Captain America: Civil War
Titre original : Captain America: Civil War
Avec : Chris Evans, Robert Downey Jr., Sebastian Stan, Scarlett Johansson
Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France
Durée : 2 h 27
Adaptation : Comics
Sortie : 27 avril 2016
Après Le Soldat de l’hiver, Anthony et Joe Russo retrouvent Captain America en 2016 avec un film aux dimensions considérablement plus importantes. Chris Evans partage désormais l’affiche avec Robert Downey Jr., tandis que presque toute l’équipe des Avengers se retrouve impliquée dans un conflit autour des accords de Sokovie. Civil War introduit également Black Panther, incarné par Chadwick Boseman, et fait entrer le Spider-Man de Tom Holland dans le MCU.
Steve Rogers et Tony Stark : deux positions que le film prend au sérieux
La grande réussite de Civil War est de ne pas transformer son conflit en simple opposition entre un héros raisonnable et un autre qui aurait tort. Après Sokovie et les nombreuses destructions provoquées par les Avengers, Tony considère qu’ils ne peuvent plus continuer à intervenir partout sans rendre de comptes. Son sentiment de culpabilité depuis Age of Ultronrend cette position parfaitement cohérente.
Steve voit exactement le problème inverse. Après avoir découvert dans Le Soldat de l’hiver qu’HYDRA avait infiltré le S.H.I.E.L.D., il ne peut plus accepter qu’une institution décide à sa place quand il doit intervenir. Les deux hommes défendent donc des positions directement issues de leurs expériences précédentes. Tony a perdu confiance en son propre jugement ; Steve a perdu confiance dans celui des institutions. Le conflit fonctionne parce qu’aucun des deux n’agit soudainement contre sa personnalité pour permettre au scénario d’exister.
Les accords de Sokovie ne sont pourtant que le début
Le film est suffisamment intelligent pour ne pas faire reposer toute sa confrontation sur un débat administratif. Les accords provoquent la fracture initiale, mais Bucky Barnes transforme progressivement le désaccord politique en affaire personnelle. Steve refuse d’abandonner son ami alors que tout semble l’accuser, ce qui pousse Tony à considérer son comportement comme une nouvelle preuve que les Avengers ne peuvent plus agir sans contrôle.
Sebastian Stan devient ainsi essentiel au récit. Bucky reste marqué par ce qu’HYDRA lui a fait et ne peut pas simplement redevenir l’homme que Steve connaissait dans les années 1940. Pourtant, Steve refuse de le réduire au Soldat de l’hiver. Cette fidélité absolue constitue à la fois l’une de ses plus grandes qualités et l’origine de plusieurs de ses erreurs.
Black Panther réussit son entrée en quelques scènes
Chadwick Boseman bénéficie d’une introduction particulièrement efficace. T’Challa n’a pas besoin que le film interrompe son récit pour raconter longuement ses origines : quelques scènes suffisent pour comprendre son statut, sa douleur et la raison de sa présence dans le conflit. Son costume et sa manière de combattre le distinguent immédiatement des autres héros.
Surtout, son parcours constitue un contrepoint intelligent à celui de Steve et Tony. Alors que ces derniers s’enferment progressivement dans une confrontation de plus en plus personnelle, T’Challa commence son histoire guidé par la vengeance avant de comprendre ce qu’elle risque de faire de lui. Dans un film où presque tout le monde refuse progressivement de lâcher prise, Black Panther est paradoxalement celui qui comprend le premier qu’il faut savoir s’arrêter.
Spider-Man débarque dans un film déjà surchargé… et ça fonctionne
L’arrivée de Tom Holland aurait facilement pu ressembler à une énorme publicité pour le futur Spider-Man: Homecoming. Et, dans une certaine mesure, elle l’est évidemment. Pourtant, quelques minutes suffisent à installer un Peter Parker immédiatement différent des précédentes versions cinématographiques : plus jeune, enthousiaste et encore impressionné par les héros qu’il rencontre.
Sa présence fonctionne surtout parce que Spider-Man ne vient pas modifier artificiellement l’intrigue. Tony recrute un adolescent extraordinairement puissant pour renforcer son camp, ce qui révèle d’ailleurs une contradiction assez amusante chez celui qui défend précisément la nécessité d’encadrer les super-héros. Tom Holland apporte de la légèreté sans détourner complètement le film de son sujet et son apparition donne immédiatement envie de retrouver cette version du personnage.
