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The Crow

Affiche de The Crow

The Crow

Titre original : The Crow

Réalisation : Rupert Sanders

Avec : Bill Skarsgård, FKA twigs, Danny Huston, Josette Simon

Production / distribution : Davis Films, Hassell Free Productions, Pressman Film / Metropolitan Filmexport (France)

Durée : 1 h 51

Adaptation : Comics

Sortie : 21 août 2024

2/5

Trente ans après le film culte porté par Brandon Lee, The Crow revient au cinéma avec Bill Skarsgård et FKA twigs. Rupert Sanders ne cherche heureusement pas à reproduire plan par plan le long-métrage d’Alex Proyas : il repart du comic de James O’Barr et réinvente largement Eric et Shelly. Sur le principe, c’était probablement la meilleure décision possible. Mais en voulant transformer The Crow en romance gothique moderne, cette nouvelle version oublie une grande partie de la poésie macabre, de la rage et de la personnalité qui rendaient l’œuvre si particulière.

Le problème n’est pas de remplacer Brandon Lee

Comparer Bill Skarsgård à Brandon Lee est inévitable, mais ce serait également assez injuste. Skarsgård n’essaie pas de l’imiter et cette décision est plutôt saine. Son Eric est plus fragile, introverti et abîmé, avec une apparence volontairement très contemporaine.

Le problème vient davantage de ce qu’on lui donne à jouer. Là où Eric Draven possédait immédiatement une présence presque spectrale, cette nouvelle incarnation passe une grande partie du film à ressembler à un jeune homme paumé avant de devenir véritablement The Crow. Ses tatouages, sa coiffure et son maquillage construisent une silhouette reconnaissable, mais pas forcément un personnage aussi marquant.

Skarsgård possède pourtant l’étrangeté physique nécessaire. Lorsqu’enfin le film lui permet de devenir cette créature presque indestructible guidée par la vengeance, il fonctionne beaucoup mieux. Il fallait simplement attendre très longtemps pour en arriver là.

Une histoire d’amour que le film veut absolument nous faire vivre

Le choix majeur de cette version consiste à développer considérablement la relation entre Eric et Shelly. Dans le film de 1994, leur amour appartenait essentiellement au souvenir : sa disparition donnait précisément au récit son caractère mélancolique. Rupert Sanders préfère ici consacrer une longue première partie à leur rencontre, leur rapprochement et leur vie commune.

L’intention est parfaitement compréhensible. Pour ressentir la perte d’Eric, le film veut d’abord nous faire aimer leur couple.

Mais c’est également là que le récit s’enlise. La romance entre Bill Skarsgård et FKA twigs occupe tellement de place que The Crow met un temps considérable avant de devenir The Crow. Leur relation possède quelques beaux moments et les deux acteurs fonctionnent plutôt bien ensemble, mais le scénario insiste tellement sur leur amour qu’il finit presque par le rendre mécanique.

Le film de 1994 utilisait l’absence de Shelly pour créer une présence. Celui de 2024 montre beaucoup plus Shelly, mais paradoxalement rend parfois leur histoire moins obsédante.

FKA twigs donne enfin une véritable existence à Shelly

Il y a néanmoins quelque chose d’intéressant dans cette nouvelle approche : Shelly cesse d’être principalement le souvenir idéalisé autour duquel tourne Eric. FKA twigs dispose d’un véritable personnage, avec son passé, ses peurs et ses propres problèmes.

C’est probablement l’une des modifications les plus défendables du film. La romance devient réellement l’histoire de deux êtres cabossés qui se reconnaissent l’un dans l’autre, plutôt que celle d’un homme poursuivi par l’image d’une femme morte.

FKA twigs possède en outre une présence singulière qui correspond parfaitement à l’univers recherché par Sanders. Le problème est moins Shelly elle-même que tout ce que le scénario construit artificiellement autour d’elle afin de fournir une nouvelle mythologie à cette version.

Où est passée la ville de The Crow ?

L’une des différences les plus frappantes avec le film d’Alex Proyas concerne l’environnement. En 1994, la ville semblait être un personnage : pluie permanente, immeubles délabrés, ruelles, incendies, architecture gothique et sensation d’une nuit qui ne finirait jamais.

Rupert Sanders propose quelque chose de visuellement soigné, parfois même très beau, mais beaucoup moins identifiable. Les appartements luxueux, clubs, routes et bâtiments industriels pourraient appartenir à quantité de thrillers contemporains.

C’est un problème plus important qu’il n’y paraît. The Crow n’était pas seulement Eric avec du maquillage noir et un corbeau posé quelque part. C’était une atmosphère.

