Lucky Luke
Titre original : Lucky Luke
Avec : Terence Hill, Nancy Morgan, Ron Carey, Dominic Barto
Production / distribution : Paloma Films, Reteitalia / UGC en France
Durée : 1 h 32
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 18 décembre 1991
Bien avant Éric et Ramzy ou Jean Dujardin, Lucky Luke avait déjà tenté l’aventure en prises de vues réelles. En 1991, c’est Terence Hill qui passe devant et derrière la caméra pour adapter Daisy Town, l’histoire créée par Morris et René Goscinny pour le film d’animation de 1971. Le choix paraît finalement assez logique : avec ses westerns comiques et son personnage de cow-boy décontracté, Hill évoluait depuis longtemps dans un registre voisin de celui de Lucky Luke. Le résultat reste très imparfait, parfois franchement kitsch, mais possède une qualité essentielle que certaines adaptations ultérieures oublieront : il essaie réellement de faire du Lucky Luke.
Terence Hill : pas vraiment Lucky Luke physiquement, mais assez proche dans l’esprit
Difficile de prétendre que Terence Hill ressemble au personnage de Morris. Son costume prend d’importantes libertés avec celui de la BD, sa silhouette est différente et son apparence évoque davantage le héros d’un western italien que le cow-boy longiligne des albums.
Pourtant, quelque chose fonctionne.
Hill possède naturellement cette décontraction indispensable au personnage. Son Lucky Luke observe les autres s’agiter autour de lui avec un calme presque amusé, intervient lorsqu’il le faut et donne rarement l’impression d’avoir besoin de prouver qu’il est le meilleur tireur de l’Ouest. Morris avait d’ailleurs initialement hésité devant le manque de ressemblance physique de l’acteur, avant que le projet ne se fasse.
C’est tout le paradoxe : Terence Hill ne ressemble pas énormément à Lucky Luke, mais il comprend plutôt bien son attitude. Et pour une adaptation, c’est finalement beaucoup plus important qu’une chemise parfaitement jaune.
Daisy Town, encore une fois
Le film reprend très directement Daisy Town. Lucky Luke arrive dans une ville nouvelle rapidement envahie par les hors-la-loi, devient shérif et tente d’y imposer un peu d’ordre avant que les Dalton ne viennent naturellement compliquer les choses. La BnF référence d’ailleurs explicitement le film comme une adaptation de Daisy Town.
Le choix est assez évident. L’histoire possède déjà la structure parfaite pour présenter Lucky Luke à un public qui ne connaîtrait pas la BD : une ville du Far West, des bandits, les Dalton et un héros qui remet progressivement de l’ordre dans tout cela.
En revanche, ceux qui connaissent le film d’animation de 1971 auront régulièrement une impression de déjà-vu. Cette version live ne réinvente pas véritablement Daisy Town et reste très proche de sa structure.
Enfin une adaptation qui comprend que Lucky Luke est un western
C’est probablement ce qui rend le film sympathique malgré ses défauts. Terence Hill vient du western et cela se voit. Les saloons, les rues poussiéreuses, les duels et les bagarres ne donnent pas simplement l’impression d’être des éléments de décoration empruntés à une BD.
Le film fonctionne d’abord comme un western comique, ce qui est précisément le terrain sur lequel Lucky Luke est né. On retrouve cette idée fondamentale de Morris et Goscinny : prendre les codes les plus célèbres du western pour mieux les détourner.
Évidemment, le résultat porte fortement la marque de son époque. La réalisation paraît aujourd’hui très télévisuelle, certains gags sont lourdement appuyés et le rythme manque parfois de vivacité. Mais même lorsque le film vieillit mal, on comprend ce qu’il cherche à reproduire.
C’est déjà beaucoup.
Des Dalton imparfaits, mais reconnaissables comme personnages
Les Dalton apparaissent évidemment dans l’aventure, avec Ron Carey en Joe, Dominic Barto en William, Bo Greigh en Jack et Fritz Sperberg en Averell.
Visuellement, on reste assez loin des silhouettes parfaitement graduées de Morris. Mais le film ne tombe heureusement pas dans le piège qui fera tant de dégâts dans Les Dalton en 2004 : personne ne semble avoir considéré qu’il fallait transformer chaque particularité graphique en énorme accessoire de déguisement.
L’essentiel est ailleurs : Joe commande, Averell reste l’idiot de la bande et Lucky Luke retrouve ses adversaires traditionnels. Ce n’est pas une incarnation définitive des personnages, mais leur présence s’intègre naturellement au western plutôt que de donner l’impression d’une attraction ajoutée au film.
Jolly Jumper parle… et c’est parfaitement assumé
Autre choix important : Jolly Jumper conserve une caractéristique essentielle de la BD et peut communiquer avec Lucky Luke. Roger Miller assure sa voix dans la version originale.
L’idée aurait facilement pu devenir ridicule en prises de vues réelles. Elle participe pourtant au charme légèrement naïf du film. Terence Hill ne cherche pas à rendre Lucky Luke réaliste à tout prix : il accepte qu’il s’agit d’un univers de bande dessinée et conserve donc une part de son invraisemblance.
C’est précisément ce dosage que les adaptations suivantes auront parfois du mal à trouver. Il faut transformer suffisamment la BD pour qu’elle fonctionne avec de vrais acteurs sans chercher pour autant à rationaliser tout ce qui faisait son identité.
Un film terriblement daté, mais plutôt attachant
Impossible néanmoins d’ignorer l’âge du film. Certaines scènes semblent aujourd’hui provenir directement d’une production télévisée du début des années 1990, les effets comiques sont très insistants et le charme de Terence Hill ne suffit pas toujours à maintenir le rythme.
Le film possède également cette tonalité particulière des westerns comiques auxquels l’acteur est associé. Ceux qui apprécient cet univers peuvent facilement entrer dans le jeu ; les autres risquent de trouver l’ensemble particulièrement désuet.
Mais ce vieillissement lui donne aussi une certaine personnalité. Contrairement aux Dalton de 2004, qui transforme la BD en véhicule pour ses vedettes, ou au Lucky Luke de 2009, qui cherche parfois trop à styliser et à approfondir son héros, Terence Hill semble surtout vouloir s’amuser dans l’univers de Morris.
C’est plus modeste, mais aussi plus naturel.
En résumé
Le Lucky Luke de 1991 est loin d’être l’adaptation définitive. Terence Hill ne ressemble pas vraiment au héros de Morris, la réalisation a considérablement vieilli et l’ensemble conserve un parfum de western télévisé qui pourra rebuter aujourd’hui.
Mais son acteur principal possède la décontraction du personnage, Daisy Town offre une base solide et le film comprend quelque chose d’essentiel : Lucky Luke est d’abord une parodie de western, et il faut donc commencer par faire exister le western avant de le détourner. Vieillot, maladroit, mais étonnamment sympathique, ce premier véritable Lucky Luke en prises de vues réelles conserve ainsi un charme que ses successeurs n’ont pas toujours retrouvé.
L’avis des lecteurs
Les lecteurs donnent leur avis
Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.
Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.





