Trolls de Troy — Tome 1
Histoires trolles
Éditeur : Soleil
Sortie originale : 1 juin 1997
Après avoir découvert les trolls dans Lanfeust de Troy, Christophe Arleston décide en 1997 de leur consacrer leur propre série avec Jean-Louis Mourier. L’action se déroule environ deux siècles avant les aventures de Lanfeust et nous présente Teträm, un troll parfaitement heureux de chasser, boire et terroriser les humains, ainsi que Waha, une jeune humaine élevée parmi les trolls. Mais lorsque les hommes décident de s’attaquer sérieusement à ces encombrants voisins, la paisible brutalité de leur quotidien est rapidement bouleversée.
Et si les monstres étaient les héros ?
C’est évidemment l’idée qui donne immédiatement sa personnalité à Trolls de Troy. Dans la plupart des récits d’heroic fantasy, les trolls constitueraient les créatures que les héros doivent éliminer. Arleston inverse complètement le point de vue.
Teträm et les siens mangent les humains, collectionnent les mouches et considèrent l’hygiène comme une activité particulièrement inquiétante. Pourtant, ce sont bien eux que le lecteur est invité à suivre et, très rapidement, à apprécier.
Les humains deviennent alors les intrus, voire les véritables dangers. Ce renversement fonctionne d’autant mieux que les trolls ne cherchent jamais à devenir fréquentables : ils restent sales, brutaux, voraces et absolument ravis de l’être.
Waha, l’excellente idée de la série
Au milieu de cette joyeuse bande de monstres se trouve Waha. Biologiquement humaine, elle a été élevée par les trolls et se considère naturellement comme l’une des leurs.
Le personnage permet à Arleston de jouer en permanence sur le décalage. Waha possède une apparence humaine mais partage les valeurs et les habitudes de sa famille adoptive. Elle permet surtout d’éviter une opposition trop simple entre humains civilisés et trolls sauvages.
Dès ce premier album, son duo avec Teträm fonctionne particulièrement bien. Lui incarne la puissance brute et une certaine bonhomie trollesque ; elle apporte davantage de vivacité et devient rapidement bien plus qu’un simple lien entre les deux peuples.
L’humour avant la grande épopée
Histoires trolles appartient au même univers que Lanfeust de Troy, avec sa magie omniprésente et ses habitants possédant des pouvoirs plus ou moins utiles. Pourtant, le ton est encore plus ouvertement comique.
Arleston multiplie les jeux de mots, les situations absurdes, la violence cartoonesque et les détournements des clichés de la fantasy. L’humour est volontiers gras et parfois très potache, mais il correspond parfaitement à ses personnages.
Sous les plaisanteries se construit pourtant déjà une véritable aventure. C’est l’une des forces de l’album : il peut enchaîner les gags sans donner l’impression de n’être qu’une succession de sketches.
Jean-Louis Mourier donne une identité aux trolls
Le dessin de Jean-Louis Mourier est indissociable de la réussite de la série. Ses trolls sont énormes, velus, expressifs et volontairement excessifs. Chaque silhouette raconte déjà quelque chose avant même que le personnage ouvre la bouche.
Son trait permet surtout à la violence de rester drôle. Les affrontements sont mouvementés et parfois féroces, mais l’exagération graphique maintient constamment une distance comique.
Le monde de Troy gagne également une autre personnalité que dans Lanfeust. On reconnaît le même univers, mais Mourier construit progressivement un territoire troll avec ses propres décors, créatures et habitudes.
Un premier tome qui pose déjà presque tout
Relire Histoires trolles aujourd’hui permet de constater à quel point les fondations étaient solides dès le départ. Teträm, Waha, l’humour, la violence burlesque et le regard inversé sur les humains sont immédiatement en place.
Certains gags portent évidemment la marque des années 1990 et l’intrigue reste relativement simple. Mais l’énergie compense largement ces petites limites. Ce premier album possède surtout quelque chose d’essentiel pour lancer une série : un univers dans lequel on a immédiatement envie de retourner.
Le succès est d’ailleurs rapidement reconnu : Histoires trolles reçoit l’Alph-Art jeunesse 9-12 ans au Festival d’Angoulême 1998.
En résumé
Avec Histoires trolles, Arleston et Mourier réussissent bien davantage qu’un simple dérivé de Lanfeust de Troy. En plaçant les monstres au centre du récit, ils créent une série d’heroic fantasy drôle, irrévérencieuse et immédiatement identifiable.
Quelques éléments ont naturellement vieilli, mais Teträm et Waha restent extrêmement attachants et le dessin de Mourier déborde déjà d’énergie. Un excellent premier tome qui possède encore aujourd’hui une vraie efficacité.
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