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Sur la piste du Marsupilami

Affiche de Sur la piste du Marsupilami

Sur la piste du Marsupilami

Réalisation : Alain Chabat

Avec : Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot, Lambert Wilson, Patrick Timsit

Production / distribution : Chez Wam, Pathé, TF1 Films Production / Pathé Distribution

Durée : 1 h 45

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 4 avril 2012

4/5

En 2012, Alain Chabat s’attaque à l’une des créatures les plus célèbres de la bande dessinée franco-belge : le Marsupilami, imaginé par André Franquin en 1952 dans Spirou et Fantasio avant de connaître sa propre série. Dix ans après Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre, Chabat revient ainsi à l’adaptation de BD avec une aventure originale située en Palombie. Il partage l’affiche avec Jamel Debbouze, entouré notamment de Fred Testot, Géraldine Nakache, Lambert Wilson et Patrick Timsit.

Le Marsupilami sans Spirou ni Fantasio

Premier choix important : Sur la piste du Marsupilami n’essaie pas d’adapter une aventure précise de Franquin. Spirou et Fantasio sont absents et le scénario construit sa propre histoire autour de la Palombie et de son animal légendaire.

Dan Geraldo, journaliste en perte de vitesse, est envoyé sur place afin de décrocher une interview susceptible de relancer sa carrière. Il rencontre Pablito Camaron, guide local aussi enthousiaste que peu fiable, et tous deux se retrouvent progressivement mêlés à une histoire beaucoup plus importante que le reportage initial.

Cette liberté permet au film d’éviter le piège de la reconstitution. Chabat utilise l’univers du Marsupilami comme un immense terrain de jeu plutôt que comme un patrimoine auquel il faudrait constamment rendre hommage.

Et pour une créature née sous le crayon de Franquin, cette envie de jouer est probablement beaucoup plus pertinente qu’une fidélité trop scolaire.

Jamel Debbouze et Alain Chabat portent le film

Le véritable moteur du film n’est d’ailleurs pas immédiatement le Marsupilami, mais le duo formé par Alain Chabat et Jamel Debbouze.

Dan Geraldo constitue le personnage relativement raisonnable autour duquel peut s’organiser la folie générale. Chabat possède exactement le détachement nécessaire pour réagir aux événements les plus absurdes sans chercher constamment à provoquer le rire.

Jamel Debbouze dispose évidemment d’un registre beaucoup plus énergique. Pablito parle, improvise, ment et s’agite constamment. Sur le papier, le personnage pourrait devenir rapidement épuisant. Debbouze réussit pourtant à lui apporter suffisamment de sincérité pour qu’il ne soit pas seulement un générateur de gags.

Leur complémentarité rappelle surtout ce que Chabat sait très bien faire : laisser les acteurs exister à l’intérieur de la comédie. Beaucoup de dialogues semblent pouvoir déborder du scénario sans que le film perde complètement son équilibre.

Le Marsupilami n’est presque pas le héros de son propre film

C’est à la fois une bonne idée et l’une des limites du projet. Le Marsupilami reste longtemps une présence mystérieuse autour de laquelle tourne l’histoire plutôt que son personnage principal.

Cette retenue évite d’épuiser immédiatement la créature. Chaque apparition conserve ainsi quelque chose d’événementiel et le film peut progressivement dévoiler ses capacités extraordinaires.

Mais le titre promet tout de même Sur la piste du Marsupilami. Or une grande partie du récit est consacrée aux humains, à leurs intrigues et à leurs propres péripéties. Ceux qui viennent avant tout pour le personnage de Franquin peuvent légitimement trouver qu’il faut parfois patienter avant de réellement profiter de lui.

Lorsqu’il est présent, en revanche, le film comprend très bien ce qui fait son charme : sa puissance invraisemblable, sa curiosité, son intelligence et surtout cette queue capable de devenir absolument n’importe quoi.

Une créature numérique qui fonctionne étonnamment bien

C’était probablement le principal danger du film. Transformer le Marsupilami en animal numérique réaliste aurait pu produire une créature assez effrayante ou, à l’inverse, complètement artificielle.

Le résultat trouve un compromis convaincant.

Le Marsupilami possède des poils, du volume et une véritable présence dans les décors, mais ses mouvements restent volontairement impossibles. Sa queue conserve notamment l’élasticité absurde imaginée par Franquin. Le film ne cherche donc jamais à expliquer biologiquement comment cet animal pourrait exister.

Et heureusement.

Car vouloir rendre le Marsupilami crédible aurait précisément consisté à supprimer ce qui le rend intéressant. Chabat comprend qu’il faut intégrer une créature de bande dessinée au monde réel sans lui demander de respecter les règles de ce monde.

Plus de dix ans après la sortie du film, certains effets numériques montrent forcément leur âge, mais l’ensemble demeure suffisamment expressif pour que le personnage fonctionne toujours.

La Palombie devient un gigantesque terrain de jeu

La reconstitution de la Palombie permet également au film de créer son propre univers. La jungle, les militaires, les habitants, les légendes et les multiples institutions du pays donnent immédiatement l’impression d’un territoire imaginaire.

