MiklMayer.fr

Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre

Affiche de Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre

Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre

Réalisation : Alain Chabat

Avec : Christian Clavier, Gérard Depardieu, Jamel Debbouze et Monica Bellucci

Production / distribution : Chez Wam, La Petite Reine, Renn Productions, Katharina et TF1 Films Production / Pathé Distribution

Durée : 1 h 52

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 30 janvier 2002

4/5

Avec Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, Alain Chabat adapte l’album de René Goscinny et Albert Uderzo tout en imposant fortement son propre univers comique. Le résultat est un film généreux, rythmé et porté par des interprètes devenus indissociables de leurs personnages. Mais derrière ses scènes cultes et ses dialogues mémorables, cette adaptation ressemble parfois davantage à un film des Nuls qu’à une véritable aventure d’Astérix.

Un palais à construire en trois mois

Jules César provoque la colère de Cléopâtre en affirmant que le peuple égyptien appartient désormais au passé et que les Romains sont devenus les véritables maîtres du monde.

Pour lui prouver le contraire, la reine s’engage à faire construire un somptueux palais en seulement trois mois. Si les travaux sont achevés dans les délais, César devra reconnaître publiquement la grandeur du peuple égyptien.

Cléopâtre confie le chantier à Numérobis, un architecte dont les constructions ne représentent pourtant pas le meilleur exemple du savoir-faire national. En cas de réussite, il sera couvert d’or. En cas d’échec, il terminera dans l’estomac des crocodiles sacrés.

Comprenant qu’il ne pourra jamais respecter le délai avec ses seuls ouvriers, Numérobis se rend en Gaule pour demander l’aide de Panoramix. Le druide accepte de l’accompagner en Égypte avec Astérix, Obélix et Idéfix.

Mais Amonbofis, architecte jaloux de ne pas avoir été choisi, compte bien saboter le chantier. César lui-même décide bientôt d’intervenir lorsqu’il réalise que Cléopâtre pourrait réellement remporter leur pari.

Alain Chabat transforme l’univers à son image

Le scénario respecte les grandes étapes d’Astérix et Cléopâtre. Le pari entre César et la reine, la construction du palais, l’intervention des Gaulois, la révolte des ouvriers, le gâteau empoisonné et l’attaque romaine proviennent directement de l’album.

Alain Chabat ne se contente cependant pas de transposer les cases à l’écran. Il développe les personnages secondaires, ajoute de nombreuses scènes et transforme les dialogues selon sa propre sensibilité.

Les anachronismes appartiennent depuis toujours à l’univers d’Astérix. René Goscinny utilisait déjà l’Antiquité pour détourner la société contemporaine, ses habitudes et ses expressions. Mission Cléopâtre reprend cette méthode en ajoutant des références à la publicité, aux entreprises, aux télécommunications et à la culture populaire du début des années 2000.

Mais l’humour des Nuls finit régulièrement par dominer celui de Goscinny. Les improvisations, les détournements publicitaires et les dialogues absurdes donnent parfois l’impression de regarder une comédie d’Alain Chabat utilisant les personnages d’Astérix.

Cette appropriation constitue à la fois la grande force du film et sa principale limite.

Jamel Debbouze prend le contrôle du film

Numérobis devient rapidement le véritable personnage principal. Jamel Debbouze apporte à l’architecte une énergie permanente, un sens de l’improvisation et une maladresse qui le rendent immédiatement attachant.

Le personnage n’est ni particulièrement compétent ni véritablement courageux. Ses bâtiments présentent quelques problèmes évidents et son organisation du chantier reste très approximative. Il accepte pourtant la mission de Cléopâtre, en partie parce qu’il ne possède pas réellement la possibilité de la refuser.

Jamel Debbouze transforme chaque hésitation et chaque explication confuse en ressort comique. Son Numérobis s’éloigne du personnage créé par Goscinny et Uderzo, mais devient parfaitement cohérent avec l’univers du film.

Cette réussite contribue également à placer Astérix au second plan. Numérobis possède davantage de scènes marquantes et porte une grande partie de l’humour, au point que les Gaulois paraissent parfois invités dans sa propre aventure.

Christian Clavier et Gérard Depardieu restent convaincants

Christian Clavier retrouve Astérix après Astérix et Obélix contre César. Son interprétation paraît ici plus naturelle et plus légère. Le personnage reste intelligent, courageux et capable de trouver une solution lorsque la situation se complique.

