Death Note — Tome 7
Death Note 7
Éditeur : Kana
Sortie originale : 7 décembre 2007
L’arrestation du Kira de Yotsuba permet enfin à Light d’entrer de nouveau en contact avec le Death Note. Ses souvenirs reviennent aussitôt et révèlent l’ampleur du plan imaginé avant son emprisonnement. Tsugumi Ohba clôt magistralement la première grande partie de la série, même si la victoire de Light dépend davantage de sa manipulation de Rem que d’une véritable erreur commise par L.
La capture spectaculaire de Higuchi
Le volume commence par une longue poursuite destinée à arrêter Higuchi avant qu’il puisse utiliser le Death Note. Après plusieurs tomes dominés par les conversations et les réunions, cette séquence donne soudainement une dimension beaucoup plus physique à l’enquête.
Les policiers découvrent progressivement que leur adversaire dispose d’un moyen de tuer dépassant toute explication rationnelle. L’arrestation de Higuchi ne résout donc pas seulement une affaire criminelle : elle confronte enfin l’équipe à l’existence réelle du surnaturel.
Higuchi reste un antagoniste assez médiocre, motivé par l’argent, le pouvoir et la peur d’être arrêté. Sa faiblesse rend néanmoins sa fuite efficace : contrairement à Light, il panique, improvise et commet les erreurs attendues d’un homme ordinaire possédant une arme extraordinaire.
Le retour du véritable Kira
Lorsque Light touche le carnet et retrouve ses souvenirs, son changement est immédiat. Le jeune homme sincèrement engagé dans l’enquête disparaît pour laisser place au manipulateur des premiers volumes.
Takeshi Obata représente brillamment cette transformation sans modification surnaturelle spectaculaire. Un regard et un sourire suffisent à signaler que Kira est revenu. Le contraste confirme à quel point Light sans le Death Note pouvait encore apparaître humain.
La scène montre également l’efficacité du plan préparé avant son emprisonnement. Light avait accepté de perdre volontairement le contrôle de la situation, convaincu qu’il saurait exploiter les décisions de L et récupérer le carnet au moment opportun.
Un plan brillant mais extrêmement fragile
La stratégie de Light impressionne par son ambition. Elle implique plusieurs Death Notes, deux dieux de la mort, une perte volontaire de mémoire et le choix d’un propriétaire temporaire suffisamment cupide pour attirer l’attention.
Pourtant, son succès dépend de nombreuses variables impossibles à contrôler. Higuchi aurait pu agir différemment, L aurait pu refuser d’intégrer Light à l’enquête et Misa aurait pu ne jamais retrouver ses souvenirs.
Ohba dissimule habilement ces fragilités grâce au rythme et aux révélations successives. Le lecteur découvre le plan en même temps que ses résultats, ce qui lui donne une apparence de perfection presque absolue. En y réfléchissant, la victoire tient toutefois autant à la chance qu’au génie de Light.
L refuse la fausse évidence
La découverte du carnet et de ses règles semble innocenter définitivement Light et Misa. L demeure pourtant convaincu que la règle imposant d’écrire un nom tous les treize jours pourrait avoir été inventée pour les protéger.
Son intuition est encore une fois exacte. L comprend presque entièrement la stratégie de Light, mais ne peut pas la démontrer sans tester physiquement le carnet. Cette absence de preuve devient sa principale faiblesse face à un adversaire capable de modifier les règles de la réalité.
Le détective paraît de plus en plus isolé. Les policiers considèrent désormais ses soupçons comme une obsession, tandis que Light joue parfaitement le rôle de l’enquêteur innocent.
Rem, victime de la manipulation
Light comprend que Rem fera tout pour protéger Misa. Il organise donc une situation dans laquelle la poursuite de l’enquête conduira nécessairement à l’arrestation ou à la mort de la jeune femme.
Rem doit alors choisir entre laisser L découvrir la vérité ou utiliser son carnet pour sauver Misa, en sachant que cet acte entraînera sa propre disparition. Light transforme ainsi l’affection du dieu de la mort en piège.
La stratégie est particulièrement cruelle, mais sa réussite amoindrit légèrement le duel intellectuel. Light ne parvient pas réellement à tromper L : il utilise un être surnaturel pour supprimer l’adversaire qui continuait à le soupçonner correctement.
Un tournant aussi puissant que risqué
La disparition de L constitue l’un des moments les plus marquants de Death Note. Obata évite toute mise en scène excessivement spectaculaire et privilégie les regards, les silences et la compréhension tardive du piège.
Light obtient alors une victoire presque totale. Il récupère le carnet, élimine son principal adversaire et peut prendre sa place au sein même de l’équipe chargée de capturer Kira.
Ce choix narratif est aussi extrêmement risqué. La relation entre Light et L formait le cœur de la série depuis le premier tome. En mettant fin à leur confrontation, Ohba prive volontairement son récit de sa dynamique la plus forte et devra désormais trouver des adversaires capables de combler ce vide.
Le sommet graphique de Takeshi Obata
Ce septième tome offre à Obata une grande variété de situations : poursuite automobile, arrestation, découverte d’un dieu de la mort et affrontements psychologiques silencieux.
Son travail sur Light est particulièrement remarquable. Le dessinateur fait coexister dans le même visage l’étudiant brillant admiré par son entourage et le criminel satisfait d’avoir éliminé ceux qui menaçaient son pouvoir.
La dernière confrontation repose presque entièrement sur cette maîtrise des expressions. Le manga n’a pas besoin de longs discours pour faire comprendre que L découvre la vérité au moment même où il devient trop tard pour agir.
En résumé
Le septième tome de Death Note clôt remarquablement la première partie du manga. Le retour des souvenirs de Light, la manipulation de Rem et la disparition de L donnent enfin tout son sens au plan amorcé plusieurs volumes auparavant. Cette victoire dépend de nombreuses coïncidences et d’un avantage surnaturel que L ne pouvait pas réellement contrer, mais sa cruauté et sa mise en scène en font un moment inoubliable. Un sommet de la série, doublé d’un choix narratif qui fragilise inévitablement la suite.
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