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Tintin et le Temple du Soleil

Affiche de Tintin et le Temple du Soleil

Tintin et le Temple du Soleil

Réalisation : Raymond Leblanc

Voix VF : Philippe Ogouz, Claude Bertrand, Jacques Balutin

Production / distribution : Belvision, Dargaud Films / Parafrance Films

Durée : 1 h 17

Adaptation : Jeunesse

Sortie : 13 décembre 1969

4/5

Bien avant Steven Spielberg et même avant la célèbre série animée des années 1990, Tintin avait déjà tenté l’aventure du long métrage d’animation. Sorti en 1969, Tintin et le Temple du Soleil constitue le premier véritable dessin animé de cinéma consacré au reporter d’Hergé. Le film adapte essentiellement le diptyque formé par Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil, en condensant considérablement le premier album.

Plus d’un demi-siècle après sa sortie, l’animation accuse forcément son âge. Pourtant, le film conserve un charme considérable. Respectueux de l’univers graphique d’Hergé sans chercher à reproduire mécaniquement chaque case, rythmé, drôle et porté par une magnifique ambiance d’aventure, il demeure l’une des adaptations les plus attachantes de Tintin.

Deux albums pour une seule aventure

Adapter Le Temple du Soleil pose immédiatement un problème : l’histoire commence en réalité dans Les Sept Boules de cristal.

Le film choisit donc une solution assez radicale. Les premiers événements sont rapidement racontés avant que l’intrigue ne rejoigne la soirée chez le professeur Bergamotte. Il faut ensuite attendre environ une trentaine de minutes pour entrer véritablement dans la partie correspondant au Temple du Soleil.

Cette condensation sacrifie forcément une partie du mystère entourant les explorateurs frappés par la malédiction de Rascar Capac. Dans l’album, Hergé prend son temps pour installer une atmosphère presque fantastique. Le film privilégie davantage l’aventure.

Mais l’essentiel demeure parfaitement compréhensible : Tournesol commet involontairement un sacrilège en portant le bracelet de la momie, est enlevé, et Tintin et Haddock se lancent à sa recherche jusqu’au Pérou.

Le passage d’un album à l’autre fonctionne finalement suffisamment bien pour que l’ensemble ressemble à une seule grande aventure.

Tintin parfaitement à sa place en animation

L’univers d’Hergé possède quelque chose de naturellement adapté au dessin animé.

La ligne claire, les personnages immédiatement reconnaissables et les décors dépouillés facilitent le passage à l’écran. Tintin et le Temple du Soleil conserve cette simplicité graphique tout en donnant du mouvement aux personnages.

Évidemment, l’animation de 1969 ne peut être jugée selon les standards contemporains. Certains mouvements sont rigides, les arrière-plans restent parfois très statiques et les moyens techniques se ressentent.

Mais cette simplicité possède aussi un avantage : Tintin ressemble toujours à Tintin.

Le film ne cherche jamais à rendre artificiellement réaliste l’univers d’Hergé. Les personnages conservent leurs silhouettes, leurs expressions et leur dimension presque caricaturale.

Plus de cinquante ans plus tard, cette fidélité graphique lui permet de mieux vieillir que certaines productions animées pourtant plus récentes.

Haddock reste l’indispensable moteur comique

Comme souvent chez Hergé, Tintin fait avancer l’aventure mais Haddock lui donne une grande partie de sa personnalité.

Le capitaine râle, s’emporte, panique et transforme régulièrement les situations dangereuses en séquences comiques. Ses réactions apportent surtout un contraste indispensable avec l’assurance presque permanente de Tintin.

Claude Bertrand lui prête une voix immédiatement imposante.

Le film comprend surtout qu’Haddock ne doit jamais devenir uniquement le pitre de service. Derrière ses colères et ses maladresses demeure un homme profondément attaché à ses amis, capable de les suivre à l’autre bout du monde.

Le personnage apporte ainsi l’essentiel de l’humour sans casser l’aventure.

Tournesol déclenche toute l’histoire sans le vouloir

Il fallait évidemment que le professeur Tournesol provoque une catastrophe sans même comprendre ce qu’il venait de faire.

En passant autour de son poignet le bracelet de Rascar Capac, le scientifique commet le sacrilège qui provoque son enlèvement. Toute l’aventure repose donc sur l’une de ces situations typiquement tintinesques où un geste parfaitement innocent entraîne les personnages à l’autre bout du monde.

Tournesol reste fidèle à lui-même : distrait, obstiné et souvent complètement déconnecté du danger qui l’entoure.

Sa présence permet également au film de conserver un enjeu extrêmement simple.

Tintin ne cherche pas un trésor et ne tente pas de sauver le monde. Il traverse le Pérou pour retrouver son ami.