Alain Chabat accepte cependant qu’Astérix ne soit pas constamment au centre de chaque scène. Il devient le membre raisonnable d’un groupe dominé par les maladresses de Numérobis et les réactions d’Obélix.

Gérard Depardieu reste quant à lui particulièrement convaincant dans le rôle d’Obélix. L’apparence, la voix et la sensibilité du comédien correspondent parfaitement au personnage dessiné par Uderzo.

Obélix conserve ses principales obsessions : manger, affronter les Romains et obtenir le droit de boire de la potion magique. Gérard Depardieu retrouve aussi sa naïveté et son comportement presque enfantin lorsqu’une décision ne lui convient pas.

Les deux héros restent indispensables à la résolution de l’histoire, mais ils ne constituent plus le véritable moteur comique du film. Numérobis, César, Amonbofis et Otis leur volent régulièrement la vedette.

Une Cléopâtre majestueuse face à un César vaniteux

Monica Bellucci incarne une Cléopâtre spectaculaire, parfaitement consciente de son pouvoir et de l’effet produit par chacune de ses apparitions.

La reine n’est jamais réduite à sa beauté. Elle se montre autoritaire, intelligente et capable de tenir tête à César. Le pari naît précisément de son refus d’accepter le mépris avec lequel celui-ci juge le peuple égyptien.

Ses colères soudaines deviennent un ressort comique sans diminuer sa puissance. Cléopâtre reste l’une des rares personnes capables de faire immédiatement reculer le dirigeant romain.

Alain Chabat interprète justement un César vaniteux, mauvais perdant et constamment préoccupé par son image. Il accepte le pari avant de chercher à empêcher la construction du palais lorsqu’il comprend que les Égyptiens pourraient réussir.

Le personnage ressemble moins à un conquérant redoutable qu’à un dirigeant incapable d’assumer sa possible défaite. Sa relation avec Cléopâtre tient autant de la rivalité politique que de la dispute amoureuse.

Amonbofis et Otis deviennent cultes

Gérard Darmon donne beaucoup de personnalité à Amonbofis, l’architecte rival décidé à faire échouer Numérobis. Le personnage, nommé Tournevis dans l’album, bénéficie ici d’une place largement développée.

Sa jalousie, sa mauvaise foi et son arrogance en font un adversaire mémorable. Son affrontement avec Numérobis permet surtout à Alain Chabat de transformer un simple combat en une longue parodie cinématographique.

Édouard Baer ne dispose que d’un rôle secondaire, mais marque durablement le film dans celui d’Otis. Son célèbre monologue résume parfaitement l’humour d’Alain Chabat : l’intrigue s’arrête presque entièrement pour laisser le comédien développer une réponse disproportionnée par rapport à la question posée.

La scène est brillante, mais montre aussi à quel point le film s’éloigne parfois d’Astérix. Elle pourrait appartenir à une autre comédie d’Alain Chabat sans nécessiter la présence des personnages de Goscinny et Uderzo.

Otis, Numérobis et Amonbofis sont devenus indissociables de Mission Cléopâtre, alors qu’Astérix lui-même ne possède finalement que peu de scènes véritablement cultes.

Un humour extrêmement efficace, mais très marqué

Le film multiplie les jeux de mots, les anachronismes, les parodies, les répétitions et les références à la culture populaire. Les gags peuvent surgir dans les dialogues, les décors ou les réactions de personnages placés à l’arrière-plan.

Cette densité explique pourquoi le film supporte aussi bien les nouveaux visionnages. Certains détails passent facilement inaperçus la première fois.

Plusieurs références restent néanmoins très attachées au début des années 2000. Les spectateurs les plus jeunes ne reconnaîtront pas nécessairement les publicités, les marques ou les émissions détournées.

L’efficacité générale ne repose heureusement pas uniquement sur ces clins d’œil. Le rythme des dialogues, les performances des acteurs et l’absurdité des situations permettent aux scènes de fonctionner même lorsque leur référence précise a été oubliée.

Les meilleures répliques sont devenues cultes parce qu’elles correspondent à des personnages clairement définis. Le film n’aligne pas seulement des phrases destinées à être répétées : il sait construire les situations permettant de les rendre mémorables.

Une distribution d’une grande générosité

Le film rassemble une quantité impressionnante de comédiens, parfois présents pendant quelques minutes seulement. La plupart de ces apparitions possèdent une véritable fonction comique.

