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Les Jours heureux

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Les Enfants de la Résistance — Tome 9

Les Jours heureux

Vincent Dugomier, Benoît Ers

Éditeur : Le Lombard

Sortie originale : 20 octobre 2023

5/5

Fin 1943, la guerre approche d’un tournant décisif. Les Alliés préparent le Débarquement et la Résistance doit obtenir un maximum d’informations sur les forces allemandes. Pour le LYNX, cette nouvelle étape prend une tournure particulièrement dangereuse : Lisa se fait engager comme domestique dans un château occupé par des officiers allemands afin d’écouter leurs conversations. Avec Les Jours heureux, Vincent Dugomier et Benoît Ers placent cette fois l’espionnage au cœur de leur récit et offrent surtout à Lisa un rôle de premier plan.

Lisa passe enfin au centre du récit

Après un huitième tome largement construit autour de François, Les Jours heureux met davantage Lisa en avant. Le choix est particulièrement pertinent : allemande de naissance mais farouchement opposée au nazisme, elle possède depuis le début de la série une relation particulière avec le conflit.

Sa mission est pourtant différente de tout ce que le trio a connu jusque-là. Il ne s’agit plus de transporter du matériel ou de distribuer clandestinement des informations, mais de pénétrer dans un lieu occupé par l’ennemi, d’y travailler quotidiennement et de dissimuler constamment ses véritables intentions.

La tension repose donc beaucoup moins sur l’action que sur le comportement. Un regard trop insistant, une réaction mal maîtrisée ou une question maladroite peuvent suffire à éveiller les soupçons. Pour Lisa, résister signifie désormais savoir se taire et observer.

L’espionnage remplace progressivement les actions improvisées

Cette mission illustre parfaitement l’évolution du LYNX. François, Lisa et Eusèbe ont commencé leur engagement en inventant eux-mêmes de petites opérations. Ils participent maintenant à la collecte de renseignements utiles aux opérations alliées.

La progression est particulièrement crédible parce qu’elle s’est effectuée sur neuf albums. Dugomier n’a jamais transformé brutalement ses personnages en espions professionnels : ils ont appris progressivement les règles de la clandestinité, le danger de la dénonciation et l’importance d’un réseau.

Les Jours heureux exploite tout ce parcours. Lisa sait désormais que l’information qu’elle peut obtenir est importante, mais également qu’elle ne doit prendre aucun risque inutile. La bravoure ne consiste plus forcément à agir : elle peut simplement consister à rester impassible alors que l’ennemi se trouve à quelques mètres.

Le Débarquement se prépare dans l’ombre

La perspective du Débarquement donne au tome une tension historique particulière. Le lecteur sait ce qui se prépare, mais les personnages ne disposent évidemment que d’informations fragmentaires.

Dugomier exploite intelligemment ce décalage. La Résistance comprend qu’une opération majeure approche sans nécessairement connaître sa date ou son lieu. Il devient donc essentiel d’observer les mouvements de troupes allemandes, leurs installations et leurs préparatifs.

Cette approche rappelle une nouvelle fois que la Libération ne se résume pas aux combats qui débuteront le 6 juin 1944. En amont, des milliers de renseignements doivent circuler, des réseaux se préparer et des résistants prendre des risques considérables pour fournir aux Alliés des informations exploitables.

Un titre volontairement paradoxal

Les Jours heureux possède un titre beaucoup plus optimiste que le contenu de l’album pourrait le laisser penser. À mesure que la défaite allemande devient envisageable, la perspective d’un avenir après l’Occupation commence enfin à prendre forme.

Mais cet espoir ne signifie absolument pas que la guerre est terminée. C’est même tout le contraire : les derniers mois de l’Occupation peuvent être extrêmement dangereux et les personnages ignorent encore combien de temps ils devront tenir.

Le titre renvoie également au programme du Conseil national de la Résistance, adopté en mars 1944 sous le titre Les Jours heureux. Cette référence permet à Dugomier d’élargir encore son propos : résister ne signifie pas uniquement combattre l’occupant, mais aussi commencer à réfléchir au pays que l’on souhaite reconstruire après la Libération.

Résister, mais pour construire quoi ensuite ?

Cette dimension donne au neuvième tome une profondeur supplémentaire. Depuis le début de la série, la question centrale était relativement claire : comment lutter contre l’Occupation ? Désormais apparaît une autre interrogation : que se passera-t-il lorsque la guerre sera terminée ?

Les résistants ne partagent pas tous les mêmes opinions politiques ni les mêmes visions de la société. Pourtant, ils doivent parvenir à imaginer un projet commun. Les réformes sociales envisagées par le Conseil national de la Résistance donnent ainsi au récit une perspective différente.

Pour les jeunes héros, cette réflexion permet également de comprendre que la Résistance n’est pas uniquement une opposition. Elle peut devenir une volonté de reconstruction. Après tant d’albums consacrés à désobéir, saboter, cacher et informer, cette ouverture vers l’avenir apporte une évolution bienvenue.

Benoît Ers fait de l’attente une véritable source de suspense

Le dessin de Benoît Ers se révèle particulièrement efficace dans les scènes d’infiltration. Lisa évolue au milieu des officiers allemands et la tension repose souvent sur de minuscules détails : la direction d’un regard, une porte qui s’ouvre ou une conversation qu’elle essaie d’entendre tout en continuant son travail.

Ers n’a pas besoin de multiplier les effets spectaculaires. Son expressivité suffit à montrer la nervosité d’un personnage qui doit précisément empêcher les autres de la remarquer.

Le château offre également un nouvel environnement visuel à la série. Après les routes et les paysages du tome précédent, cet espace fermé renforce le sentiment d’enfermement. Lisa se trouve littéralement au milieu de l’ennemi, ce que la couverture résume parfaitement en la montrant servant tranquillement des officiers penchés sur leurs cartes.

Une série désormais très loin de ses débuts

La comparaison avec Premières actions devient presque vertigineuse. François, Lisa et Eusèbe avaient commencé par chercher comment manifester leur refus de l’Occupation. Ils participent désormais à des opérations de renseignement liées à la préparation de la Libération.

Pourtant, Vincent Dugomier conserve le même principe narratif : raconter la grande Histoire à travers ce que vivent trois adolescents. C’est précisément ce qui empêche la série de devenir une succession de leçons historiques.

Chaque nouvelle notion apparaît parce qu’elle devient nécessaire au récit. Après le STO, la Milice, les filières d’évasion ou la presse clandestine, le renseignement et le Conseil national de la Résistance trouvent naturellement leur place dans cette chronologie.

En résumé

Les Jours heureux offre à Lisa l’un de ses rôles les plus intéressants depuis le début de la série. Son infiltration auprès d’officiers allemands permet à Vincent Dugomier de construire un suspense beaucoup plus psychologique, où le moindre faux pas pourrait révéler son appartenance au LYNX.

Mais ce neuvième tome vaut également pour l’évolution de son regard historique. Alors que la Libération commence à devenir imaginable, Les Enfants de la Résistance ne parle plus seulement de combattre l’occupant : la série commence à interroger ce que les résistants veulent construire après lui.

Benoît Ers accompagne parfaitement cette évolution avec un dessin toujours aussi accessible et expressif. Sans avoir besoin de multiplier les scènes d’action, il rend l’infiltration de Lisa véritablement tendue. Un excellent tome, qui rapproche inexorablement les personnages de la Libération sans faire oublier que, pour eux, la guerre est encore loin d’être terminée.

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