Le film de 2024 possède une esthétique. Il lui manque un monde.

Danny Huston et cette étrange envie de tout expliquer

La nouvelle intrigue introduit Vincent Roeg, interprété par Danny Huston. Le personnage apporte une dimension surnaturelle beaucoup plus explicite et devient l’antagoniste autour duquel le scénario organise la tragédie d’Eric et Shelly.

Huston possède suffisamment de présence pour rendre certaines scènes efficaces, mais Roeg représente aussi l’un des principaux défauts de cette adaptation : elle veut donner des règles, des explications et une structure à ce qui fonctionnait précisément parce que cela relevait presque du conte macabre.

Le corbeau, le retour d’Eric et la frontière entre la vie et la mort n’avaient pas forcément besoin d’une mythologie aussi démonstrative. À force de vouloir expliquer le fonctionnement de son univers, le film lui retire une partie de son mystère.

Et Roeg n’a malheureusement jamais l’excentricité inquiétante des antagonistes qui ont marqué les précédentes incarnations de The Crow. Il remplit sa fonction, sans devenir une présence réellement mémorable.

Quand le film devient enfin violent, il se réveille

Le paradoxe est assez cruel : The Crow devient vraiment intéressant dans sa dernière partie. Rupert Sanders abandonne alors une partie de la romance languissante pour laisser Eric devenir une véritable figure de vengeance.

La séquence de l’opéra est de loin l’un des meilleurs passages du film. La violence devient brutale, graphique et presque grotesque tandis que l’élégance du lieu crée un contraste particulièrement efficace. Skarsgård trouve enfin la présence physique que le personnage réclamait depuis le début.

On retrouve soudain ce mélange entre beauté et barbarie que le reste du film cherche sans toujours l’atteindre.

C’est presque frustrant, parce que cette séquence révèle le film que cette nouvelle adaptation aurait pu être : une relecture moderne, violente, romantique et visuellement radicale du comic de James O’Barr.

Revenir au comic plutôt que refaire le film de 1994 était pourtant la bonne idée

Il faut reconnaître à Rupert Sanders une décision essentielle : son The Crow n’est pas un remake servile du film d’Alex Proyas. Bill Skarsgård lui-même avait expliqué que cette nouvelle version cherchait une autre incarnation d’Eric, et le film modifie largement les personnages, leur relation et la mythologie.

C’était nécessaire. Reproduire le maquillage, les décors et les attitudes de Brandon Lee aurait probablement abouti à une imitation sans intérêt.

Mais s’éloigner d’une adaptation précédente ne suffit pas à retrouver l’esprit du comic original. L’œuvre de James O’Barr est née du deuil et possède une douleur extrêmement intime derrière son imagerie gothique. Cette nouvelle version transforme davantage cette matière en fantasy romantique surnaturelle.

Elle conserve l’amour, la mort, le corbeau et la vengeance. Elle perd une partie du désespoir qui les liait.

Un échec commercial qui a rapidement enterré les ambitions

Avec une durée de 1 h 51, cette nouvelle version disposait pourtant de suffisamment de temps pour construire son univers. Son exploitation internationale s’est cependant soldée par un échec particulièrement sévère : le film n’a engrangé qu’environ 24,2 millions de dollars dans le monde, dont 9,3 millions aux États-Unis.

La comparaison avec le film de 1994 est révélatrice : celui-ci avait déjà dépassé les 50 millions de dollars rien que sur le marché nord-américain, trente ans plus tôt.

Cet échec ne dit évidemment rien, à lui seul, de la qualité du film. Mais il montre à quel point cette nouvelle incarnation n’est pas parvenue à imposer Eric et Shelly auprès d’une nouvelle génération. Ce qui devait relancer The Crow s’est finalement transformé en nouvelle démonstration de la difficulté à ressusciter une œuvre dont l’identité reste aussi intimement associée à son adaptation de 1994.

En résumé

Ce nouveau The Crow n’est pas le désastre que sa réputation pourrait laisser imaginer. Bill Skarsgård propose une incarnation différente, FKA twigs donne davantage d’existence à Shelly et quelques séquences — particulièrement dans la dernière partie — montrent une vraie personnalité visuelle.

Mais le film passe trop de temps à construire laborieusement sa romance, explique trop sa mythologie et ne retrouve jamais complètement la poésie morbide du comic de James O’Barr. En refusant intelligemment de refaire le film de 1994, Rupert Sanders évite la copie. Il ne réussit malheureusement pas à construire quelque chose d’aussi puissant à sa place.

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