Gaston — Tome 11
Lagaffe nous gâte
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 16 mars 2018
Avec Lagaffe nous gâte, André Franquin poursuit les aventures de son employé le moins productif et le plus inventif de la bande dessinée. Entre bricolages hasardeux, distractions permanentes et conflits avec ses collègues, Gaston continue de bouleverser le quotidien de la rédaction de Spirou. Ce onzième tome confirme l’efficacité d’un humour fondé sur l’absurde, mais aussi sur une observation particulièrement juste des comportements humains.
Des catastrophes toujours aussi inventives
Le talent de Gaston pour transformer les situations les plus banales en désastres reste au cœur de l’album. Ses inventions répondent généralement à un besoin parfaitement personnel : travailler moins, gagner du temps ou profiter davantage de ses loisirs.
Franquin exploite ces idées avec une précision remarquable. Les catastrophes ne surgissent pas au hasard : elles résultent d’un enchaînement logique, du moins selon le raisonnement très particulier de Gaston.
Le contraste avec Prunelle demeure particulièrement savoureux. L’un recherche désespérément un minimum d’organisation, tandis que l’autre semble incapable de comprendre pourquoi ses initiatives provoquent autant de problèmes.
Un humour qui dépasse les bureaux de Spirou
L’une des qualités de Lagaffe nous gâte réside dans la diversité de ses situations. Gaston ne se limite pas à perturber son environnement professionnel : ses loisirs, ses passions et ses relations avec les autres personnages offrent autant d’occasions de renouveler les gags.
Cette liberté permet à Franquin de développer une vision du monde bien particulière. Derrière son apparente paresse, Gaston incarne une forme de résistance aux obligations et aux conventions.
Son enthousiasme pour les activités qui l’intéressent contraste avec son indifférence totale envers le travail administratif. Cette contradiction, toujours aussi drôle, contribue largement à l’attachement que suscite le personnage.
Franquin, maître du gag visuel
Le dessin constitue une nouvelle fois l’atout majeur de l’album. Franquin possède une capacité exceptionnelle à traduire le mouvement et les émotions.
Les expressions de Prunelle, les postures improbables de Gaston et les réactions de leurs collègues donnent une énergie remarquable aux planches. Un simple détail suffit parfois à annoncer la catastrophe avant même qu’elle ne survienne.
Le découpage est également d’une grande efficacité. Franquin sait ménager ses effets, accélérer une situation ou laisser une image conclure le gag sans nécessiter de longues explications.
Cette maîtrise graphique rend la lecture particulièrement fluide et contribue à la longévité de l’humour.
Une formule éprouvée, mais rarement décevante
Tous les gags ne possèdent pas la même originalité. Certaines situations reposent sur des mécanismes déjà largement exploités dans les albums précédents, notamment les inventions incontrôlables et les colères de Prunelle.
Quelques chutes se devinent donc assez rapidement. L’album surprend moins par son renouvellement que par la qualité de son exécution.
Mais Franquin conserve suffisamment d’imagination pour éviter la monotonie. La variété des expressions, les détails graphiques et la personnalité des personnages donnent du relief même aux situations les plus familières.
En résumé
Gaston – Tome 11 : Lagaffe nous gâte est un très bon album, porté par l’inventivité de Franquin et son extraordinaire sens du comique visuel. Si certains ressorts humoristiques commencent à être familiers, leur mise en scène demeure d’une grande efficacité. Une lecture drôle, vivante et généreuse, qui confirme la place particulière de Gaston dans la bande dessinée franco-belge.
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