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Ghost in the Shell

Affiche de Ghost in the Shell

Ghost in the Shell

Titre original : Ghost in the Shell

Réalisation : Rupert Sanders

Avec : Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Takeshi Kitano, Juliette Binoche

Production / distribution : DreamWorks Pictures, Reliance Entertainment, Arad Productions / Paramount Pictures France

Durée : 1 h 47

Adaptation : Manga

Sortie : 29 mars 2017

3/5

Adapter Ghost in the Shell en prises de vues réelles semblait presque inévitable tant l’œuvre de Masamune Shirow et le film de Mamoru Oshii avaient influencé la science-fiction moderne. En 2017, Rupert Sanders dispose de moyens considérables et de Scarlett Johansson pour donner corps à cet univers. Le résultat est visuellement impressionnant et parfois spectaculaire, mais il illustre aussi parfaitement le danger d’une adaptation trop soucieuse de rendre accessible une œuvre dont la complexité faisait justement toute la richesse. Le film est officiellement basé sur le manga de Shirow, tout en empruntant énormément à l’imagerie de l’anime de 1995.

Une adaptation qui préfère expliquer plutôt que questionner

Le Major appartient toujours à la Section 9 et possède un corps presque entièrement cybernétique. Mais là où le film de Mamoru Oshii utilisait son enquête pour interroger progressivement la conscience, l’identité et la frontière entre l’humain et la machine, cette nouvelle version choisit une intrigue beaucoup plus conventionnelle.

Le Major cherche désormais essentiellement à comprendre son passé et les circonstances qui ont fait d’elle ce qu’elle est. Cette modification rend évidemment le récit plus facile à suivre. Le problème est qu’elle transforme une interrogation existentielle vertigineuse en mystère identitaire beaucoup plus classique.

Le Ghost in the Shell de 1995 demandait : « Qu’est-ce qui prouve que je suis encore moi ? » Celui de 2017 demande davantage : « Qui étais-je avant ? » La différence peut sembler subtile, mais elle change profondément la nature de l’œuvre.

Scarlett Johansson, convaincante malgré un personnage moins complexe

Le choix de Scarlett Johansson avait provoqué une importante controverse avant même la sortie du film, notamment autour du fait qu’une actrice américaine incarne un personnage japonais issu d’un manga. Le débat avait largement accompagné la promotion du film.

En laissant cette controverse de casting de côté pour juger uniquement son interprétation, Johansson fonctionne pourtant plutôt bien dans le rôle que lui donne le scénario. Sa démarche volontairement rigide, son expression souvent distante et sa présence physique donnent l’impression d’un personnage qui ne se sent jamais complètement à l’aise dans son propre corps.

Elle parvient également à faire passer une certaine vulnérabilité derrière cette froideur. Le problème vient davantage de l’écriture : en donnant au Major un passé à retrouver et une intrigue émotionnelle très explicite, le scénario réduit une partie de l’ambiguïté fascinante de Motoko Kusanagi.

Un incroyable travail visuel

C’est incontestablement là que le film impressionne le plus.

Rupert Sanders ne cherche pas à produire une ville futuriste réaliste. Il construit un gigantesque paysage urbain saturé de publicités holographiques, d’immeubles superposés, de technologies invasives et de silhouettes artificielles.

Certains plans reproduisent volontairement des images devenues emblématiques du film de 1995. La création du corps du Major, ses plongées depuis les immeubles ou certains affrontements constituent de véritables recréations en prises de vues réelles.

Et contrairement à beaucoup de blockbusters numériques des années 2010, le film possède une identité visuelle immédiatement reconnaissable. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais certainement pas d’être visuellement anonyme.

Le problème : reproduire une image n’est pas reproduire ce qu’elle signifiait

C’est précisément là que la comparaison avec le film de Mamoru Oshii devient cruelle.

Rupert Sanders reproduit parfois avec une précision impressionnante des compositions de 1995. Mais il ne conserve pas nécessairement leur fonction. Chez Oshii, les longues contemplations de la ville participaient directement aux interrogations de Motoko : les corps, les vitrines, les reflets et les réseaux formaient un monde dans lequel son individualité semblait progressivement se dissoudre.

Le film de 2017 conserve les néons, les immeubles, les corps synthétiques et les connexions informatiques, mais les utilise beaucoup plus souvent comme décor spectaculaire.

C’est une différence fondamentale entre fidélité visuelle et fidélité à l’esprit d’une œuvre. Le film ressemble énormément à Ghost in the Shell, sans toujours penser comme Ghost in the Shell.

Batou et la Section 9 sauvent une partie de l’univers

Pilou Asbæk constitue une excellente surprise dans le rôle de Batou. Sa carrure, son comportement et sa relation avec le Major fonctionnent immédiatement. Il apporte également une humanité bienvenue à un film volontairement froid.

