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The Marvels

Affiche de The Marvels

The Marvels

Titre original : The Marvels

Réalisation : Nia DaCosta

Avec : Brie Larson, Teyonah Parris, Iman Vellani, Zawe Ashton

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 1 h 45

Adaptation : Comics

Sortie : 8 novembre 2023

★★★★★ 2/5

En 2023, Nia DaCosta réunit trois héroïnes issues de différentes branches du MCU : Carol Danvers, Monica Rambeau et Kamala Khan. Brie Larson retrouve ainsi Captain Marvel aux côtés de Teyonah Parris, révélée sous cette forme dans WandaVision, et d’Iman Vellani, héroïne de Miss Marvel. Avec seulement 1 h 45, The Marvels est aussi l’un des films les plus courts de l’univers Marvel.

Trois héroïnes et une excellente idée de départ

La meilleure idée de The Marvels tient dans l’interconnexion des pouvoirs de Carol, Monica et Kamala. Lorsqu’elles utilisent leurs capacités simultanément, elles échangent leur position. Les premières scènes jouent efficacement avec ce principe : les héroïnes passent d’un lieu à l’autre en plein combat et doivent improviser avec un environnement qu’elles n’avaient pas prévu.

C’est dynamique et suffisamment différent des affrontements Marvel habituels pour donner au film sa propre mécanique. Malheureusement, celle-ci devient beaucoup moins importante une fois que le trio apprend à la maîtriser. Le scénario possédait un concept visuel capable de soutenir tout le film et semble finalement s’en désintéresser assez rapidement.

Iman Vellani apporte l’énergie qui manque au film

Kamala Khan reste de très loin le personnage le plus spontané. Iman Vellani retrouve immédiatement l’enthousiasme de Miss Marvel et sa rencontre avec Captain Marvel fonctionne justement parce qu’elle confronte une adolescente à l’héroïne qu’elle idéalise depuis des années.

Face à elle, Carol reste beaucoup plus difficile à cerner. Le scénario lui donne pourtant enfin quelque chose d’intéressant à porter : les conséquences de ses actions contre les Krees. Une héroïne quasiment invincible confrontée à une catastrophe qu’elle ne peut pas simplement résoudre en frappant plus fort constituait une excellente piste.

Sa relation avec Monica apporte une autre blessure : Carol a été absente de sa vie pendant des années. Mais The Marvelstraverse ces conflits tellement vite qu’ils n’ont jamais le poids qu’ils devraient avoir. C’est un problème récurrent du film : les idées sont présentes, mais rarement développées.

Dar-Benn : encore une antagoniste oubliable

Dar-Benn aurait justement pu permettre au scénario de confronter Carol à ses responsabilités. Sa colère trouve son origine dans les conséquences des actions de Captain Marvel sur l’empire Kree : le conflit possède donc une dimension beaucoup plus personnelle qu’une simple volonté de conquérir l’univers.

Pourtant, Zawe Ashton se retrouve rapidement enfermée dans un rôle d’antagoniste Marvel extrêmement conventionnel. Dar-Benn cherche des artefacts, menace plusieurs mondes et doit fournir au film son affrontement final. Sa motivation est compréhensible, mais le personnage reste trop peu développé pour devenir réellement marquant.

C’est d’autant plus frustrant que The Marvels n’avait pas besoin d’inventer une menace supplémentaire. Carol avait déjà commis une erreur aux conséquences gigantesques : le véritable film était probablement là.

Des effets spéciaux qui trahissent une production gigantesque

C’est aussi l’un des aspects les plus gênants du film. The Marvels repose énormément sur les environnements numériques, les voyages spatiaux et les pouvoirs lumineux de ses héroïnes, mais le résultat est très irrégulier. Certains arrière-plans manquent de matière, les incrustations se remarquent et plusieurs séquences donnent cette sensation désormais familière d’acteurs évoluant devant un décor ajouté après le tournage. Des critiques de l’époque ont également relevé des compositions VFX médiocres, des éclairages plats ou certains plans donnant l’impression d’un plateau insuffisamment habillé.

