Deadpool 2
Titre original : Deadpool 2
Avec : Ryan Reynolds, Josh Brolin, Zazie Beetz, Julian Dennison
Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, The Donners' Company / 20th Century Fox France
Durée : 1 h 59
Adaptation : Comics
Sortie : 16 mai 2018
Deux ans après son premier massacre, Deadpool revient avec des ambitions revues à la hausse. Ryan Reynolds retrouve Wade Wilson, désormais entouré de Cable, Domino et d’une X-Force qu’il compte bien transformer en équipe de super-héros. Derrière les blagues et la violence, le film surprend surtout en construisant son histoire autour de la famille et de la possibilité d’une seconde chance.
Deadpool revient avec exactement la même énergie
Deadpool 2 ne cherche évidemment pas à assagir son héros. Wade continue de parler au spectateur, de se moquer de la Fox, des X-Men, de Wolverine, de DC et à peu près de tout ce qui peut se trouver à portée de vanne. Ryan Reynolds possède désormais tellement le personnage qu’il devient difficile de déterminer où s’arrête l’acteur et où commence Deadpool.
La différence vient surtout de l’échelle. Le premier film devait composer avec un budget relativement limité et transformait régulièrement cette contrainte en plaisanterie. Cette suite dispose de davantage de moyens et peut donc multiplier les mutants, les affrontements et les morceaux de bravoure sans perdre son identité. David Leitch, qui remplace Tim Miller à la réalisation, apporte également une dimension plus physique aux scènes d’action.
Le film conserve pourtant une intrigue étonnamment simple. Wade doit empêcher Russell, un jeune mutant maltraité, de commettre un acte qui déterminera tout son avenir. Pour quelqu’un qui passe son temps à tuer ses adversaires, défendre l’idée qu’une personne mérite une seconde chance constitue déjà une évolution intéressante.
Derrière les blagues, Wade traverse un véritable deuil
La mort de Vanessa intervient très rapidement et change complètement la direction du récit. Le procédé peut sembler brutal, d’autant que le premier film avait justement pris le temps de construire leur relation, mais il permet à Deadpool 2de montrer un Wade incapable de supporter l’idée de continuer sans elle.
Son facteur guérisseur devient alors presque une malédiction. Deadpool peut tenter de mourir autant qu’il le souhaite, son corps finit toujours par se reconstruire. Sous les blagues, le film reprend donc une idée déjà explorée avec Wolverine : que reste-t-il lorsqu’un homme pratiquement impossible à tuer ne souhaite plus vivre ?
Cette dimension apporte davantage de profondeur à Wade sans chercher à le transformer en personnage constamment sérieux. Il reste insupportable, irresponsable et capable de faire une plaisanterie dans les situations les plus dramatiques, mais l’humour devient aussi une manière de masquer sa douleur.
Cable aurait facilement pu n’être qu’un Terminator mutant
Josh Brolin apporte immédiatement une présence impressionnante à Cable. Soldat venu du futur, lourdement armé et déterminé à tuer Russell, il semble d’abord n’être qu’une énorme machine de guerre placée sur la route de Deadpool.
Le film assume d’ailleurs complètement la comparaison avec Terminator.
Mais Cable possède rapidement une motivation beaucoup plus personnelle. Il ne cherche pas à conquérir le monde : il veut empêcher le meurtre de sa femme et de sa fille en éliminant celui qui en deviendra responsable. Son objectif est donc compréhensible, même si sa solution consiste à exécuter un adolescent avant qu’il ait commis le crime.
C’est précisément ce qui permet au conflit de fonctionner. Wade pense que Russell peut encore changer, Cable considère que le risque est trop important. Derrière les fusillades et les insultes se cache finalement une opposition assez classique entre vengeance et rédemption.
Domino vole presque autant le film que Quicksilver chez les X-Men
Zazie Beetz est probablement la meilleure nouvelle arrivée de cette suite. Domino possède un pouvoir qui paraît d’abord particulièrement difficile à représenter au cinéma : elle a simplement de la chance.
Deadpool considère évidemment que ce n’est pas un véritable super-pouvoir.
David Leitch lui donne tort avec plusieurs excellentes séquences où une succession d’événements improbables permet à Domino de traverser le chaos sans pratiquement jamais être inquiétée. Là où Quicksilver permettait aux films X-Men de jouer avec le temps, Domino permet à Deadpool 2 de transformer le hasard en véritable chorégraphie d’action.
Zazie Beetz apporte en plus suffisamment de décontraction pour tenir tête à Ryan Reynolds sans chercher à rivaliser avec lui dans la surenchère. Le personnage trouve immédiatement sa place et donne envie de la revoir davantage.
La X-Force offre l’une des meilleures plaisanteries du film
La campagne promotionnelle pouvait laisser penser que Deadpool allait véritablement former une nouvelle équipe. Wade organise donc des entretiens et recrute Domino, Bedlam, Shatterstar, Zeitgeist, Vanisher et Peter, un homme parfaitement ordinaire dont la principale qualification semble être d’avoir répondu à l’annonce.
Tout est mis en place comme si cette X-Force devait devenir l’équivalent irrévérencieux des X-Men.
Puis vient le parachutage.