Takeshi Kitano possède quant à lui une présence formidable en Aramaki. Le simple fait qu’il conserve le japonais dans ses dialogues alors que les autres personnages lui répondent en anglais participe curieusement à l’identité hybride du film.

La Section 9 aurait néanmoins mérité davantage de place. L’équipe existe, mais reste principalement organisée autour du Major alors que l’univers de Ghost in the Shell permet justement de développer des personnages et des conceptions très différentes du rapport entre humain et technologie.

Juliette Binoche apporte une humanité inattendue

Le personnage du Dr Ouelet, incarné par Juliette Binoche, est une création importante de cette adaptation. Scientifique directement liée au corps cybernétique du Major, elle permet au scénario de personnifier les questions morales liées à sa création.

Binoche apporte une douceur presque étrange dans cet environnement extrêmement technologique. Son jeu très humain contraste efficacement avec les laboratoires aseptisés et les corps artificiels.

Là encore, le film préfère toutefois personnifier ses problématiques. Là où Oshii laissait souvent les idées flotter sans donner au spectateur de réponse immédiate, Sanders construit des personnages chargés de les expliquer ou de les incarner.

C’est plus accessible. C’est aussi beaucoup moins mystérieux.

Kuze remplace la philosophie par une intrigue de blockbuster

Michael Pitt interprète Kuze, antagoniste dont l’existence permet au film de réunir plusieurs idées provenant des différentes incarnations de Ghost in the Shell.

Sans révéler les éléments importants de l’intrigue, son parcours constitue évidemment un miroir de celui du Major. Tous deux obligent le film à interroger la manière dont une identité peut survivre à la transformation du corps.

Mais cette construction conduit progressivement vers des mécanismes beaucoup plus traditionnels de blockbuster : corporation menaçante, secrets dissimulés, héros manipulé et quête de vérité.

Ce n’est pas mauvais en soi. Le scénario fonctionne et demeure beaucoup plus accessible que celui du film de 1995. Mais pour rendre Ghost in the Shell compréhensible au plus grand nombre, Hollywood a précisément retiré une partie de ce qui le rendait fascinant.

Une polémique qui a fini par prendre énormément de place

Impossible d’évoquer le film sans revenir sur la controverse entourant Scarlett Johansson. Le choix d’une actrice blanche pour incarner le Major a déclenché de nombreuses accusations de « whitewashing », et la discussion a parfois complètement éclipsé le film lui-même.

La question est d’autant plus intéressante que la production conserve parallèlement plusieurs éléments japonais et un casting international, dont Takeshi Kitano. L’œuvre originale de Masamune Shirow est bien un manga japonais, ce que Paramount rappelait également dans sa présentation officielle du projet.

Il est possible de discuter longtemps de la pertinence de ce choix. Mais le problème artistique le plus important du film reste finalement ailleurs : ce n’est pas tant le visage donné au Major que la simplification de ce qu’elle représente.

Un film injustement rejeté… mais loin du chef-d’œuvre de 1995

Avec le recul, Ghost in the Shell version 2017 mérite probablement mieux que la réputation catastrophique qui lui a parfois été faite. Le film n’est ni paresseux ni visuellement banal. Il possède une véritable ambition esthétique, des effets spéciaux remarquables et plusieurs interprètes convaincants.

Il a d’ailleurs dépassé le million d’entrées en France, même si sa carrière internationale n’a pas permis d’en faire le lancement de franchise espéré.

Mais le regarder après le film de Mamoru Oshii met en évidence ses limites. L’original faisait confiance au spectateur, acceptait les silences et préférait poser des questions auxquelles il n’apportait pas nécessairement de réponse. Cette adaptation veut au contraire expliquer, rationaliser et donner une motivation émotionnelle claire à presque tout.

Le paradoxe est assez cruel : le film de 2017 dispose d’une technologie infiniment supérieure à celle de 1995 pour représenter le monde de Ghost in the Shell, mais semble avoir moins confiance dans notre capacité à réfléchir à ce monde.

En résumé

Visuellement superbe et bien plus intéressant que sa réputation ne le laisse parfois entendre, Ghost in the Shell réussit remarquablement à matérialiser l’univers de Masamune Shirow. Scarlett Johansson et Pilou Asbæk fonctionnent également très bien dans leurs rôles.

Mais en transformant les interrogations philosophiques du matériau original en quête identitaire beaucoup plus conventionnelle, le film perd une grande partie de sa profondeur. Un beau blockbuster de science-fiction, plutôt qu’une nouvelle œuvre majeure du cyberpunk.

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