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Combattre ou mourir

Couverture de Combattre ou mourir

Les Enfants de la Résistance — Tome 8

Combattre ou mourir

Vincent Dugomier, Benoît Ers

Éditeur : Le Lombard

Sortie originale : 16 septembre 2022

5/5

Été 1943. Les Allemands traquent les résistants qui impriment tracts et journaux clandestins, rendant le papier aussi précieux que dangereux à transporter. Le LYNX reçoit alors une mission d’apparence presque banale : acheminer un important stock de papier à 250 kilomètres de Pontain-l’Écluse. Mais lorsque Lisa et Eusèbe jugent l’opération trop risquée, François décide de partir. Avec Combattre ou mourir, Vincent Dugomier et Benoît Ers consacrent un album entier à une arme moins spectaculaire que les explosifs : l’information libre.

Du papier comme arme de Résistance

Après les aviateurs alliés de Tombés du ciel, on aurait pu imaginer une nouvelle mission spectaculaire. Dugomier fait exactement l’inverse : l’enjeu principal de ce huitième tome est un stock de papier destiné à l’impression de journaux clandestins.

L’idée est excellente parce qu’elle permet d’aborder un aspect moins connu de la Résistance. Informer constitue déjà une forme de combat dans une France où la presse est contrôlée et où la propagande occupe une place considérable. Il faut écrire les textes, trouver du papier, les imprimer puis organiser leur distribution, chacune de ces étapes exposant les participants à la répression.

L’album montre ainsi qu’un objet aussi ordinaire qu’une feuille de papier peut devenir extrêmement précieux lorsque la liberté d’expression disparaît. La mission n’a rien de spectaculaire sur le papier, justement, mais ses implications sont considérables.

François prend une place beaucoup plus importante

Combattre ou mourir se distingue également des précédents albums en isolant davantage François. Lisa et Eusèbe estiment la mission trop dangereuse ; lui considère qu’elle est suffisamment importante pour justifier le risque et décide de se lancer.

Cette décision révèle tout le chemin parcouru depuis Premières actions. François n’est plus l’enfant qui cherche simplement comment embêter l’occupant. Il est désormais capable de mesurer l’importance stratégique d’une mission et d’accepter personnellement les conséquences de son engagement.

Mais Dugomier évite d’en faire un héros infaillible. Son courage peut également devenir de l’obstination. Le désaccord entre les trois amis est donc particulièrement intéressant : résister ne signifie pas que tout le monde doit systématiquement accepter les mêmes risques.

Faire confiance devient le véritable danger

Transporter le papier sur 250 kilomètres oblige François à sortir de son environnement habituel. Impossible cette fois de compter uniquement sur les personnes que le LYNX connaît depuis plusieurs années : il faut établir des relais et donc accorder sa confiance à des inconnus. Le Lombard présente d’ailleurs explicitement cette nécessité de « monter tout un réseau » comme l’un des principaux enjeux du tome.

C’est une évolution logique de la série. Les premiers albums reposaient beaucoup sur la méfiance : identifier les collaborateurs, cacher ses activités et éviter les dénonciations. Ce huitième volume montre l’autre face de la clandestinité. Sans confiance, aucun réseau ne peut fonctionner.

Toute la tension vient alors de cette contradiction. Un résistant doit être méfiant pour survivre, mais il doit aussi accepter de confier sa vie à des personnes qu’il connaît parfois à peine.

Une Résistance de plus en plus diverse

Ce voyage permet également à François de rencontrer d’autres formes d’engagement. La Résistance n’est plus seulement celle de Pontain-l’Écluse ni celle du petit réseau construit progressivement autour des trois enfants.

Dugomier montre des individus aux parcours, aux motivations et aux méthodes différentes, réunis par le refus de l’Occupation. Cela donne au récit une dimension particulièrement intéressante après huit tomes : François découvre qu’il appartient à quelque chose de beaucoup plus vaste que le LYNX.

La série conserve ainsi son principe pédagogique sans jamais interrompre artificiellement l’aventure. Le fonctionnement des réseaux clandestins est compris parce que François doit lui-même apprendre à circuler entre eux.

Le titre prend tout son sens

Combattre ou mourir est probablement l’un des titres les plus durs de la série. Il correspond parfaitement à l’évolution de personnages qui, deux ans auparavant, découvraient encore ce que signifiait résister.

La mort n’est plus une menace abstraite. François sait désormais ce qui peut arriver à quelqu’un arrêté par l’occupant. Cela change profondément la perception des scènes de danger : lorsqu’il décide de poursuivre une mission, il ne peut plus prétendre ignorer les conséquences possibles.

Cette maturité donne beaucoup de poids à l’album. La série reste destinée aux jeunes lecteurs, mais elle ne cherche plus à atténuer artificiellement ce que représente l’engagement clandestin.

Benoît Ers fait du voyage une source de tension

Le changement d’environnement permet à Benoît Ers de renouveler visuellement la série. Routes, paysages, contrôles et rencontres successives donnent à l’album une atmosphère différente des aventures davantage concentrées autour de Pontain-l’Écluse.

Son dessin conserve pourtant cette lisibilité exemplaire qui accompagne la série depuis ses débuts. Les personnages restent très expressifs, ce qui est particulièrement important dans un récit où François doit constamment se demander s’il peut faire confiance à ceux qu’il rencontre.

Le contraste entre le trait accessible d’Ers et la présence désormais beaucoup plus régulière des armes est frappant. La couverture l’illustre parfaitement : François lève les mains devant un homme armé. Après huit tomes, l’enfant résistant est désormais directement confronté à ceux qui ont choisi la lutte armée.

Un tome différent et particulièrement intéressant

Combattre ou mourir possède finalement une qualité assez rare pour un huitième volume : il ne donne jamais l’impression de répéter simplement la formule des précédents.

Le choix de consacrer l’intrigue à la presse clandestine permet de raconter un autre visage de la Résistance. L’album rappelle que combattre ne signifie pas nécessairement prendre une arme : imprimer une information interdite et permettre sa diffusion pouvait déjà constituer un acte de résistance.

Cette importance accordée aux mots est d’ailleurs assumée jusque dans la dédicace de l’album, adressée à ceux qui les utilisent comme une arme de résistance.

En résumé

Avec Combattre ou mourir, Vincent Dugomier et Benoît Ers choisissent un sujet moins spectaculaire que les opérations militaires mais tout aussi essentiel : la circulation de l’information. Le simple transport de papier devient le point de départ d’une aventure particulièrement tendue qui explique très concrètement le fonctionnement des réseaux clandestins.

François occupe davantage le devant de la scène et révèle autant son courage que son obstination. Le désaccord avec Lisa et Eusèbe apporte également une nuance bienvenue : être résistant ne signifie pas accepter aveuglément toutes les missions ni évaluer le danger de la même manière.

Après huit tomes, la série continue ainsi de trouver de nouveaux angles pour raconter l’Occupation sans se transformer en cours d’histoire. Combattre ou mourir est un album tendu, intelligent et particulièrement pertinent sur la valeur d’une information libre dans une société où elle est devenue interdite.

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