Luuna — Tome 7
La Source du temps
Éditeur : Soleil
Sortie originale : 28 septembre 2011
Après sept albums, le voyage de Luuna touche à son terme. Revenue sur les terres des Paumanoks, elle doit enfin régler ce qui a bouleversé son existence depuis son initiation : la malédiction d’Unkui et l’impossible coexistence de ses deux totems. La Source du temps rassemble les personnages et les forces rencontrés depuis le début pour un ultime combat. Une conclusion ambitieuse et spectaculaire, mais qui doit aussi composer avec les choix particulièrement déroutants du tome précédent.
Le retour aux sources était nécessaire
Après La Reine des loups et son immense saut temporel, La Source du temps ramène Luuna sur ses terres natales. Le changement est salutaire.
Le sixième tome avait pris le risque de transformer radicalement la série, avec une Luuna devenue presque légendaire et une histoire étendue sur plusieurs siècles. Ce dernier album revient au contraire au cœur du récit : la malédiction provoquée par Unkui et le déséquilibre qu’elle a créé.
Luuna doit retrouver ses esprits et affronter une dernière fois celui qui a bouleversé son destin. Pour y parvenir, elle reprend notamment le chemin de l’initiation qui avait ouvert toute son aventure.
La boucle est évidente et plutôt élégante.
Ce qui avait commencé comme le passage à l’âge adulte d’une jeune Paumanok devient ainsi l’ultime étape de son parcours. Sept albums plus tard, Luuna revient symboliquement à son point de départ, mais elle n’est évidemment plus la même femme.
Enfin le véritable combat contre Unkui
Depuis le premier album, Unkui constitue la cause profonde de tous les malheurs de Luuna.
Pourtant, la série a souvent repoussé cette confrontation. Luuna a cherché un remède, traversé la mer de sable, rencontré d’autres peuples, perdu ses protecteurs et vécu des événements qui ont parfois éloigné l’histoire de sa problématique initiale.
La Source du temps cesse enfin de contourner le sujet.
L’enjeu consiste désormais à réparer le déséquilibre provoqué lorsque Luuna a reçu deux totems. Son affrontement avec Unkui devient donc autant physique que spirituel. Le combat concerne même un équilibre qui dépasse largement la seule héroïne.
C’est probablement la meilleure idée du tome : rappeler que la malédiction de Luuna n’a jamais été une simple transformation incontrôlable.
Elle constitue une anomalie dans l’ordre du monde.
Le scénario retrouve ainsi une partie de la force mythologique des premiers albums.
Tout le monde répond présent pour le dernier voyage
Crisse choisit également de transformer cette conclusion en véritable réunion.
Kauyumari, Lynx invisible, les génies, les animaux, les Pipintus et plusieurs autres figures croisées pendant l’aventure participent à cette ultime épreuve. Même Lord Lancaster, introduit tardivement dans la série, trouve sa place dans cette mobilisation générale.
Le procédé est classique pour un final, mais fonctionne plutôt bien.
Après sept tomes, revoir ces personnages donne le sentiment que le voyage de Luuna a réellement construit quelque chose. Les rencontres des albums précédents ne sont plus simplement des étapes indépendantes : elles deviennent les différentes pièces d’un monde qui se rassemble lorsque son équilibre est menacé.
Il y a évidemment un revers.
Avec autant de personnages et seulement 48 pages, personne ne peut réellement bénéficier d’un développement important. Certaines apparitions ressemblent davantage à des clins d’œil qu’à de véritables retours narratifs.
Mais pour un dernier album, cette dimension presque chorale procure une satisfaction certaine.
Le tome 6 laisse pourtant des traces
Le principal problème de La Source du temps vient finalement de ce dont il hérite.
La Reine des loups avait profondément compliqué la chronologie avec son bond de plusieurs siècles et son changement radical d’univers. Le septième tome doit donc consacrer une partie de son récit à remettre les événements dans une direction compatible avec la conclusion imaginée pour Luuna.
Cela donne parfois l’impression que Crisse cherche à réparer une histoire qu’il avait lui-même volontairement fait dérailler.
Le retour vers les Paumanoks et la malédiction d’Unkui fonctionne parce qu’il retrouve les thèmes fondamentaux de la série. Mais il souligne en même temps à quel point les détours précédents avaient éloigné Luuna de cette trajectoire.
Certains éléments paraissent donc précipités.