Claude Rich incarne un Panoramix calme et bienveillant. Dieudonné interprète Caius Céplus, officier romain obligé de comprendre les ordres parfois contradictoires de César. Chantal Lauby, Marina Foïs, Isabelle Nanty, Maurice Barthélemy et Jean Benguigui enrichissent également les seconds rôles.

Les pirates retrouvent naturellement leur place et semblent désormais conscients du destin qui les attend lorsqu’ils rencontrent les Gaulois.

Cette accumulation aurait pu rendre le film confus. Alain Chabat parvient pourtant à préserver une intrigue parfaitement lisible : Numérobis doit terminer le palais avant la fin du délai, tandis qu’Amonbofis et César tentent de l’en empêcher.

Chaque détour peut donc accueillir un nouveau gag sans faire complètement oublier l’objectif principal.

Une Égypte spectaculaire et volontairement fantaisiste

Les décors, les costumes et les effets visuels donnent au film une ampleur rare pour une comédie française du début des années 2000. Le palais de Cléopâtre, le chantier, la pyramide et le camp romain construisent une Égypte colorée et spectaculaire.

Le film ne recherche jamais une reconstitution historique réaliste. Les costumes et les architectures prolongent les dessins d’Uderzo en y ajoutant une dimension volontairement excessive.

Certains effets numériques ont vieilli, notamment pendant les attaques et les destructions. Ils restent cependant cohérents avec l’aspect très cartoonesque des affrontements.

La version restaurée sortie en 2023 a redonné de l’éclat aux décors, aux couleurs et aux costumes. Elle rappelle que Mission Cléopâtre ne repose pas uniquement sur ses dialogues : le film possède également une véritable ambition visuelle.

Une adaptation fidèle dans l’histoire, moins dans le ton

Mission Cléopâtre reprend directement Astérix et Cléopâtre, l’album de René Goscinny et Albert Uderzo publié en 1965 après sa prépublication dans Pilote.

Les principales péripéties sont conservées et plusieurs scènes reproduisent fidèlement les situations imaginées dans la bande dessinée. Alain Chabat développe cependant considérablement les personnages égyptiens et romains.

Cette liberté permet au film d’exister indépendamment de l’album. Elle éloigne également Astérix et Obélix du centre du récit. Les Gaulois deviennent presque des personnages secondaires chargés d’apporter la potion magique et de résoudre les problèmes lorsque Numérobis se retrouve dépassé.

Le film reste donc fidèle à l’intrigue, mais beaucoup moins au ton. L’humour de Goscinny partage l’écran avec celui des Nuls avant de lui laisser progressivement la place.

Cette différence n’empêche pas le film d’être une excellente comédie. Elle explique simplement pourquoi il ne constitue pas nécessairement la représentation la plus juste de l’univers d’Astérix.

Une grande comédie plus qu’un grand film Astérix

Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre reste un film remarquablement drôle, généreux et rythmé. Jamel Debbouze domine l’ensemble, Gérard Depardieu paraît né pour jouer Obélix et Alain Chabat transforme César en personnage mémorable.

Les dialogues, les seconds rôles et la densité des gags justifient pleinement son statut de comédie culte. Peu de films français de cette ampleur ont réussi à conserver une telle efficacité plus de vingt ans après leur sortie.

Mais son identité appartient davantage à Alain Chabat et aux Nuls qu’à René Goscinny et Albert Uderzo. Astérix s’efface derrière Numérobis, Otis, Amonbofis et César, tandis que l’humour contemporain finit par prendre le contrôle de l’adaptation.

Le résultat demeure excellent, mais fonctionne davantage comme une comédie des Nuls située dans le monde d’Astérixque comme une véritable transposition de la bande dessinée.

En résumé

Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre respecte l’histoire de l’album original tout en la transformant profondément par l’humour d’Alain Chabat. Jamel Debbouze, Gérard Darmon, Édouard Baer et Alain Chabat portent une grande partie des scènes devenues cultes, parfois au détriment des deux Gaulois.

Le film reste une comédie extrêmement efficace, dotée d’une distribution exceptionnelle et d’une véritable ambition visuelle. Son éloignement du ton de Goscinny et la place secondaire accordée à Astérix l’empêchent toutefois de représenter pleinement l’univers de la bande dessinée.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR