Thor : Le Monde des ténèbres
Titre original : Thor: The Dark World
Avec : Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Anthony Hopkins
Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France
Durée : 1 h 52
Adaptation : Comics
Sortie : 30 octobre 2013
Deux ans après Thor et après le rassemblement des héros dans Avengers, Chris Hemsworth retrouve Asgard dans Thor : Le Monde des ténèbres. Alan Taylor succède à Kenneth Branagh à la réalisation, tandis que Natalie Portman, Tom Hiddleston et Anthony Hopkins reprennent leurs rôles. Le film élargit la mythologie des Neuf Royaumes avec les Elfes Noirs et l’Éther, tout en développant les conséquences de la relation mouvementée entre Thor et Loki.
Thor gagne en assurance, mais perd un peu de personnalité
Le premier film reposait sur une évolution très claire : Thor devait perdre son arrogance pour devenir digne de Mjolnir. Ici, le personnage est désormais beaucoup plus posé et responsable. Chris Hemsworth maîtrise parfaitement le rôle et possède déjà cette présence naturelle qui permet de croire aussi bien au guerrier qu’au prince d’Asgard.
Le problème est que le scénario ne sait pas vraiment quoi faire de cette maturité. Thor traverse l’aventure avec efficacité, mais son conflit personnel est moins fort que dans le premier volet. La question de sa succession à Odin existe en arrière-plan sans véritablement structurer le récit. Thor est devenu un meilleur héros, mais paradoxalement un personnage moins intéressant à suivre.
Malekith : beaucoup de maquillage pour bien peu de choses
Christopher Eccleston avait pourtant tout pour offrir à Thor un adversaire inquiétant. Malekith appartient à une civilisation ancienne, nourrit une haine profonde envers l’univers actuel et veut utiliser l’Éther pour ramener les ténèbres. Sur le papier, l’échelle de la menace est immense.
À l’écran, le personnage reste désespérément générique. Ses motivations sont exposées mais rarement incarnées, sa personnalité demeure minimale et Christopher Eccleston disparaît sous le maquillage et une caractérisation particulièrement limitée. Le film veut présenter une menace ancestrale terrifiante sans jamais lui donner la présence nécessaire. Malekith reste ainsi l’un des antagonistes les moins mémorables des premières phases du MCU.
Loki vole presque le film à son frère
À l’inverse, Tom Hiddleston retrouve immédiatement tout ce qui rend Loki fascinant. Après les événements d’Avengers, le personnage ne peut évidemment plus être traité comme le frère jaloux du premier Thor. Sa relation avec Odin est brisée, son rapport à Thor reste profondément ambigu et son attachement à Frigga permet de conserver une part d’humanité derrière ses provocations.
Lorsque Thor et Loki sont enfin réunis, le film trouve immédiatement une autre énergie. Chris Hemsworth et Tom Hiddleston fonctionnent parfaitement ensemble parce que leur relation repose autant sur l’affection que sur la méfiance. Thor sait que Loki peut le trahir à n’importe quel moment, tandis que Loki sait parfaitement que son frère le connaît assez pour anticiper une partie de ses manipulations. Dès que Loki entre dans l’histoire, Le Monde des ténèbres devient presque instantanément plus vivant.
Asgard devient enfin un véritable lieu
Le film réussit néanmoins à développer considérablement Asgard. Dans le premier volet, le royaume ressemblait encore beaucoup à une succession de palais dorés et de décors monumentaux. Cette suite montre davantage son fonctionnement, ses habitants, ses soldats et même ses funérailles. Asgard commence enfin à donner l’impression d’être une civilisation plutôt qu’un gigantesque décor.
L’attaque menée par les Elfes Noirs constitue d’ailleurs l’un des meilleurs passages du film. Alan Taylor apporte momentanément une dimension plus guerrière et sombre à cet univers, avec un mélange de fantasy et de technologie qui correspond assez bien à l’identité particulière des Asgardiens. La séquence permet également à Rene Russo de donner enfin davantage d’importance à Frigga, trop effacée dans le premier épisode.
Jane Foster devient essentielle à l’intrigue… sans devenir beaucoup plus intéressante
Le retour de Natalie Portman aurait pu permettre de développer réellement Jane Foster. Cette fois, elle n’est plus simplement la scientifique observant Thor : l’Éther fait d’elle un élément central de la menace et justifie son arrivée sur Asgard. La rencontre entre Jane et l’univers de Thor inverse ainsi partiellement la situation du premier film.
Pourtant, le personnage reste trop souvent réduit à ce qui lui arrive plutôt qu’à ce qu’elle fait. Jane est essentielle parce qu’elle transporte l’Éther, mais cette importance reste largement passive. La romance avec Thor manque également du temps nécessaire pour véritablement progresser. Leur relation existe parce que le premier film l’avait installée, sans que cette suite trouve beaucoup de nouvelles choses à en dire.
Un film coincé entre fantasy et mécanique Marvel
Le Monde des ténèbres contient pourtant plusieurs idées visuelles intéressantes : les vaisseaux des Elfes Noirs, leurs armes, les affrontements à Asgard ou encore la convergence des Neuf Royaumes. Le mélange entre mythologie, science-fiction et fantasy pourrait donner au film une identité très particulière.
Mais l’ensemble paraît souvent étonnamment impersonnel. Là où Kenneth Branagh imposait ses cadrages excessifs et sa dimension shakespearienne, Alan Taylor livre un film visuellement plus sombre mais aussi plus conventionnel. Même l’humour terrestre autour de Darcy et d’Erik Selvig semble parfois provenir d’un autre film. On sent plusieurs directions possibles sans qu’aucune ne prenne véritablement le dessus.
Le final sauvé par une excellente idée de mise en scène
La confrontation finale avec Malekith aurait pu n’être qu’une nouvelle bataille numérique. Le jeu avec la convergence des royaumes lui apporte heureusement une idée amusante : personnages, objets et morceaux du combat passent constamment d’un monde à l’autre, transformant l’espace lui-même en élément de l’affrontement.
Cette mécanique donne au final une légèreté bienvenue et permet quelques gags efficaces sans supprimer complètement le danger. Elle montre surtout ce que le film aurait pu être en exploitant davantage son concept cosmique. Malheureusement, cela arrive tard et ne suffit pas à donner davantage de profondeur à Malekith.
Un épisode de transition plus qu’une véritable aventure marquante
Avec le recul, plusieurs éléments de Thor : Le Monde des ténèbres deviendront importants pour le MCU, notamment l’Éther et certaines conséquences concernant Loki. Mais leur importance future ne rend pas automatiquement le film lui-même plus passionnant.
C’est probablement son principal problème. Il ne s’agit pas d’un désastre : Chris Hemsworth est solide, Tom Hiddleston excellent, Asgard gagne en épaisseur et plusieurs séquences fonctionnent très bien. Mais tout paraît manquer d’une véritable identité. Le film agrandit l’univers de Thor sans réellement agrandir Thor lui-même.
En résumé
Thor : Le Monde des ténèbres possède quelques vraies qualités, notamment la relation entre Thor et Loki, un Asgard mieux développé et un final qui exploite intelligemment la convergence des royaumes. Mais Malekith est terriblement fade et l’ensemble manque de personnalité.
Ce deuxième volet reste regardable et parfois spectaculaire, mais au sein d’un MCU de plus en plus vaste, il ressemble surtout à un épisode de transition que l’on oublie rapidement.
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