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Deadpool

Affiche de Deadpool

Deadpool

Titre original : Deadpool

Réalisation : Tim Miller

Avec : Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, T.J. Miller

Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, The Donners' Company / 20th Century Fox France

Durée : 1 h 48

Adaptation : Comics

Sortie : 10 février 2016

★★★★★ 4/5

Sept ans après une première apparition particulièrement malheureuse dans X-Men Origins: Wolverine, Deadpool revient complètement réinventé. Tim Miller confie de nouveau le personnage à Ryan Reynolds et assume enfin tout ce qui le définit : violence, humour vulgaire, conscience d’être dans un film et incapacité presque totale à garder la bouche fermée.

Ryan Reynolds était définitivement fait pour Deadpool

Difficile de séparer Wade Wilson de Ryan Reynolds tant l’acteur semble avoir façonné cette version du personnage autour de sa propre personnalité. Dès les premières minutes, il parle constamment, se moque de ses adversaires, du film, du studio et parfois directement du spectateur.

Cette fois, personne n’a eu l’idée de lui coudre la bouche.

Le film exploite même intelligemment le fiasco de X-Men Origins: Wolverine. Wade possède une figurine de cette ancienne version et Ryan Reynolds accepte volontiers de tourner en dérision l’une des plus grosses erreurs de sa carrière. Même Green Lantern n’échappe pas aux plaisanteries.

Cette autodérision aurait pu n’être qu’un gimmick. Elle devient au contraire l’une des principales forces du film parce que Reynolds ne semble jamais prendre son statut de super-héros au sérieux.

Une origin story racontée complètement à l’envers

Sur le fond, Deadpool raconte pourtant une histoire extrêmement classique. Wade Wilson rencontre Vanessa, tombe amoureux, découvre qu’il est atteint d’un cancer, accepte une expérience censée le sauver et obtient des pouvoirs avant de chercher à se venger de l’homme responsable de sa transformation.

Tim Miller contourne cette impression de déjà-vu grâce à une narration éclatée. Le film commence en pleine attaque sur une autoroute avant de revenir progressivement sur le passé de Wade. Les flashbacks expliquent ainsi comment il est devenu Deadpool sans interrompre trop longtemps l’action principale.

Cette structure permet surtout au personnage de raconter lui-même son histoire, avec toutes les digressions et commentaires que cela implique. Même lorsqu’il utilise les ingrédients traditionnels d’une origin story, Deadpool trouve donc une manière de les détourner.

Wade et Vanessa forment un couple parfaitement dysfonctionnel

Morena Baccarin apporte énormément au film. Vanessa n’est pas simplement la petite amie que le héros doit sauver dans le dernier acte : sa relation avec Wade permet de donner au personnage une véritable vie avant Deadpool.

Leur romance fonctionne justement parce qu’elle refuse presque toutes les conventions habituelles. Wade et Vanessa se rencontrent autour de leurs traumatismes, de leur humour douteux et de leur capacité à rivaliser dans la provocation. Derrière les plaisanteries se construit pourtant une relation étonnamment sincère.

La maladie de Wade fonctionne alors beaucoup mieux. Ce qu’il craint réellement n’est pas seulement de mourir, mais de perdre cette vie qu’il vient enfin de trouver.

Le masque de Deadpool devient même une manière de cacher autant ses cicatrices que sa peur d’être rejeté.

Ajax n’est pas extraordinaire, mais il remplit parfaitement son rôle

Ed Skrein incarne Francis Freeman, alias Ajax, responsable de la transformation de Wade. L’antagoniste ne possède ni la profondeur d’un Magneto ni une motivation particulièrement complexe : il torture des personnes afin de déclencher leurs mutations avant de les vendre comme armes.

Mais Deadpool n’a pas réellement besoin d’un grand antagoniste idéologique.

Ajax fonctionne parce que le conflit est profondément personnel. Il a détruit le corps de Wade, l’a torturé et représente tout ce que Deadpool cherche à effacer de sa nouvelle existence. Leur rivalité repose davantage sur la haine et l’humiliation que sur une quelconque volonté de sauver le monde.

Le film s’amuse même de son véritable prénom, « Francis », que Wade utilise comme une arme supplémentaire pour l’énerver.

Colossus représente tout ce que Deadpool refuse d’être

L’utilisation de Colossus est particulièrement intelligente. Là où Deadpool tue, insulte et refuse pratiquement toute règle, le X-Man croit encore au courage, à la responsabilité et à la possibilité de devenir une meilleure personne.

