Astérix — Tome 16
Astérix chez les Helvètes
Éditeur : Dargaud
Sortie originale : 1 octobre 1970
Publié en 1970, Astérix chez les Helvètes conduit Astérix et Obélix en Helvétie à la recherche d’un remède indispensable. Derrière ce nouvel album de voyage se cache surtout une satire très réussie de la corruption, des privilèges et d’une administration romaine entièrement soumise aux intérêts des puissants.
Une Gaule romaine rongée par la corruption
Goscinny présente une administration romaine dans laquelle les gouverneurs détournent l’argent public tout en organisant des banquets démesurés. Gracchus Garovirus incarne parfaitement cette corruption devenue presque ordinaire.
Face à lui, le questeur Claudius Malosinus représente une institution romaine plus honnête. Cette opposition donne davantage de consistance au scénario : tous les Romains ne sont pas interchangeables et certains peuvent même devenir les alliés des Gaulois.
La critique politique reste très actuelle. L’album montre un système dans lequel les responsables les plus puissants utilisent leurs fonctions pour s’enrichir, puis tentent d’éliminer ceux qui pourraient révéler leurs pratiques.
Une Helvétie caricaturale mais mémorable
L’Helvétie antique rassemble tous les symboles associés à la Suisse moderne : propreté irréprochable, montres, banques, fromage, neutralité et chalets soigneusement entretenus.
Goscinny exploite ces clichés avec beaucoup d’inventivité. Les Helvètes nettoient constamment les lieux, annoncent l’heure avec une précision excessive et se montrent particulièrement discrets sur les richesses qui leur sont confiées.
Cette accumulation pourrait rendre la caricature répétitive, mais la variété des situations évite généralement cet écueil. L’album possède ainsi une identité immédiatement reconnaissable, renforcée par les décors montagneux d’Uderzo.
Un duo Astérix-Obélix momentanément déséquilibré
Obélix occupe une place importante dans l’humour, mais il devient aussi un véritable poids pour Astérix après avoir abusé de la nourriture et du vin lors d’un banquet.
Le renversement est amusant : alors qu’Obélix représente habituellement la force du duo, Astérix doit ici poursuivre la mission tout en surveillant son compagnon diminué. Leur efficacité habituelle laisse place à une progression plus difficile.
Cette situation offre plusieurs excellents gags, même si elle réduit parfois Obélix à son appétit et à son manque de mesure. Astérix porte donc l’essentiel de l’action pendant une partie de l’aventure.
Des banquets loin de la fête gauloise
Les orgies organisées par les Romains sont volontairement excessives. Uderzo multiplie les plats, les attitudes grotesques et les invités épuisés par leurs propres excès.
Ces scènes détournent le banquet traditionnel qui termine les aventures d’Astérix. Chez les Gaulois, le repas célèbre la communauté et la victoire ; chez Garovirus, il devient le symbole d’une élite oisive et corrompue.
La satire manque parfois de subtilité, mais son exagération sert parfaitement le dessin d’Uderzo. Les corps affalés et les visages repus composent certaines des images les plus marquantes de l’album.
Un voyage rythmé par d’excellents gags
La traversée de l’Helvétie permet d’enchaîner les situations devenues célèbres, notamment autour du fromage fondu, des établissements trop propres et de la ponctualité helvète.
Le scénario reste pourtant davantage qu’une simple succession de clichés nationaux. La recherche du remède maintient un véritable sentiment d’urgence, tandis que les Romains représentent une menace plus sérieuse qu’à l’habitude.
Quelques séquences étirent néanmoins leurs gags un peu trop longtemps. La seconde moitié privilégie parfois l’accumulation comique au détriment de la progression de l’intrigue.
Uderzo particulièrement à l’aise dans les décors
Les montagnes, les lacs et les villages helvètes offrent à Uderzo des paysages très différents de ceux de la Gaule. Le dessinateur donne à l’album une atmosphère claire et ordonnée, en opposition avec le désordre des banquets romains.
Son travail sur les scènes de foule et les expressions reste remarquable. Les excès des Romains comme la rigidité des Helvètes sont immédiatement lisibles sans que les dialogues aient besoin de tout expliquer.
Cette richesse visuelle contribue fortement au plaisir de lecture et fait de l’album l’un des voyages les plus réussis de la série.
En résumé
Astérix chez les Helvètes associe une satire mordante de la corruption romaine à une caricature très inventive de la Suisse. Le scénario conserve une véritable tension, les gags sont nombreux et Uderzo tire pleinement parti des paysages montagneux comme des banquets décadents. Certains clichés sont très appuyés et Obélix se retrouve momentanément réduit à son rôle de compagnon encombrant, mais l’ensemble demeure drôle, rythmé et remarquablement efficace.
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