L’aéroport : du fan service remarquablement bien organisé
La bataille de l’aéroport reste évidemment le grand morceau de bravoure. Iron Man, Captain America, Spider-Man, Black Panther, Ant-Man, War Machine, Falcon, Black Widow, Hawkeye, Vision et Scarlet Witch se retrouvent dans un affrontement qui aurait facilement pu devenir totalement illisible. Les Russo réussissent pourtant à donner à presque chacun un moment identifiable.
L’utilisation des pouvoirs est particulièrement réussie : Spider-Man improvise, Ant-Man change constamment l’échelle du combat, Vision domine physiquement sans chercher réellement à blesser ses adversaires, tandis que Steve et Bucky tentent surtout de poursuivre leur mission. L’humour est parfois très présent, mais la scène n’oublie pas que ces personnages se connaissent et hésitent encore à se faire réellement du mal. Le spectacle fonctionne précisément parce que le film a construit les relations qui se trouvent derrière les coups.
Zemo comprend qu’il ne peut pas battre les Avengers
Daniel Brühl incarne un antagoniste très différent des ennemis habituels du MCU. Zemo ne possède ni armure, ni pouvoirs, ni armée extraterrestre. Il comprend simplement qu’il n’a aucune chance de vaincre physiquement les Avengers et choisit donc de les pousser à se détruire eux-mêmes.
Son plan repose sur de nombreuses circonstances favorables et devient parfois inutilement compliqué. Pourtant, l’idée du personnage fonctionne parfaitement avec le thème du film. Zemo exploite des blessures qui existaient déjà : la culpabilité de Tony, la fidélité de Steve envers Bucky et la fragilité d’une équipe dont les membres n’ont jamais réellement résolu leurs désaccords. Il ne crée pas la fracture ; il trouve simplement l’endroit où appuyer.
Après le spectacle, un combat beaucoup plus petit fait réellement mal
Le choix le plus intelligent de Civil War consiste finalement à ne pas terminer sur la bataille de l’aéroport. Après avoir offert le gigantesque affrontement que promettait l’affiche, le film réduit progressivement son échelle jusqu’à enfermer Steve, Tony et Bucky dans un conflit beaucoup plus intime.
C’est là que le titre Civil War prend véritablement son sens. Il ne s’agit plus de deux équipes de super-héros se lançant des voitures et des rayons d’énergie, mais de personnages autrefois amis incapables de dépasser ce qui vient d’être révélé. Le combat devient brutal, presque inconfortable, parce qu’il n’existe plus vraiment de victoire possible. Le meilleur affrontement du film n’est pas celui qui réunit le plus de héros, mais celui dans lequel personne ne devrait avoir envie de gagner.
Un Avengers 2.5 qui reste malgré tout un Captain America
Avec autant de personnages, Civil War pourrait facilement être considéré comme un troisième Avengers. Tony Stark occupe une place immense, plusieurs intrigues du MCU convergent et deux futurs piliers de l’univers sont introduits. Steve doit parfois partager son propre film avec une quantité impressionnante de personnages.
Pourtant, le récit reste fondamentalement construit autour de ses choix. Sa méfiance envers les institutions, sa fidélité envers Bucky et sa conception de la responsabilité prolongent directement Le Soldat de l’hiver. Les Russo réussissent ainsi un exercice difficile : réaliser un immense crossover sans complètement perdre le héros dont le nom reste inscrit sur l’affiche.
En résumé
Captain America: Civil War réussit son spectaculaire affrontement entre super-héros parce qu’il repose d’abord sur un véritable conflit entre Steve Rogers et Tony Stark. Black Panther et Spider-Man sont remarquablement introduits, Zemo constitue un adversaire atypique et la dernière confrontation donne une dimension beaucoup plus intime à ce qui aurait pu n’être qu’un gigantesque crossover.
Le film est parfois surchargé et le plan de Zemo demande quelques facilités, mais les Russo parviennent à maintenir l’émotion derrière le spectacle. L’un des sommets du MCU.
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