Chabat ne cherche évidemment pas le réalisme géopolitique. La Palombie fonctionne comme chez Franquin : un pays fictif permettant de mélanger aventure exotique, satire et absurdité.

Le film pousse même cette logique assez loin. Tout peut arriver parce que la Palombie semble elle-même obéir aux règles d’une bande dessinée.

C’est important, car le Marsupilami aurait paru beaucoup plus artificiel s’il avait été placé dans un univers totalement réaliste. Ici, les humains sont parfois tellement extravagants que l’existence d’un animal jaune à taches noires doté d’une queue de plusieurs mètres devient presque l’élément le plus raisonnable du décor.

Lambert Wilson et une scène devenue impossible à oublier

Parmi tous les personnages secondaires, le général Pochero incarné par Lambert Wilson occupe évidemment une place particulière.

Le film aurait pu se contenter d’un militaire autoritaire relativement classique. Chabat préfère en faire un personnage complètement imprévisible, jusqu’à cette désormais célèbre séquence construite autour de « I’m Alive » de Céline Dion.

Sur le papier, la scène n’a pratiquement aucun sens. Dans le film, c’est précisément pour cela qu’elle fonctionne.

Lambert Wilson s’y engage avec un sérieux total. Pas de clin d’œil gêné, pas de distance avec le gag : Pochero vit réellement ce moment comme quelque chose d’essentiel. La mise en scène peut alors pousser l’absurde extrêmement loin sans que la séquence s’effondre.

C’est peut-être le passage qui résume le mieux l’humour de Chabat : une idée complètement idiote peut devenir extrêmement drôle à condition d’être exécutée avec suffisamment de sérieux.

Une galerie de personnages parfois trop envahissante

Le revers de cette générosité est que Sur la piste du Marsupilami veut constamment ajouter quelque chose.

Fred Testot, Patrick Timsit, Géraldine Nakache, Lambert Wilson, Liya Kebede et les nombreux personnages secondaires alimentent une intrigue qui finit par devenir assez chargée. À cela s’ajoutent les militaires, les scientifiques, les enjeux autour du Marsupilami et les différentes motivations des héros.

Certaines digressions sont très drôles prises séparément, mais ralentissent l’aventure principale. Chabat semble parfois davantage intéressé par la possibilité d’inventer une nouvelle scène comique que par la nécessité de faire progresser son récit.

Cette liberté participe évidemment au charme du film. Elle explique aussi pourquoi l’ensemble paraît moins maîtrisé que Mission Cléopâtre. Les gags peuvent être excellents, mais la mécanique narrative est plus irrégulière.

Retrouver Franquin sans chercher à reproduire Franquin

C’est finalement sur ce point que l’adaptation est la plus intéressante. Visuellement, le film ressemble très peu aux albums. Les personnages humains ne cherchent pas à reproduire les silhouettes de Franquin et le scénario invente une grande partie de son univers.

Pourtant, quelque chose de l’esprit de la BD subsiste.

Franquin pouvait partir d’une situation relativement simple et la faire dégénérer grâce au mouvement, aux réactions des personnages et à une imagination graphique sans limites. Chabat utilise une méthode comparable avec les moyens du cinéma : acteurs, effets numériques, décors et montage deviennent les instruments de cette exagération.

La fidélité ne vient donc pas d’une accumulation de costumes ou de références destinées aux lecteurs. Elle vient de l’acceptation d’un principe beaucoup plus fondamental : dans l’univers du Marsupilami, l’absurde doit sembler parfaitement naturel.

Un film inégal, mais qui possède une véritable personnalité

Tout ne fonctionne pas avec la même efficacité. Le scénario s’éparpille, certaines blagues vieillissent moins bien que d’autres et le Marsupilami lui-même aurait probablement mérité davantage de place.

Mais le film possède quelque chose que beaucoup d’adaptations de bande dessinée perdent en route : une personnalité.

Chabat ne semble jamais réaliser Sur la piste du Marsupilami parce qu’il faut exploiter une licence connue. Il transforme réellement l’univers en comédie à sa manière, quitte à prendre le risque de s’en éloigner.

Cela produit un film imparfait, parfois désordonné, mais rarement impersonnel. Et entre une adaptation parfaitement sage et une autre capable de faire danser Lambert Wilson sur Céline Dion au milieu d’une aventure consacrée au Marsupilami, le choix est assez vite fait.

En résumé

Sur la piste du Marsupilami n’est ni une adaptation littérale de Franquin ni véritablement un film centré uniquement sur le Marsupilami. Alain Chabat utilise surtout la Palombie et sa célèbre créature comme terrain de jeu pour construire une grande comédie d’aventure portée par son duo avec Jamel Debbouze et une galerie de seconds rôles particulièrement généreuse.

Le récit est parfois trop dispersé et le Marsupilami aurait gagné à occuper davantage l’écran, mais l’humour, la créature numérique, l’univers et quelques séquences devenues cultes lui donnent une vraie personnalité. Une adaptation très libre qui comprend finalement une chose essentielle : pour respecter Franquin, il n’était pas nécessaire de recopier ses dessins, mais de préserver sa capacité à faire surgir l’absurde au milieu du quotidien.

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