Tout n’est pas raté : certaines manifestations des pouvoirs fonctionnent correctement et les Flerkens s’intègrent plutôt bien. D’autres critiques avaient d’ailleurs jugé les effets nettement plus réussis que ceux de Quantumania. Mais pour une production Marvel de cette ampleur, l’ensemble manque étonnamment de finition et surtout d’identité visuelle. Quelques mois après le très beau Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3, la différence est difficile à ignorer.

Une comédie cosmique qui part dans tous les sens

Le film devient curieusement plus sympathique lorsqu’il accepte complètement sa dimension absurde. La planète où les habitants communiquent en chantant, les Flerkens ou l’enthousiasme incontrôlable de Kamala apportent une fantaisie plutôt bienvenue.

Le problème vient de l’assemblage. The Marvels veut être simultanément une aventure cosmique, une comédie, une histoire sur les conséquences des actes de Carol, une réconciliation entre Carol et Monica et la rencontre entre trois super-héroïnes. À seulement 1 h 45, le montage semble constamment pressé d’arriver à la scène suivante.

Le résultat donne parfois l’étrange impression d’un film auquel il manquerait des morceaux. Des personnages arrivent, des conflits apparaissent puis sont réglés avec une rapidité surprenante. Même lorsqu’une idée fonctionne, The Marvelssemble rarement avoir le temps de l’exploiter.

Un film Marvel qui nécessite d’avoir fait ses devoirs

The Marvels révèle également l’une des limites atteintes par le principe d’univers partagé. Monica a été largement développée dans WandaVision, Kamala possède sa propre série et Nick Fury revient après Secret Invasion. Le film est donc directement relié à plusieurs productions Disney+, ce que relevaient déjà les critiques lors de sa sortie.

Pour le spectateur fidèle au MCU, cela permet évidemment de retrouver des personnages déjà connus. Pour les autres, cela renforce l’impression d’arriver au milieu d’une série télévisée gigantesque. Là où les premiers films Marvel pouvaient généralement fonctionner seuls tout en appartenant à un ensemble, The Marvels montre à quel point la continuité est progressivement devenue une contrainte.

Le symbole d’un MCU arrivé à saturation

Difficile enfin de séparer complètement le film de son destin commercial. The Marvels est devenu le plus faible succès mondial de l’histoire du MCU, avec environ 206 millions de dollars de recettes. Un résultat spectaculaire pour la suite de Captain Marvel, qui avait dépassé le milliard de dollars quatre ans auparavant.

L’échec commercial ne suffit évidemment pas à déterminer la qualité d’un film. Mais ici, il semble illustrer quelque chose de plus large. Après des années de multiplication des films et des séries, l’étiquette Marvel ne suffisait manifestement plus à transformer automatiquement chaque sortie en événement.

Et c’est peut-être ce qui gêne le plus devant The Marvels. Le film donne parfois l’impression que Marvel lui-même ne sait plus très bien pourquoi cette aventure doit absolument exister. On ne peut évidemment pas affirmer que Disney « n’y croyait pas », mais le montage précipité, l’inégalité visuelle et la quantité de fils narratifs donnent par moments cette sensation d’un projet qu’il fallait surtout parvenir à terminer. À cette période, des enquêtes faisaient justement état de fortes tensions de production chez Marvel et d’une postproduction devenue difficile à gérer avec la multiplication des projets.

De bonnes idées perdues dans un film sans véritable identité

The Marvels n’est pourtant pas dépourvu de qualités. Iman Vellani est attachante, le trio possède une vraie alchimie et le principe d’échange de positions pouvait donner naissance à quelque chose de particulièrement inventif.

Mais ces qualités ressemblent davantage à des fragments d’un meilleur film. Carol aurait mérité une véritable remise en question, Monica davantage de place, Dar-Benn une écriture plus solide et les trois héroïnes une aventure capable de justifier leur réunion.

Le problème de The Marvels n’est finalement pas qu’il soit totalement raté : c’est qu’un film réunissant trois super-héroïnes, plusieurs mondes et des moyens considérables parvient malgré tout à sembler aussi anecdotique.

En résumé

The Marvels possède quelques bonnes idées et une Iman Vellani toujours aussi attachante, mais elles se perdent dans un film précipité, visuellement inégal et étonnamment peu mémorable. Ses effets spéciaux parfois médiocres, son antagoniste sacrifié et son énorme échec commercial en ont finalement fait l’un des symboles les plus évidents de la période de doute du MCU.

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