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Les Cousins Dalton

Couverture de Les Cousins Dalton

Lucky Luke — Tome 12

Les Cousins Dalton

René Goscinny et Morris

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 1 septembre 1958

4/5

Publié en 1958, Les Cousins Dalton offre à Joe, William, Jack et Averell leur première aventure comme adversaires principaux de Lucky Luke. René Goscinny et Morris posent les bases d’une mécanique comique appelée à devenir incontournable, même si les quatre frères ne possèdent pas encore toute la personnalité de leurs futures apparitions.

Des bandits encore en apprentissage

Les cousins des véritables frères Dalton rêvent d’égaler la réputation criminelle de leur famille. Le problème est qu’ils ne savent ni tirer, ni se battre, ni même organiser correctement une attaque.

Cette incompétence donne au début de l’album une grande efficacité comique. Les quatre frères doivent s’entraîner méthodiquement avant de pouvoir affronter Lucky Luke, transformant l’apprentissage du banditisme en véritable programme scolaire.

La succession des entraînements devient parfois répétitive, mais elle permet à Goscinny de construire progressivement les personnages. Les Dalton ne sont pas encore les célèbres évadés de pénitencier : ils doivent d’abord apprendre à devenir des hors-la-loi.

Une formule visuelle immédiatement géniale

Morris reprend le principe graphique aperçu dans l’album précédent : quatre frères possédant le même visage mais dont la taille augmente progressivement. Cette idée très simple suffit à rendre le groupe immédiatement reconnaissable.

Leur alignement crée naturellement des gags. Les Dalton forment presque un personnage unique qui se déploie sur toute la largeur de la case, tout en permettant à chacun de réagir différemment.

Les personnalités ne sont cependant pas encore parfaitement établies. Joe commence à prendre le rôle du meneur colérique et Averell celui du grand naïf, mais William et Jack restent presque interchangeables. Cette faiblesse persistera d’ailleurs dans une grande partie de la série.

Lucky Luke joue avec ses adversaires

Plutôt que d’affronter immédiatement les Dalton, Lucky Luke décide de les décourager en sabotant discrètement leurs attaques. Il organise de faux braquages, manipule les réactions des habitants et donne aux quatre frères l’impression qu’ils sont totalement incapables.

Cette stratégie confirme l’intelligence du héros, mais elle lui confère aussi un comportement inhabituellement moqueur. Lucky Luke semble parfois davantage intéressé par l’humiliation des Dalton que par leur arrestation.

Le procédé produit d’excellentes scènes, notamment lorsque les commerçants participent avec enthousiasme à ses mises en scène. Mais le lecteur sait constamment que Lucky Luke domine la situation, ce qui réduit fortement le suspense.

Averell s’impose déjà comme le plus drôle

Averell possède immédiatement le plus fort potentiel comique. Sa grande taille contraste avec son absence totale d’autorité, tandis que sa naïveté provoque régulièrement l’exaspération de Joe.

Son obsession pour la nourriture commence également à apparaître, même si elle n’a pas encore atteint l’importance qu’elle prendra plus tard. Goscinny comprend très vite que le personnage peut désamorcer n’importe quelle situation menaçante par une remarque parfaitement innocente.

Joe fonctionne comme son complément naturel. Sa colère permanente donne du rythme aux dialogues et transforme chaque erreur d’Averell en nouveau conflit au sein du groupe.

Une intrigue construite autour de la répétition

L’album repose largement sur une succession d’échecs. Les Dalton s’entraînent, préparent une attaque et se font ridiculiser par Lucky Luke avant de recommencer ailleurs.

Cette construction correspond parfaitement à leur nature comique, mais elle donne aussi au récit un caractère très mécanique. Le scénario progresse moins par rebondissements que par variations autour d’une même plaisanterie.

La dernière partie apporte davantage d’action lorsque les Dalton parviennent enfin à prendre l’avantage. Cette évolution arrive assez tard, mais évite que l’histoire se résume entièrement à une longue séance d’entraînement.

Morris trouve l’un des grands symboles de la série

Le dessin est vif, clair et particulièrement expressif. Morris exploite toutes les possibilités offertes par les différences de taille, qu’il s’agisse de placer les Dalton en file, de les faire courir ensemble ou de montrer leurs réactions successives.

Le langage corporel distingue déjà Joe et Averell, même lorsque leurs visages restent identiques. Les décors sont assez sobres, mais la lisibilité des mouvements et la précision du découpage donnent à l’aventure un excellent rythme.

Avec les Dalton, Morris crée surtout une image immédiatement identifiable, capable de survivre à toutes les variations scénaristiques.

En résumé

Les Cousins Dalton ne développe pas encore pleinement les quatre bandits, mais invente l’une des meilleures mécaniques comiques de la bande dessinée franco-belge. Joe et Averell commencent à affirmer leurs personnalités, tandis que Lucky Luke les affronte davantage par la ruse que par la force. L’intrigue reste répétitive et sans véritable suspense, mais l’humour et l’efficacité graphique font déjà du quatuor une réussite majeure.

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