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Le Chat du rabbin

Affiche de Le Chat du rabbin

Le Chat du rabbin

Réalisation : Joann Sfar et Antoine Delesvaux

Avec : François Morel, Hafsia Herzi, Maurice Bénichou, Fellag, François Damiens

Production / distribution : Autochenille Production, TF1 Droits Audiovisuels, France 3 Cinéma / UGC Distribution

Durée : 1 h 40

Adaptation : BD franco-belge

Sortie : 1 juin 2011

★★★★★ 4/5

Dans l’Alger des années 1920, le chat du rabbin Sfar acquiert soudainement la parole après avoir dévoré le perroquet de son maître. Et sa première réaction est de mentir. Adapté de la BD de Joann Sfar, qui coréalise le film avec Antoine Delesvaux, Le Chat du rabbin utilise cette idée délicieusement absurde pour parler de religion, de tolérance et d’identité sans jamais abandonner son humour.

Un chat qui pose beaucoup trop de questions

Le véritable bonheur du film vient évidemment de son personnage principal. Dès qu’il commence à parler, le Chat ne s’arrête pratiquement plus. Il questionne son maître sur la religion, réclame une bar-mitsva, conteste les réponses qu’on lui donne et utilise une logique implacable pour révéler les contradictions des humains.

François Morel lui prête une voix formidablement adaptée à ce mélange d’intelligence, de mauvaise foi et d’ironie. Le Chat peut se montrer agaçant, jaloux, tendre ou profondément égoïste, sans jamais perdre son charme.

Sa relation avec Zlabya constitue également l’un des fils rouges du récit. Derrière ses grandes interrogations philosophiques, il reste avant tout un chat extrêmement attaché à sa maîtresse et particulièrement méfiant envers ceux qui pourraient l’éloigner de lui.

Parler de religion sans transformer le film en leçon

C’est probablement la plus grande réussite de Le Chat du rabbin. La religion est omniprésente, mais le film ne cherche pas à apporter une réponse définitive aux questions qu’il pose.

Le Chat interroge le judaïsme, les règles, les traditions et l’existence même de Dieu. Le rabbin tente de lui répondre tout en étant parfois lui-même confronté à ses propres contradictions. Le film préfère ainsi la discussion à la démonstration.

Cette approche permet également de faire cohabiter différentes croyances sans réduire les personnages à leur religion. Juifs, musulmans et chrétiens se rencontrent, discutent, s’opposent parfois, mais le regard de Sfar reste profondément attaché aux individus plutôt qu’aux étiquettes.

L’humour empêche surtout le propos de devenir pesant. Les débats les plus sérieux peuvent être interrompus par une remarque du Chat, une absurdité administrative ou simplement par les faiblesses très humaines des personnages.

Alger devient presque un personnage

L’Alger représentée dans le film possède une chaleur immédiatement reconnaissable. Les rues, les terrasses, les intérieurs et la lumière donnent au récit une identité visuelle très éloignée des standards habituels de l’animation française.

Le dessin conserve volontairement quelque chose d’irrégulier. Les corps sont souples, les visages parfois exagérés et les mouvements ne recherchent jamais un réalisme parfait. Cette animation correspond parfaitement au trait de Joann Sfar et donne véritablement l’impression de voir ses dessins commencer à bouger.

Cette fidélité graphique est essentielle. Une adaptation plus propre ou plus conventionnelle aurait probablement fait perdre une grande partie de la personnalité de la BD.

Hafsia Herzi donne toute sa chaleur à Zlabya

Face au bavardage incessant du Chat, Zlabya apporte une présence plus douce. Hafsia Herzi lui prête sa voix et participe beaucoup à l’attachement que le félin éprouve pour elle.

Le rabbin, interprété par Maurice Bénichou, est tout aussi important. Sa relation avec le Chat dépasse rapidement le simple affrontement entre le croyant et celui qui remet tout en question. Il accepte de discuter, s’agace, doute parfois et tente malgré tout de transmettre ce qu’il croit juste.

Cette relation donne au film ses meilleurs échanges. Le Chat cherche constamment des certitudes alors que le rabbin comprend justement que certaines questions ne peuvent pas recevoir de réponse simple.

Le voyage en Afrique disperse un peu le récit

La seconde partie change considérablement d’échelle avec un voyage à travers l’Afrique à la recherche d’une hypothétique Jérusalem africaine. Le film quitte alors progressivement la chronique algéroise pour devenir un véritable récit d’aventure.

Ce changement permet de découvrir de nouveaux personnages et d’élargir encore les thèmes du film, mais il rend aussi l’ensemble moins homogène. Certaines péripéties paraissent presque appartenir à un autre récit et le Chat lui-même perd parfois sa position centrale.

L’aventure reste plaisante et visuellement généreuse, mais la simplicité des premières séquences à Alger possédait davantage de charme. Le film est souvent plus fort lorsqu’il laisse simplement ses personnages discuter que lorsqu’il cherche à multiplier les événements.

Une adaptation qui conserve la personnalité de la BD

Adapter Le Chat du rabbin présentait un risque évident : transformer une œuvre très bavarde et introspective en film d’animation plus conventionnel. Joann Sfar choisit heureusement de conserver cette singularité.

Le film accepte donc les digressions, les discussions philosophiques et même une certaine irrégularité narrative. Tout n’est pas parfaitement équilibré, mais cette liberté fait partie de son identité.

Surtout, l’humour et la tendresse empêchent constamment les grandes questions abordées de devenir prétentieuses. Le Chat peut discuter de Dieu pendant plusieurs minutes avant de redevenir immédiatement un animal jaloux réclamant l’attention de Zlabya.

C’est précisément ce mélange qui fait la réussite du film : parler de croyance, de tolérance et d’identité tout en n’oubliant jamais que celui qui pose toutes ces questions reste un chat particulièrement insolent.

En résumé

Le Chat du rabbin réussit à préserver l’univers graphique et intellectuel de Joann Sfar tout en lui donnant une véritable existence cinématographique. François Morel est excellent dans le rôle du Chat et les discussions sur la religion, l’identité et la tolérance restent aussi drôles qu’intelligentes. La seconde partie est plus dispersée, mais elle n’efface pas le charme et la personnalité d’une adaptation qui ne ressemble à aucune autre.

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