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Le Daily Star

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Lucky Luke — Tome 23

Le Daily Star

Xavier Fauche, Jean Léturgie et Morris

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 novembre 1984

4/5

Le jeune journaliste Horace P. Greeley arrive dans l’Ouest avec une presse à imprimer et la volonté de publier uniquement la vérité. Après avoir fondé le Daily Star à Dead End City, il s’attire rapidement l’hostilité des commerçants dont il dénonce les pratiques. Lucky Luke devient alors le protecteur d’un journal menacé par la violence, la concurrence déloyale et les fausses informations.

Un sujet particulièrement moderne

L’album s’intéresse à la naissance de la presse locale dans l’Ouest, mais ses thèmes dépassent largement ce contexte historique. Horace Greeley refuse les pressions économiques, vérifie ses informations et considère que ses lecteurs doivent connaître la vérité.

Face à lui, les commerçants de Dead End City comprennent immédiatement le danger représenté par un journal indépendant. Ils tentent d’abord de le faire taire, puis créent leur propre publication pour diffuser des mensonges et retourner la population contre lui.

Cette opposition entre information et propagande donne au récit une étonnante actualité. Le scénario montre notamment qu’une fausse nouvelle spectaculaire peut circuler plus facilement qu’un article sérieux.

Horace Greeley, un idéaliste attachant

Horace ne ressemble pas aux personnages historiques imposants habituellement rencontrés par Lucky Luke. Jeune, maladroit et dépourvu de toute force physique, il affronte pourtant ses adversaires avec une remarquable détermination.

Son idéalisme pourrait le rendre naïf, mais les scénaristes évitent d’en faire un personnage ridicule. Il connaît les risques du métier et accepte les conséquences de ses publications.

Son courage repose sur les mots plutôt que sur les armes. Cette différence permet de construire une véritable complémentarité avec Lucky Luke : l’un défend la liberté d’expression, tandis que l’autre empêche ses ennemis de le réduire au silence.

Une satire efficace des pouvoirs locaux

Les adversaires du Daily Star sont un épicier pratiquant des prix excessifs, un patron de saloon vendant de l’alcool frelaté et un croque-mort intéressé par la multiplication des décès. Leur alliance résume avec humour les intérêts économiques qui dominent la ville.

La création du journal concurrent, L’Epitaph, donne lieu aux passages les plus mordants. Incapables de répondre aux accusations, les notables préfèrent inventer des scandales et attaquer personnellement Horace.

La satire reste néanmoins très démonstrative. Les défenseurs de la vérité sont entièrement honnêtes et leurs adversaires ouvertement corrompus, ce qui laisse peu de place à l’ambiguïté.

Lucky Luke au service de la presse

Lucky Luke occupe volontairement une position secondaire. Il protège l’imprimerie, déjoue les sabotages et permet à Horace de poursuivre son travail, mais ne résout pas lui-même le conflit éditorial.

Ce rôle d’accompagnateur convient parfaitement au personnage. Le cow-boy ne devient jamais journaliste et ne cherche pas à décider de ce qui doit être publié : il garantit simplement à Horace le droit d’exercer son métier.

L’action reste présente, mais elle sert directement le propos. Les attaques contre la presse, les vols de matériel et les tentatives d’intimidation évitent au récit de se transformer en simple leçon sur le journalisme.

Un scénario solide malgré quelques facilités

Xavier Fauche et Jean Léturgie retrouvent une partie de l’esprit de Goscinny en utilisant un élément historique pour parler de la société contemporaine. Les jeux de mots, les titres des journaux et les réactions des habitants offrent plusieurs gags réussis.

Le récit devient toutefois plus conventionnel dans sa dernière partie. Les méchants accumulent les erreurs et la population comprend assez facilement qu’elle a été manipulée.

Morris conserve une grande lisibilité et représente parfaitement l’agitation d’une rédaction improvisée. Les presses, les caractères d’imprimerie et les journaux envahissent progressivement les cases, donnant à l’album une identité visuelle inhabituelle.

En résumé

Le Daily Star propose une défense intelligente et divertissante de la liberté de la presse. Horace Greeley forme avec Lucky Luke un duo attachant, tandis que la concurrence entre information et propagande donne au récit une résonance toujours actuelle. La morale manque parfois de subtilité et les adversaires sont très caricaturaux, mais l’album reste l’une des aventures les plus solides de la période suivant Goscinny.

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