Lucky Luke — Tome 28
L’Escorte
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 1 janvier 1966
Lucky Luke doit escorter Billy the Kid jusqu’au Nouveau-Mexique afin qu’il réponde d’un ancien délit. Goscinny transforme ce trajet apparemment simple en affrontement psychologique entre un prisonnier rusé, un cow-boy impossible à tromper et un bandit qui rêve de devenir célèbre.
Billy the Kid, prisonnier mais toujours dangereux
Après avoir terrorisé Fort Weakling dans Billy the Kid, le jeune hors-la-loi revient dans une situation très différente. Solidement attaché et surveillé par Lucky Luke, il ne peut plus imposer sa volonté par la peur.
Billy conserve néanmoins son intelligence et son talent pour la manipulation. Il observe les faiblesses de ceux qu’il rencontre, ment avec un aplomb remarquable et tente continuellement de retourner les événements à son avantage.
Ce retour confirme qu’il appartient aux meilleurs adversaires de Lucky Luke. Son apparence enfantine, ses colères et sa passion pour le chocolat restent amusantes, mais Goscinny ne le réduit pas à ces quelques gags. Même prisonnier, Billy demeure imprévisible.
Un voyage volontairement répétitif
L’escorte traverse plusieurs villes dans lesquelles Billy doit passer la nuit en prison. Chaque étape reproduit une situation proche : Lucky Luke confie son détenu au shérif local tandis qu’une nouvelle tentative d’évasion se prépare.
La répétition est parfaitement assumée et permet de varier les réactions face à la réputation de Billy. Certains habitants le craignent, d’autres le considèrent comme un gamin insolent. Le shérif de Bronco Pueblo, qui le traite comme un enfant à punir, offre ainsi l’un des passages les plus drôles de l’album.
Cette construction donne cependant au récit une allure plus fragmentée que celle de Billy the Kid. Le voyage progresse efficacement, mais l’histoire manque parfois d’un décor ou d’un enjeu suffisamment fort pour lui donner une identité aussi marquante.
Bert Malloy, un admirateur particulièrement encombrant
La meilleure idée du scénario reste l’arrivée de Bert Malloy. Ce bandit médiocre veut délivrer Billy afin de devenir son associé et de profiter de sa réputation. Il poursuit donc l’escorte en multipliant les interventions maladroites.
Billy comprend immédiatement comment exploiter son admiration. Il flatte Malloy, lui promet une grande carrière et l’utilise comme un instrument sans jamais éprouver la moindre reconnaissance. Leur relation tourne en dérision les associations entre criminels, généralement fondées sur la méfiance et l’intérêt personnel.
Malloy constitue un adversaire amusant, mais volontairement peu menaçant. Ses échecs répétés rendent le voyage comique sans véritablement mettre Lucky Luke en danger. Le suspense reste donc limité.
Lucky Luke maître de la situation
Face aux mensonges de Billy et aux maladresses de Malloy, Lucky Luke conserve presque toujours une longueur d’avance. Il connaît suffisamment son prisonnier pour anticiper ses ruses et ne se laisse jamais attendrir par son apparence juvénile.
Le héros apparaît ici particulièrement calme et méthodique. Sa mission demande moins d’adresse au revolver que de patience, puisqu’il doit empêcher Billy de s’évader tout en gérant les conséquences de sa réputation.
Cette maîtrise absolue participe au plaisir de lecture, mais réduit également l’incertitude. Même lorsque le plan de Billy semble fonctionner, le lecteur doute rarement de la capacité de Lucky Luke à reprendre rapidement le contrôle.
Une parodie efficace du récit d’évasion
Goscinny inverse habilement la structure habituelle du western. L’objectif n’est pas de capturer un bandit, mais de le conserver sous bonne garde jusqu’à sa destination. L’action dépend donc davantage des tentatives d’évasion que des poursuites traditionnelles.
Les dialogues entre Lucky Luke et Billy sont particulièrement réussis. Le prisonnier provoque constamment son gardien, tandis que celui-ci lui répond avec une ironie tranquille. Leur opposition repose autant sur les mots que sur les armes.
Morris accompagne parfaitement cette confrontation. Les expressions capricieuses de Billy, l’assurance de Lucky Luke et les attitudes théâtrales de Malloy rendent immédiatement lisibles les rapports de force.
Une suite réussie, mais moins marquante
L’Escorte retrouve avec plaisir l’univers de Billy the Kid sans simplement reproduire son intrigue. Le personnage est utilisé différemment et son opposition avec Lucky Luke gagne en finesse.
L’album paraît néanmoins moins ambitieux que le premier. Il ne possède ni la satire collective de Fort Weakling ni la même montée en puissance. Son principe de voyage lui donne un excellent rythme, mais aussi une impression de succession de péripéties.
En résumé
L’Escorte est une très bonne suite à Billy the Kid. Le jeune bandit reste drôle, manipulateur et dangereux, tandis que Bert Malloy forme avec lui un duo comique particulièrement efficace. Les dialogues sont excellents et le voyage ne manque jamais de rythme. L’intrigue demeure toutefois assez répétitive et Lucky Luke maîtrise trop facilement la situation pour que le suspense s’installe véritablement. Un album très plaisant, sans retrouver totalement la force de son prédécesseur.
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