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Spider-Man: Far From Home

Affiche de Spider-Man: Far From Home

Spider-Man: Far From Home

Titre original : Spider-Man: Far From Home

Réalisation : Jon Watts

Avec : Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Zendaya, Samuel L. Jackson

Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Studios, Pascal Pictures / Sony Pictures Releasing France

Durée : 2 h 10

Adaptation : Comics

Sortie : 3 juillet 2019

★★★★★ 4/5

Deux ans après Homecoming, Jon Watts retrouve Tom Holland pour une deuxième aventure solo de Spider-Man au sein du MCU. Situé après les événements d’Avengers: Endgame, le film déplace Peter Parker et ses camarades en Europe et introduit Quentin Beck, alias Mysterio, interprété par Jake Gyllenhaal. Spider-Man: Far From Home sort en France le 3 juillet 2019 et constitue le dernier film de la phase 3 du MCU.

Peter Parker voudrait simplement avoir 16 ans

Homecoming racontait un Peter obsédé par l’idée de devenir un Avenger. Far From Home commence presque par l’inverse : maintenant qu’il a connu des événements dépassant largement son quartier, Peter voudrait simplement partir en vacances.

Cette idée fonctionne particulièrement bien avec Tom Holland. Son Peter reste un adolescent avant d’être un super-héros et son principal objectif n’est pas de sauver le monde, mais de trouver le bon moment pour déclarer ses sentiments à MJ.

Le voyage scolaire permet ainsi de prolonger la dimension de comédie adolescente du premier film tout en changeant complètement de décor. Venise, Prague, Berlin ou Londres remplacent New York et donnent au film une identité différente, même si éloigner Spider-Man de son environnement naturel lui fait aussi perdre un peu de ce qui faisait son charme de « héros sympa du quartier ».

Iron Man est parti, mais son ombre est partout

C’est à la fois l’une des bonnes idées du film et l’une des limites de cette incarnation de Spider-Man.

Tony Stark n’est plus là, pourtant tout semble encore tourner autour de lui. Le monde cherche son successeur, Peter hérite de sa technologie et plusieurs personnages continuent de définir Spider-Man par rapport à Iron Man.

Cela donne un véritable enjeu à Peter : comment succéder à quelqu’un auquel il ne souhaite pas forcément ressembler ? Le film parle assez justement du poids laissé sur les épaules d’un adolescent auquel les adultes demandent soudain beaucoup trop.

Mais après un Homecoming déjà très lié à Tony Stark, on aimerait parfois que Spider-Man puisse enfin construire sa mythologie indépendamment de lui. Peter Parker n’a pas besoin de devenir le nouvel Iron Man : il a besoin de comprendre comment devenir pleinement Spider-Man.

Mysterio : enfin un adversaire fait pour le cinéma

Après le très réussi Vautour, Mysterio constitue un excellent choix. Le personnage a toujours reposé dans les comics sur l’illusion, la manipulation et le spectacle, autant d’éléments que le cinéma peut naturellement amplifier.

Jake Gyllenhaal s’amuse beaucoup avec Quentin Beck et son apparence volontairement extravagante. Le casque en forme d’aquarium, la cape et les effets verdâtres auraient facilement pu devenir ridicules ; Jon Watts assume au contraire complètement cette esthétique.

Surtout, Mysterio permet au film de jouer avec ce que voit le spectateur. Certaines séquences abandonnent presque toute logique réaliste pour plonger Spider-Man dans un univers où l’espace, les proportions et les personnages peuvent être constamment manipulés.

Ce sont de loin les passages les plus inventifs visuellement du film.

Quand Spider-Man ne peut même plus croire ses propres yeux

Ces scènes fonctionnent d’autant mieux qu’elles s’attaquent précisément à une faiblesse de Peter. Ses pouvoirs sont impressionnants, mais ils deviennent beaucoup moins utiles lorsqu’il ne sait plus ce qui existe réellement autour de lui.

Jon Watts trouve alors quelque chose que les précédents films Spider-Man avaient relativement peu exploré : mettre en difficulté le héros non pas en trouvant quelqu’un de plus fort que lui, mais en supprimant sa capacité à comprendre ce qu’il affronte.

Cela permet également de remettre en avant son fameux sens d’araignée, rebaptisé avec humour par tante May. Peter doit cesser de dépendre uniquement de la technologie pour retrouver quelque chose de beaucoup plus instinctif.

C’est exactement la direction dont cette version du personnage avait besoin après deux films où les gadgets hérités de Tony Stark occupaient parfois trop de place.

Peter et MJ fonctionnent beaucoup mieux qu’une romance imposée

Zendaya prend surtout ici une importance qu’elle n’avait pas encore dans Homecoming. Sa MJ est étrange, sarcastique et beaucoup moins conventionnelle que les précédentes grandes histoires sentimentales de Peter Parker.

Et la relation fonctionne précisément parce qu’elle reste maladroite.

Peter prépare des plans absurdes, Ned donne des conseils plus ou moins utiles et chaque tentative romantique semble pouvoir être interrompue par une catastrophe. Tom Holland et Zendaya donnent à cette relation quelque chose de léger et crédible qui correspond parfaitement à leur âge.

Le film évite ainsi les grandes envolées mélodramatiques de Raimi et la romance passionnelle des films avec Andrew Garfield. Ce Spider-Man possède son propre registre : celui de deux adolescents qui savent beaucoup moins bien parler de leurs sentiments qu’affronter une menace mondiale.

Plus inventif que Homecoming, mais toujours prisonnier du MCU

Visuellement, Far From Home est nettement plus ambitieux que son prédécesseur. Les séquences liées à Mysterio permettent enfin à Jon Watts de sortir de la mise en scène relativement sage de Homecoming et de proposer des images véritablement pensées autour des pouvoirs de son adversaire.

En revanche, l’intégration permanente au MCU continue d’être à double tranchant. Nick Fury, les conséquences d’Endgame, Stark Industries et toute la technologie héritée des Avengers donnent au film une ampleur considérable, mais empêchent parfois Spider-Man d’exister totalement par lui-même.

C’est d’autant plus paradoxal que les meilleurs moments sont souvent ceux où Peter est ramené à quelque chose de très simple : ses réflexes, son intelligence, ses sentiments ou sa capacité à improviser.

Le film semble donc comprendre progressivement ce que Peter lui-même doit apprendre : être entouré par les Avengers ne rend pas nécessairement Spider-Man plus intéressant.

En résumé

Spider-Man: Far From Home prolonge efficacement la formule de Homecoming tout en proposant davantage de spectacle et surtout un adversaire permettant quelques séquences visuellement remarquables. Jake Gyllenhaal compose un Mysterio parfaitement adapté au cinéma, tandis que Tom Holland et Zendaya donnent au film un cœur adolescent particulièrement sympathique.

La dépendance de cette version de Spider-Man envers l’héritage de Tony Stark reste néanmoins très présente et empêche encore Peter de totalement voler de ses propres ailes. Mais le film commence justement à l’en libérer et prépare, avec sa conclusion, un bouleversement autrement plus important.

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