable rencontre.
C’est dommage, car Jennifer Garner fonctionne beaucoup mieux lorsque le récit devient dramatique. La mort de son père et son désir de vengeance permettent enfin à Elektra de devenir autre chose qu’un intérêt amoureux, même si le film doit alors précipiter son évolution.
Michael Clarke Duncan impose un Caïd impressionnant
Michael Clarke Duncan est probablement l’un des choix les plus convaincants du film. Son Wilson Fisk n’a pas besoin de pouvoirs : sa stature suffit à rendre immédiatement crédible l’idée qu’il puisse écraser physiquement presque n’importe quel adversaire.
Le film comprend également que le Caïd doit être davantage qu’un simple criminel de rue. Fisk possède une véritable influence sur New York et semble suffisamment puissant pour faire disparaître ceux qui pourraient lui poser problème sans avoir à intervenir directement.
Duncan apporte au personnage une autorité naturelle et une certaine élégance, mais il manque malheureusement de temps à l’écran. Le Caïd aurait mérité d’être beaucoup plus développé, notamment pour construire progressivement son opposition avec Matt Murdock plutôt que de réserver leur confrontation au dernier acte.
Colin Farrell décide de jouer dans un tout autre film
Et c’est probablement pour cela que son Bullseye reste aussi mémorable.
Colin Farrell ne cherche jamais la subtilité. Son personnage grimace, ricane, transforme pratiquement n’importe quel objet en projectile mortel et semble prendre un plaisir immense à tuer. Là où Ben Affleck joue constamment la gravité, Farrell décide manifestement que Bullseye doit être complètement incontrôlable.
Le résultat est excessif, parfois ridicule, mais rarement ennuyeux. Dans un film qui se prend souvent extrêmement au sérieux, cette folie apporte paradoxalement une véritable énergie.
Son affrontement avec Elektra reste d’ailleurs l’un des moments importants du film, même si la mise en scène et la musique donnent encore à la séquence une esthétique de vidéoclip très caractéristique de son époque.
La bande originale est devenue une capsule temporelle
Difficile de parler de Daredevil sans évoquer sa musique. Evanescence, Nickelback, Fuel, Seether ou encore Saliva accompagnent un film qui semble parfois avoir été entièrement conçu autour de l’esthétique rock du début des années 2000.
Certaines chansons fonctionnent individuellement, mais leur utilisation devient souvent envahissante. Au lieu d’accompagner les émotions, la bande originale semble parfois vouloir les dicter au spectateur.
La séquence d’entraînement d’Elektra sur Bring Me to Life d’Evanescence en constitue l’exemple le plus célèbre. Elle est devenue presque indissociable du film et résume parfaitement son époque : montage rapide, colère, cuir noir et rock alternatif.
Cela donne aujourd’hui à Daredevil un charme presque nostalgique, mais pas nécessairement celui que ses auteurs recherchaient.
Un Daredevil étonnamment violent
Le film possède néanmoins une particularité intéressante : Matt Murdock est loin d’être un héros irréprochable. Il n’hésite pas à brutaliser ses adversaires et peut même provoquer leur mort.
Une scène le montre notamment laisser volontairement un criminel sur les rails alors qu’un métro arrive. Pour un personnage censé défendre la justice, le geste est particulièrement radical.
Cette violence aurait pu devenir le véritable sujet du film. Matt pourrait progressivement comprendre qu’en se laissant guider par la vengeance, il finit par ressembler aux criminels qu’il combat. Le scénario aborde cette idée, notamment à travers la formule « Je ne suis pas le méchant », mais ne lui donne jamais toute la profondeur nécessaire.
Le potentiel était pourtant là pour proposer un film de super-héros moralement beaucoup plus ambigu que la moyenne de l’époque.
Des effets et des combats qui ont beaucoup vieilli
Le début des années 2000 n’était pas toujours tendre avec les doublures numériques et Daredevil en offre plusieurs exemples. Lorsque Matt bondit entre les immeubles ou réalise certaines acrobaties, son corps perd soudainement beaucoup de poids et de réalisme.
Les combats souffrent également d’un montage extrêmement rapide. Daredevil devrait être un personnage dont on ressent la précision, l’agilité et la perception exceptionnelle de son environnement. Le découpage empêche parfois d’apprécier réellement ces qualités.
Certaines idées restent pourtant intéressantes, notamment lorsque le film joue avec le son ou l’obscurité pour rappeler que Matt ne perçoit pas son environnement comme les autres personnages. Ce sont précisément ces moments qui montrent ce qu’une adaptation plus maîtrisée aurait pu accomplir.
Un film raté, mais pas complètement sans intérêt
Daredevil est devenu facile à moquer, mais tout n’est pas à jeter. Michael Clarke Duncan constitue un excellent Caïd, Colin Farrell offre un Bullseye délicieusement excessif et Ben Affleck se montre beaucoup plus convaincant que sa réputation ne pourrait le laisser penser.
Le véritable problème vient d’un film incapable de choisir entre polar urbain sombre, romance tragique, blockbuster de super-héros et gigantesque clip rock. Chaque élément pourrait fonctionner séparément, mais leur assemblage produit une œuvre constamment en conflit avec elle-même.
La série Netflix montrera plus tard à quel point Matt Murdock se prête à une approche plus intime et plus brutale. Cela ne condamne pas rétroactivement cette version, mais rend encore plus évidentes les occasions manquées du film de 2003.
Avec ses costumes en cuir, son rock omniprésent, ses ralentis et ses effets numériques, Daredevil est presque devenu une capsule temporelle du cinéma de super-héros des années 2000. Pas forcément un bon film, mais certainement un film impossible à confondre avec un autre.
En résumé
Daredevil possède un héros passionnant et une distribution qui méritait mieux. Ben Affleck n’est pas le principal problème, Michael Clarke Duncan impose un excellent Caïd et Colin Farrell s’amuse énormément en Bullseye. Mais une mise en scène vieillissante, une bande originale envahissante et un scénario qui survole ses meilleures idées empêchent le film d’exploiter réellement la richesse de Matt Murdock.
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