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Black Panther

Affiche de Black Panther

Black Panther

Titre original : Black Panther

Réalisation : Ryan Coogler

Avec : Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Danai Gurira

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 2 h 14

Adaptation : Comics

Sortie : 14 février 2018

★★★★★ 4/5

Après son introduction dans Captain America: Civil War, T’Challa obtient son premier film solo en 2018 avec Black Panther. Ryan Coogler retrouve Chadwick Boseman et l’entoure notamment de Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Danai Gurira, Letitia Wright et Angela Bassett. Le film ouvre surtout les portes du Wakanda, royaume africain technologiquement très avancé qui a choisi de dissimuler son existence et ses richesses au reste du monde.

Le Wakanda est la grande réussite du film

Black Panther ne se contente pas d’inventer une ville futuriste. Le Wakanda possède ses traditions, ses différentes tribus, ses vêtements, ses cérémonies, son architecture et même ses contradictions. La technologie y cohabite avec des rites ancestraux sans que l’une semble devoir remplacer les autres.

Ryan Coogler réussit surtout à donner l’impression que ce pays possède une histoire bien antérieure au début du film. Le vibranium explique son développement technologique, mais le Wakanda ne se résume jamais à cette ressource. Il devient progressivement le véritable enjeu du récit : faut-il continuer à le protéger en restant caché ou utiliser sa puissance pour intervenir dans le monde ?

Cette question permet à Black Panther de construire un conflit qui dépasse largement le traditionnel affrontement entre un héros et un méchant.

T’Challa doit apprendre à devenir roi

Chadwick Boseman propose un héros très différent de Tony Stark ou Thor. T’Challa n’a pas besoin d’apprendre à devenir responsable : il l’est déjà. Son problème consiste plutôt à déterminer quel type de roi il souhaite devenir.

Son respect pour les traditions devient alors autant une qualité qu’une faiblesse. T’Challa hérite d’un système qu’il considère d’abord comme légitime avant d’être obligé d’en examiner les erreurs. Le personnage évolue précisément parce qu’il comprend qu’honorer ses ancêtres ne signifie pas nécessairement reproduire toutes leurs décisions.

Boseman joue cette évolution avec beaucoup de retenue. Il n’est pas toujours le personnage le plus spectaculaire de son propre film, mais cette sobriété convient parfaitement à un homme qui porte constamment le poids de sa fonction.

Killmonger, l’un des meilleurs antagonistes du MCU

Michael B. Jordan apporte à Erik Killmonger ce qui manque à beaucoup de méchants Marvel : son existence remet directement en cause le héros et le monde qu’il protège. Sa colère ne vient pas de nulle part. Elle est intimement liée aux décisions du Wakanda et à son refus historique d’intervenir au-delà de ses frontières.

Ses méthodes sont violentes et sa réponse repose elle-même sur une logique de domination, mais certaines questions qu’il pose sont légitimes. Pourquoi un pays disposant de moyens extraordinaires a-t-il choisi de regarder les souffrances extérieures sans intervenir ? Quelle responsabilité accompagne une telle puissance ?

C’est ce qui rend l’affrontement intéressant. T’Challa ne peut pas simplement battre Killmonger puis reprendre sa vie comme auparavant. Il doit reconnaître qu’une partie de sa critique révèle une véritable faille du Wakanda.

Les personnages féminins ne sont jamais de simples accompagnatrices

Nakia, Okoye et Shuri pourraient facilement n’être définies que par leur relation avec T’Challa. Le film évite largement cet écueil. Lupita Nyong’o incarne une Nakia qui possède déjà sa propre vision du rôle que devrait jouer le Wakanda, tandis que Danai Gurira impose immédiatement Okoye comme une guerrière dont la loyauté va d’abord à son pays.

Letitia Wright apporte davantage de légèreté avec Shuri. Son rapport à la technologie permet au film de présenter les innovations wakandaises sans transformer chaque découverte en longue explication scientifique.

Leur importance participe à la richesse du royaume : T’Challa ne gouverne jamais seul et le Wakanda existe à travers plusieurs conceptions parfois contradictoires de ce qu’il devrait devenir.

Ulysses Klaue apporte un chaos très différent

Andy Serkis semble s’amuser énormément avec Ulysses Klaue. Là où Killmonger possède une colère très construite, Klaue est imprévisible, excessif et presque joyeux dans sa violence.

Sa présence permet surtout à la première moitié du film de prendre brièvement les allures d’un thriller d’espionnage international. La séquence de Busan offre ainsi une rupture bienvenue avec le Wakanda et montre Black Panther dans un environnement beaucoup plus urbain.

Klaue n’a pas la profondeur de Killmonger, mais il n’en a pas besoin. Les deux personnages remplissent des fonctions très différentes et évitent au film de reposer sur un seul type d’antagonisme.

Un superbe univers, malgré des effets visuels parfois inégaux

Visuellement, Black Panther possède une identité extrêmement forte. Les costumes, les décors, les couleurs et le mélange entre influences africaines et science-fiction permettent au film de se distinguer immédiatement du reste du MCU.

Les scènes d’action sont plus irrégulières. Certaines, notamment à Busan, fonctionnent très bien grâce à leur mouvement et à leur lisibilité. En revanche, le dernier affrontement entre Black Panther et Killmonger souffre d’effets numériques beaucoup moins convaincants. Les deux personnages donnent parfois davantage l’impression d’être des modèles numériques que deux combattants physiquement présents.

C’est d’autant plus dommage que le véritable intérêt de leur confrontation est idéologique et émotionnel. Le film n’avait presque pas besoin d’un duel numérique aussi conventionnel pour résoudre un conflit aussi personnel.

Bien plus qu’une nouvelle origin story Marvel

Black Panther reprend plusieurs éléments classiques du film de super-héros : un héritier, un royaume menacé, un rival et une bataille pour le pouvoir. Ryan Coogler utilise pourtant cette structure pour parler d’héritage, d’isolationnisme, de responsabilité et du poids des erreurs transmises d’une génération à l’autre.

C’est aussi ce qui permet à Killmonger de laisser une trace après son affrontement avec T’Challa. Le héros gagne, mais sa vision du Wakanda ne peut plus être exactement la même. Le meilleur antagoniste n’est finalement pas celui qui oblige le héros à se battre davantage, mais celui qui l’oblige à changer.

Black Panther réussit ainsi quelque chose d’assez rare dans le MCU : son monde, son héros et son antagoniste racontent tous la même histoire, celle d’un royaume qui doit décider s’il peut encore se protéger du monde sans devenir indifférent à celui-ci.

En résumé

Black Panther impressionne par la richesse du Wakanda, la dignité de Chadwick Boseman et surtout un Killmonger remarquablement intégré aux thèmes du film. Quelques effets numériques vieillissent moins bien, notamment lors du final, mais Ryan Coogler livre l’un des films solos les plus singuliers de cette première grande époque du MCU.

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