Le film élimine pratiquement toute l’équipe quelques minutes après sa création dans une succession de morts aussi absurdes que brutales. Le gag fonctionne parce que Deadpool 2 utilise directement les attentes du spectateur contre lui : après avoir présenté chaque membre comme un nouveau personnage important, le scénario détruit sa propre équipe avant même sa première véritable mission.
Et évidemment, Peter bénéficie d’un traitement particulier. Parce que c’est Peter.
Russell donne au film son véritable enjeu
Julian Dennison incarne Russell Collins, jeune mutant capable de générer du feu et profondément marqué par les mauvais traitements subis dans l’établissement où il vivait. Sa colère le pousse progressivement vers une violence dont Cable connaît déjà les conséquences futures.
Deadpool se reconnaît en partie dans cet adolescent rejeté et refuse donc de considérer son avenir comme définitivement écrit. Leur relation permet au film de parler de responsabilité sans transformer Wade en modèle de vertu. Il ne cherche pas à apprendre à Russell à devenir un super-héros parfait : il veut simplement lui prouver qu’une autre voie reste possible.
L’arrivée du Fléau complique évidemment cette mission. Le personnage bénéficie enfin d’une apparence et d’une puissance beaucoup plus proches de celles des comics que dans X-Men : L’Affrontement final. Son combat contre Colossus constitue d’ailleurs l’un des grands plaisirs du dernier acte.
Colossus continue d’essayer désespérément d’en faire un X-Man
Colossus reste le parfait opposé de Deadpool. Il croit toujours aux règles, au travail en équipe et à l’idée qu’un véritable héros doit éviter de tuer ses adversaires. Wade continue naturellement de considérer tout cela comme profondément ennuyeux.
Leur relation évolue pourtant. Derrière les moqueries, Deadpool respecte réellement Colossus et finit même par appliquer une partie de ce qu’il essaie de lui enseigner depuis le premier film. La différence est qu’il le fait évidemment à sa manière.
Negasonic Teenage Warhead revient également, désormais accompagnée de Yukio. Leur présence permet de conserver le lien avec l’univers X-Men, tandis qu’un caméo extrêmement rapide de l’équipe d’Apocalypse offre l’une des meilleures plaisanteries visuelles du film : les véritables X-Men sont bien dans le manoir, ils préfèrent simplement fermer discrètement la porte plutôt que de supporter Wade.
Le film va parfois trop loin dans la surenchère
La principale limite de Deadpool 2 vient de sa volonté de constamment dépasser le premier. Plus de personnages, plus de violence, plus de références, plus de caméos et surtout davantage de plaisanteries. Lorsque plusieurs gags fonctionnent successivement, le rythme devient redoutable. Lorsqu’ils tombent à plat, le film laisse beaucoup moins de temps au spectateur pour respirer.
Certaines références sont également tellement liées à leur époque qu’elles vieillissent nécessairement plus vite que l’histoire elle-même. C’était déjà le cas du premier film et cette suite accentue encore cette tendance.
Mais David Leitch maîtrise suffisamment l’action pour éviter que l’ensemble ne devienne une simple succession de sketches. Les affrontements sont plus ambitieux, la mise en scène plus dynamique et l’utilisation des différents pouvoirs beaucoup plus inventive.
Les scènes post-générique deviennent presque le véritable final
Deadpool 2 pousse son humour méta jusqu’à permettre à Wade de récupérer le dispositif temporel de Cable. Plutôt que de l’utiliser raisonnablement, il décide évidemment de corriger ce qu’il considère comme les plus grandes erreurs de l’Histoire.
Il sauve Vanessa, vient au secours de Peter et retourne surtout dans X-Men Origins: Wolverine pour abattre la version catastrophique de Deadpool avant même qu’elle puisse véritablement exister.
Ryan Reynolds lui-même n’est pas épargné puisque Wade intervient également au moment où l’acteur découvre le scénario de Green Lantern.
Ces scènes résument parfaitement le personnage : Deadpool dispose soudainement du pouvoir de modifier le temps et l’utilise principalement pour réécrire sa propre carrière cinématographique.
Une suite plus grande sans perdre complètement ce qui faisait fonctionner l’original
Deadpool 2 aurait facilement pu tomber dans le piège classique de la suite consistant simplement à refaire le premier film avec davantage d’argent. Il reprend évidemment sa formule, mais l’arrivée de Cable, Domino et Russell lui permet d’élargir son univers tout en donnant à Wade une évolution réelle.
Le film reste une comédie ultra-violente qui passe son temps à se moquer de sa propre existence, mais il raconte également le parcours d’un homme qui doit retrouver une raison de vivre après avoir perdu la personne qui donnait un sens à son existence.
Cette sincérité inattendue permet aux plaisanteries de fonctionner sans complètement vider le récit de ses enjeux.
Deadpool continue de prétendre qu’il se moque de tout, mais Deadpool 2 fonctionne justement parce qu’il démontre progressivement que Wade Wilson tient désormais à beaucoup plus de monde qu’il ne voudrait l’admettre.
En résumé
Deadpool 2 reprend l’irrévérence du premier film et augmente pratiquement tous les curseurs. Ryan Reynolds reste parfait, Josh Brolin impose immédiatement Cable et Zazie Beetz fait de Domino l’une des meilleures nouvelles venues de cet univers. Quelques gags se perdent dans la surenchère, mais l’action gagne en ampleur et l’histoire trouve derrière son humour une véritable émotion autour du deuil, de la famille et de la seconde chance.
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