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Le Feu occulte

Couverture de Le Feu occulte

Trolls de Troy — Tome 4

Le Feu occulte

Christophe Arleston, Jean-Louis Mourier, Claude Guth

Éditeur : Soleil

Sortie originale : 24 mai 2000

★★★★★ 5/5

La quête touche à son but. Après avoir traversé une bonne partie de Troy, Teträm, Waha et leurs compagnons doivent encore mettre la main sur le fameux feu occulte, dernier élément nécessaire pour sauver les trolls de Phalompe. Mais entre les humains qui les poursuivent, les dangers rencontrés en chemin et les méthodes pour le moins brutales de Teträm, rentrer au village ne sera évidemment pas une promenade. Avec Le Feu occulte, Christophe Arleston et Jean-Louis Mourier concluent le premier grand récit de Trolls de Troy dans un album particulièrement généreux.

La conclusion d’une aventure commencée trois tomes plus tôt

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le fonctionnement ultérieur de la série, les quatre premiers Trolls de Troyconstituent véritablement une longue histoire. Histoires trolles lançait l’affrontement avec Rysta Fuquatou, Le Scalp du vénérable et Comme un vol de pétaures développaient la quête nécessaire pour délivrer les trolls, et Le Feu occulte doit maintenant refermer l’ensemble.

Cette continuité donne beaucoup de poids à ce quatrième volume. Teträm et Waha ne partent pas simplement vivre une nouvelle aventure : tout ce qu’ils ont accompli depuis le début converge enfin vers la libération des leurs.

Arleston apporte donc les réponses et l’affrontement attendus sans pour autant transformer son scénario en simple succession d’explications.

Le feu occulte, ou l’art de compliquer une mission déjà impossible

La recherche du feu constitue naturellement le cœur de l’album. Comme toujours dans Trolls de Troy, une mission qui pourrait être résumée en quelques mots devient rapidement une succession de catastrophes.

La magie de Troy permet à Arleston de multiplier les idées farfelues tout en conservant une véritable logique à son univers. Les pouvoirs sont rarement utilisés de manière solennelle : ils deviennent des outils comiques, des armes ou de nouvelles sources de problèmes.

C’est l’une des grandes qualités de ce premier cycle. Derrière les jeux de mots et l’humour parfois très gras se trouve une véritable aventure de fantasy, avec ses règles, ses enjeux et une progression étonnamment construite.

Teträm et Waha sont désormais indissociables

Au terme de quatre albums, la relation entre Teträm et Waha s’impose définitivement comme le cœur de la série. Leur différence physique n’a finalement aucune importance : ils sont père et fille, et aucun des deux ne semble considérer cette situation comme étrange.

Waha est d’ailleurs devenue bien davantage que l’humaine élevée chez les trolls utilisée pour provoquer quelques gags. Elle possède son caractère, sa manière de se battre et surtout sa propre conception du monde, entièrement façonnée par son éducation troll.

Teträm reste quant à lui un formidable paradoxe : une brute capable d’une violence spectaculaire mais également un père profondément attaché à sa famille. Cette combinaison donne au personnage une sympathie que son régime alimentaire ne devrait pourtant pas vraiment encourager.

L’humour troll fonctionne à plein régime

Arleston ne devient évidemment pas plus subtil avec ce quatrième tome. Jeux de mots, nourriture douteuse, violence burlesque et plaisanteries scatologiques continuent de ponctuer l’aventure.

Mais Trolls de Troy assume tellement son mauvais goût qu’il finit par constituer une véritable identité. La série ne cherche jamais à prendre ses héros au sérieux et se permet de tourner en dérision les conventions de l’heroic fantasy.

Quelques gags ont davantage vieilli que l’aventure elle-même, mais le rythme permet rarement de s’y attarder. Une plaisanterie fonctionne moins bien ? Quelques cases plus tard, Teträm a déjà envoyé quelqu’un dans le décor.

Mourier maîtrise désormais totalement son univers

Jean-Louis Mourier paraît lui aussi particulièrement à l’aise avec ses personnages. Les trolls possèdent des silhouettes énormes et immédiatement reconnaissables, tandis que leurs expressions donnent souvent une seconde couche aux dialogues d’Arleston.

Les scènes d’action sont foisonnantes sans devenir illisibles. Forêts, créatures, magie et combats remplissent les planches, mais le regard trouve toujours son chemin.

La couverture est d’ailleurs beaucoup plus calme que celle du tome précédent : Teträm affiche son gigantesque sourire derrière Waha, qui tient enfin cette mystérieuse flamme. Une image presque paisible qui contraste joliment avec tout ce qu’ils ont dû traverser pour l’obtenir.

Un premier cycle particulièrement solide

Avec Le Feu occulte, on mesure surtout la réussite de ces quatre premiers albums. Arleston et Mourier étaient partis d’un concept pouvant facilement se limiter à un dérivé humoristique de Lanfeust de Troy. Ils ont finalement construit leurs propres héros, leur propre ton et une aventure suffisamment solide pour exister indépendamment.

Ce quatrième tome bénéficie forcément de tout ce qui a été installé auparavant. Pris seul, il perd une partie de son intérêt ; lu comme la conclusion de Histoires trolles, il remplit parfaitement sa fonction.

En résumé

Le Feu occulte conclut efficacement le premier grand cycle de Trolls de Troy. L’aventure, l’humour potache et la fantasy s’équilibrent bien, tandis que Teträm et Waha sont désormais suffisamment attachants pour porter la série bien au-delà de cette première histoire.

Arleston et Mourier terminent surtout quatre albums remarquablement cohérents, qui ont progressivement transformé un spin-off de Lanfeust en une série possédant sa propre identité.

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