Les Aventures de Tintin — Tome 3
Tintin en Amérique
Éditeur : Casterman
Sortie originale : 1 novembre 1932
Publié pour la première fois en 1932, Tintin en Amérique confronte le jeune reporter aux gangsters de Chicago avant de l’envoyer dans l’Ouest américain. Plus inventif et critique que les deux albums précédents, ce troisième tome reste handicapé par une intrigue décousue et des représentations très marquées par les clichés de son époque.
Tintin contre les gangsters de Chicago
À peine arrivé à Chicago, Tintin devient la cible d’Al Capone et du crime organisé. Sa réputation l’a précédé et les gangsters cherchent immédiatement à l’éliminer avant qu’il ne puisse enquêter sur leurs activités.
Après plusieurs enlèvements et tentatives d’assassinat, le reporter se lance à la poursuite de Bobby Smiles. Cette traque le conduit loin de Chicago, jusqu’aux territoires des peuples autochtones et aux paysages mythiques de l’Ouest américain.
Une aventure toujours largement improvisée
Hergé conserve la méthode de ses deux premiers albums : l’histoire est développée semaine après semaine sans scénario véritablement planifié. Tintin échappe à une situation mortelle pour tomber presque aussitôt dans un nouveau piège.
Cette succession de poursuites, d’accidents et de captures offre un rythme soutenu, mais manque de cohérence. Al Capone, présenté comme la grande menace du début, disparaît rapidement derrière une multitude de criminels interchangeables. L’album ne construit jamais une enquête aussi solide que celles des aventures suivantes.
Une satire du capitalisme américain
L’Amérique décrite par Hergé est dominée par l’argent, le progrès industriel et la criminalité. Les gangsters contrôlent Chicago, les usines fonctionnent à une vitesse absurde et chaque problème semble pouvoir être résolu par la corruption ou la violence.
Plusieurs gags dénoncent également la déshumanisation provoquée par l’industrialisation. Les machines avalent les individus, les entreprises transforment instantanément le paysage et la justice se montre souvent incapable de rivaliser avec les puissances économiques.
Cette critique reste caricaturale, mais elle donne à l’album davantage de profondeur que le discours colonial de Tintin au Congo.
Le sort des peuples autochtones enfin dénoncé
Hergé utilise de nombreux stéréotypes visuels hérités du western : coiffes à plumes, tipis, tomahawks et langage caricatural. Les personnages autochtones manquent encore d’individualité et sont facilement manipulés par Bobby Smiles.
L’album contient toutefois une séquence étonnamment critique pour son époque. Après la découverte de pétrole sur leurs terres, les Autochtones sont chassés presque immédiatement par l’armée et remplacés par une ville entièrement construite en quelques heures.
Hergé montre ainsi la violence de leur dépossession et l’avidité des hommes d’affaires. Cette dénonciation ne fait pas disparaître les clichés, mais elle distingue nettement l’album de la vision paternaliste adoptée dans l’aventure précédente.
Tintin devient un véritable héros d’action
Tintin gagne en assurance et en efficacité. Il ne se contente plus de témoigner : il enquête, poursuit les criminels et utilise leur propre organisation contre eux. Son courage et son sens de la justice commencent à définir durablement le personnage.
Il reste cependant presque invincible. Les balles, les chutes et les explosions ne semblent jamais avoir de conséquences durables. Cette invulnérabilité favorise le spectacle, mais réduit fortement le suspense.
Milou conserve encore une grande importance. Ses commentaires et ses réactions apportent de l’humour, tandis que son enlèvement donne naissance à l’une des rares séquences où Tintin paraît véritablement inquiet.
Une progression graphique évidente
Le dessin reste plus brut que dans les grands albums de la série, mais Hergé progresse dans la mise en scène du mouvement. Les poursuites automobiles, les trains et les paysages de l’Ouest offrent plusieurs compositions beaucoup plus ambitieuses.
La version actuelle en couleurs, profondément remaniée dans les années 1940, améliore considérablement la lisibilité et réduit l’histoire originale au format de 62 pages. Cette transformation rend le récit plus fluide, sans parvenir à masquer complètement son caractère fragmenté.
En résumé
Tintin en Amérique marque une progression notable après Tintin au pays des Soviets et Tintin au Congo. La critique du capitalisme, la dénonciation de la dépossession des peuples autochtones et l’énergie graphique montrent qu’Hergé commence à élargir son regard. L’intrigue reste néanmoins répétitive, improvisée et encombrée de stéréotypes. Un album de transition intéressant, mais encore éloigné des sommets de la série.
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