Les 4 Fantastiques
Titre original : Fantastic Four
Avec : Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Chris Evans, Michael Chiklis, Julian McMahon
Production / distribution : 20th Century Fox, Constantin Film, Marvel Enterprises, 1492 Pictures / Twentieth Century Fox France
Durée : 1 h 46
Adaptation : Comics
Sortie : 20 juillet 2005
Bien avant leur arrivée dans le MCU, les Quatre Fantastiques connaissent en 2005 leur première véritable superproduction avec Les 4 Fantastiques de Tim Story. Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Chris Evans et Michael Chiklis incarnent la célèbre famille Marvel créée par Stan Lee et Jack Kirby, tandis que Julian McMahon endosse le rôle de Victor Von Doom. Le film sort en France le 20 juillet 2005, dans une période où le cinéma de super-héros cherche encore sa formule entre les premiers X-Men et la trilogie Spider-Man.
Une origin story extrêmement classique
Difficile de faire plus traditionnel : une expédition spatiale tourne mal, chacun découvre ses pouvoirs, les personnages apprennent progressivement à vivre avec eux et une menace apparaît. Les 4 Fantastiques suit presque méthodiquement le manuel du film de super-héros des années 2000.
Mais cette simplicité possède aujourd’hui un certain charme. Tim Story ne cherche pas à construire un univers gigantesque ni à préparer cinq spin-offs. L’essentiel du film consiste simplement à regarder quatre personnages comprendre ce qui leur arrive et découvrir comment leurs pouvoirs bouleversent leur quotidien.
Le rythme est parfois trop tranquille et l’action étonnamment rare, mais le film dispose ainsi de suffisamment de temps pour construire son groupe.
La famille fonctionne mieux que le spectacle
C’est finalement ce que le film comprend le mieux des comics : les Fantastiques doivent fonctionner comme une famille avant de fonctionner comme une équipe de super-héros.
Reed est absorbé par ses recherches, Sue tente de remettre un peu d’ordre dans l’ensemble, Johnny adore immédiatement sa nouvelle célébrité tandis que Ben vit sa transformation comme une véritable catastrophe. Les disputes, les petites humiliations et les réconciliations comptent presque davantage que l’intrigue principale.
Cette dynamique sauve une grande partie du film. On croit assez rapidement que ces quatre personnages peuvent s’aimer profondément tout en ayant régulièrement envie de s’étrangler.
Chris Evans avait déjà trouvé le super-héros… mais pas encore Captain America
Avant de devenir Steve Rogers, Chris Evans était Johnny Storm, et il semble prendre un plaisir évident à jouer exactement l’inverse. Johnny est immature, narcissique, provocateur et absolument ravi de pouvoir s’enflammer devant une foule.
Sa relation avec Ben est particulièrement réussie. Johnny passe son temps à se moquer de son apparence tandis que Ben rêve probablement de l’envoyer à travers un mur. Chris Evans et Michael Chiklis donnent ainsi au film une grande partie de son humour.
Chiklis apporte justement beaucoup à La Chose. Malgré un costume aujourd’hui très daté, la présence physique réelle de l’acteur donne au personnage une matérialité que des effets numériques n’auraient pas nécessairement mieux conservée vingt ans plus tard.
Reed et Sue sont beaucoup plus sages
Ioan Gruffudd correspond plutôt bien à Reed Richards : brillant, maladroit et tellement absorbé par la science qu’il ne comprend pas toujours ce qui se déroule devant lui. Mais le scénario reste assez timide avec son intelligence et n’exploite jamais totalement ce qui devrait rendre Mister Fantastic exceptionnel.
Jessica Alba fonctionne correctement en Sue Storm, même si le film lui réserve certains clichés particulièrement datés. Son personnage mérite clairement mieux que quelques gags autour de son invisibilité et de ses vêtements.
Le couple Reed-Sue remplit donc son rôle sans posséder l’évidence du duo Johnny-Ben. Le film comprend la structure de cette famille, mais tous ses membres ne bénéficient pas de la même qualité d’écriture.
Docteur Fatalis, en revanche, passe complètement à côté
Julian McMahon possède le charisme nécessaire pour jouer Victor Von Doom, mais cette version du personnage réduit considérablement ce qui rend Fatalis fascinant dans les comics. Son histoire, son rapport à la Latvérie, son mélange de science, de pouvoir et d’ego disparaissent largement au profit d’un riche industriel jaloux progressivement transformé par le même accident que les héros.
Fatalis devient ainsi l’équivalent maléfique de l’équipe plutôt qu’un personnage véritablement singulier. McMahon s’amuse avec son arrogance et parvient à rendre certaines scènes plaisantes, mais il joue davantage un méchant de blockbuster des années 2000 que le Docteur Fatalis.
Pour une équipe disposant de l’un des adversaires les plus emblématiques de Marvel, c’est une occasion largement manquée.
Des effets spéciaux datés, mais un film qui assume son côté BD
Vingt ans plus tard, les effets numériques montrent évidemment leur âge. Les pouvoirs de Reed sont particulièrement variables, et certaines scènes de la Torche Humaine rappellent immédiatement l’époque à laquelle elles ont été réalisées.
Pourtant, Les 4 Fantastiques possède une qualité que certaines adaptations plus récentes ont parfois oubliée : il n’a pas honte d’être tiré d’une bande dessinée. Les costumes bleus affichent leur logo, La Chose est orange, Johnny s’enflamme et Reed étire ses membres sans que le film cherche constamment à rendre tout cela crédible ou sombre.
C’est kitsch, parfois franchement naïf, mais cette absence de cynisme correspond finalement assez bien aux personnages.
Pas un grand film de super-héros, mais un sympathique film des Fantastiques
Les 4 Fantastiques reste extrêmement imparfait. Son scénario manque d’ambition, Fatalis est décevant, certains dialogues ont mal vieilli et le spectacle paraît aujourd’hui assez modeste. Mais le film conserve une qualité essentielle : son quatuor fonctionne.
Après le reboot beaucoup plus sombre de 2015 et l’arrivée des personnages dans le MCU en 2025, cette version apparaît presque comme une curieuse capsule temporelle du cinéma de super-héros des années 2000. Elle n’avait peut-être pas compris toute la richesse des Quatre Fantastiques, mais elle avait au moins compris qu’ils devaient commencer par former une famille.
Et entre Johnny qui provoque Ben, Ben qui menace Johnny, Reed qui réfléchit trop et Sue qui tente de gérer tout le monde, il y avait finalement déjà quelque chose de très juste.
En résumé
Les 4 Fantastiques a beaucoup vieilli et son Docteur Fatalis reste une grosse occasion manquée, mais l’alchimie du quatuor lui conserve un charme certain. Chris Evans et Michael Chiklis dominent une adaptation naïve et très années 2000 qui comprend au moins l’essentiel : les Fantastiques sont d’abord une famille.
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