Le contraste entre les deux fonctionne immédiatement.

Colossus passe une grande partie du film à essayer de convaincre Wade de rejoindre les X-Men, tandis que Deadpool se moque ouvertement de son discours héroïque. Le film peut ainsi parodier les codes traditionnels du genre tout en les conservant à travers le personnage.

Negasonic Teenage Warhead complète parfaitement le duo. Son attitude blasée face aux pitreries de Wade suffit souvent à créer le gag sans qu’elle ait besoin de répondre.

Les X-Men sont là… mais pas trop

Deadpool appartient bien à l’univers des X-Men et le film ne cherche jamais à le cacher. L’école de Xavier apparaît, Colossus joue un rôle important et Wade multiplie les références aux mutants.

Il se permet même de demander quel professeur Xavier Colossus veut voir : McAvoy ou Stewart.

Mais le film utilise intelligemment cet univers sans se laisser engloutir par lui. Deadpool peut exister indépendamment de Wolverine, Magneto ou Mystique. Les X-Men deviennent presque une institution respectable que Wade observe depuis l’extérieur avec beaucoup d’ironie.

Le budget relativement limité du film devient même une source de plaisanterie lorsque Deadpool s’étonne que le studio n’ait apparemment les moyens de montrer que deux X-Men.

La violence change complètement le ton

Après des années de films X-Men relativement sages, Deadpool profite pleinement de son interdiction aux plus jeunes pour montrer ce que Wade peut réellement faire avec ses armes et son facteur guérisseur.

Les combats sont sanglants, les membres sont coupés et Deadpool peut subir des blessures absurdes puisqu’il sait qu’il finira par guérir. Le film transforme ainsi sa capacité de régénération en source d’action autant que de comédie.

Cette liberté permet surtout à Deadpool de ne jamais ressembler à un X-Men traditionnel auquel on aurait simplement ajouté quelques grossièretés. Tim Miller construit véritablement le film autour de la personnalité de son héros.

Cela fonctionne particulièrement bien lors de la séquence sur l’autoroute, qui résume pratiquement à elle seule tout ce que cette adaptation veut être.

Briser le quatrième mur sans casser complètement l’histoire

Deadpool sait qu’il est dans un film. Il regarde la caméra, parle au spectateur, critique le scénario et fait référence aux acteurs qui interprètent les personnages.

Le procédé aurait facilement pu devenir épuisant.

Le film trouve pourtant un équilibre assez efficace. Wade brise constamment l’illusion, mais son histoire avec Vanessa conserve suffisamment de sincérité pour que les enjeux émotionnels continuent d’exister.

C’est probablement la principale réussite de l’humour de Deadpool. Derrière toutes les plaisanteries, le personnage reste capable d’avoir peur, d’aimer et de souffrir.

Sans cela, deux heures de provocations auraient rapidement trouvé leurs limites.

Une petite révolution pour les films de super-héros

Deadpool ne révolutionne pas son histoire. Il révolutionne surtout la manière de la raconter. Son intrigue pourrait presque appartenir à n’importe quelle origin story, mais son héros refuse constamment de se comporter comme les autres super-héros.

Le succès du film démontrera également qu’une adaptation de comics destinée à un public adulte peut rencontrer un immense public sans gommer ce qui fait la particularité de son personnage.

Tout n’est pas aussi irrévérencieux que le film voudrait parfois le faire croire et certains gags vieillissent forcément mieux que d’autres. Mais l’ensemble conserve une énergie communicative.

Surtout, après X-Men Origins: Wolverine, Ryan Reynolds obtient enfin l’occasion de montrer pourquoi son casting était une excellente idée depuis le début.

Le plus beau pied de nez de Deadpool reste finalement très simple : Hollywood avait déjà Ryan Reynolds dans le rôle en 2009. Il suffisait de le laisser parler.

En résumé

Deadpool transforme une origin story assez classique en comédie d’action ultra-violente grâce à un Ryan Reynolds totalement indissociable de Wade Wilson. Morena Baccarin apporte un véritable cœur au film, Colossus offre un excellent contrepoint au héros et l’humour méta permet de dynamiter joyeusement les habitudes des films X-Men. Quelques plaisanteries fonctionnent moins bien que d’autres, mais la revanche sur X-Men Origins est éclatante.

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