On aurait volontiers accepté quelques pages supplémentaires pour laisser respirer les retrouvailles, expliquer davantage certains mécanismes surnaturels et donner plus de poids aux dernières étapes du parcours.
L’album veut être à la fois une aventure, une explication, une réunion des personnages et une conclusion mythologique. En 48 pages, l’espace manque parfois.
Une conclusion plus spirituelle que spectaculaire
On pourrait s’attendre à ce que la série se termine par une gigantesque bataille. La Source du temps privilégie heureusement quelque chose de plus cohérent avec son univers.
Depuis le début, Luuna parle d’équilibre.
Entre l’homme et la nature. Entre les dieux et les mortels. Entre la lumière et l’obscurité. Et surtout entre les deux parties d’une héroïne condamnée à vivre avec des forces contradictoires.
Le dernier tome revient donc à cette idée plutôt que de simplement chercher à déterminer qui est le plus puissant entre Luuna et Unkui.
C’est aussi ce qui rend la conclusion intéressante malgré une narration parfois chargée. La série ne pouvait pas véritablement se terminer en faisant simplement disparaître tous les problèmes de son héroïne par magie.
Luuna doit comprendre ce que représente son parcours.
Son dernier combat est finalement moins celui d’une guerrière contre un dieu que celui d’une femme qui cherche enfin à reprendre possession de son existence.
Nicolas Keramidas offre un véritable final graphique
Nicolas Keramidas bénéficie évidemment de cette réunion générale pour déployer tout ce qui fait la personnalité graphique de Luuna.
Son trait reste extrêmement expressif, parfois presque proche du dessin animé, avec des personnages dont les corps et les visages traduisent immédiatement leurs émotions. Mais il sait également donner aux séquences mystiques une ampleur beaucoup plus imposante.
La couverture résume parfaitement cette dualité.
Luuna apparaît apaisée, presque lumineuse, entourée des petits génies rouges qui ont accompagné une grande partie de son voyage. Après la noirceur impressionnante de la couverture de La Reine des loups, celle-ci semble déjà annoncer un retour vers quelque chose de plus serein.
À l’intérieur, Keramidas retrouve les environnements naturels et l’imaginaire spirituel qui avaient donné aux premiers albums leur identité.
Et surtout, il sait rendre lisibles les scènes réunissant un nombre important de protagonistes. Malgré l’accumulation de personnages et de créatures, l’action reste claire.
Graphiquement, la série termine donc son parcours sans baisse de régime.
Sept albums pour revenir au point de départ
C’est finalement ce que raconte La Source du temps.
Luuna est partie parce qu’une initiation avait mal tourné. Elle revient après avoir traversé des territoires immenses, rencontré d’autres civilisations, perdu des êtres qui lui étaient chers et découvert jusqu’où pouvait la conduire sa part la plus sombre.
La jeune femme du premier tome voulait simplement trouver son totem.
Celle du septième sait désormais ce que signifie vivre avec ce que les esprits lui ont imposé.
Cette construction circulaire donne une cohérence bienvenue à l’ensemble, même si tous les détours effectués entre les deux extrémités n’étaient pas indispensables.
Le final ne possède peut-être pas la puissance émotionnelle que sept tomes de préparation pouvaient laisser espérer. Certains événements arrivent trop rapidement et la mythologie devient parfois tellement dense qu’elle étouffe les personnages.
Mais Crisse et Keramidas parviennent malgré tout à donner une véritable fin à leur histoire.
Et surtout, ils savent où celle-ci devait se terminer : là où tout avait commencé.
En résumé
La Source du temps constitue une conclusion imparfaite mais cohérente à la grande quête de Luuna. Après les choix beaucoup plus déroutants de La Reine des loups, Crisse revient à l’essentiel : Unkui, les deux totems, l’équilibre du monde et la place de Luuna entre ces différentes forces.
Le retour de nombreux personnages donne au tome une agréable dimension de réunion finale, tandis que Nicolas Keramidas livre une dernière démonstration de l’énergie et de l’expressivité qui auront accompagné toute la série.
Le format de 48 pages limite cependant l’impact de certaines révélations et oblige le scénario à résoudre rapidement plusieurs enjeux accumulés depuis le début. On aurait aimé que cette conclusion prenne davantage son temps.
Une fin satisfaisante, donc, davantage réussie par sa cohérence avec les origines de Luuna que par la puissance de son dénouement.
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