Cette simplicité donne beaucoup de force à l’aventure.

Zorrino apporte l’émotion qui manquait au voyage

L’arrivée de Zorrino constitue l’un des moments importants du récit.

Tintin intervient pour défendre le jeune garçon, qui accepte ensuite de guider Tintin et Haddock vers le Temple du Soleil. Cette rencontre illustre parfaitement la conception du héros chez Hergé : Tintin agit simplement parce qu’il estime qu’une injustice est commise.

La relation entre les deux personnages apporte également davantage d’humanité au long voyage vers le temple.

Zorrino n’est pas seulement un guide permettant au scénario de déplacer ses héros. Il devient progressivement un véritable compagnon d’aventure.

C’est aussi par son intermédiaire que le film retrouve l’un des thèmes récurrents de Tintin : sa capacité à créer des liens partout où ses voyages le conduisent.

Une aventure qui sait constamment avancer

Avec seulement 1 h 17, Tintin et le Temple du Soleil ne perd pratiquement jamais de temps.

Enlèvement, voyage, poursuites, traversée des montagnes, dangers naturels, découverte du temple : les péripéties s’enchaînent rapidement.

Cette efficacité possède évidemment son revers. L’atmosphère inquiétante des Sept Boules de cristal perd une partie de sa puissance et plusieurs passages auraient gagné à respirer davantage.

Mais le film ne donne presque jamais l’impression de piétiner.

Cette durée relativement courte convient finalement très bien à Tintin. L’aventure conserve le rythme d’une lecture d’album où une nouvelle péripétie peut surgir quelques pages seulement après la précédente.

Le Temple du Soleil conserve toute sa puissance

La dernière partie demeure naturellement la plus marquante.

L’arrivée dans la civilisation inca donne enfin au voyage sa dimension presque mythologique. Après avoir traversé montagnes et jungle, les personnages découvrent un monde qui semblait jusque-là n’exister que dans les légendes.

Le film retrouve alors certaines des images les plus célèbres de l’album.

Et bien sûr, impossible d’évoquer Le Temple du Soleil sans parler de l’éclipse.

Le stratagème employé par Tintin appartient aujourd’hui aux scènes les plus connues de toute la série. On peut discuter de sa vraisemblance ou de la représentation très romancée de la civilisation inca, mais son efficacité dramatique reste intacte.

Le héros ne triomphe pas grâce à sa force physique. Il observe, comprend et utilise ses connaissances pour retourner une situation apparemment impossible.

C’est du Tintin dans ce qu’il a de plus classique.

Jacques Brel, l’incroyable invité du film

C’est probablement l’une des particularités les plus étonnantes de cette adaptation.

Jacques Brel participe au film en écrivant les chansons Ode à la nuit et La Chanson de Zorrino, sur une musique de François Rauber.

Sur le papier, introduire des chansons dans une aventure de Tintin pouvait facilement sembler artificiel.

Pourtant, elles participent aujourd’hui énormément au charme du film.

Elles inscrivent immédiatement l’œuvre dans son époque, mais lui donnent également une identité qu’aucune autre adaptation de Tintin ne possède réellement.

Cette dimension musicale éloigne parfois le film du rythme des albums, mais elle contribue aussi à faire de cette adaptation autre chose qu’une simple transposition animée des cases d’Hergé.

Une représentation du Pérou marquée par son époque

Il est néanmoins impossible de revoir aujourd’hui Tintin et le Temple du Soleil sans constater que sa représentation du Pérou et des Incas appartient à une vision très européenne et romanesque de l’Amérique du Sud.

Le film reprend en cela largement l’imaginaire des albums d’Hergé.

Costumes, traditions, temple secret et civilisation inca vivant pratiquement coupée du monde participent davantage au récit d’aventures qu’à une volonté documentaire.

Cela n’empêche pas d’apprécier l’histoire, mais mérite d’être replacé dans son contexte.

Le Pérou de Tintin est avant tout un décor romanesque, conçu pour faire rêver les lecteurs puis les spectateurs.

Une animation vieillissante qui conserve énormément de charme

Techniquement, Tintin et le Temple du Soleil porte évidemment ses années.

L’animation est limitée, certains déplacements manquent de fluidité et les personnages peuvent sembler figés lorsqu’on les compare aux standards actuels.

Pourtant, ce vieillissement ne détruit jamais le film.

Il lui confère même une identité artisanale assez séduisante. Les décors, les couleurs et le respect du dessin d’Hergé donnent parfois l’impression de voir directement les albums commencer à bouger.

Le film ne cherche pas la démonstration technique.

Il veut raconter une aventure.

Et c’est probablement pour cette raison qu’il reste encore aujourd’hui aussi facile à regarder.

En résumé

Tintin et le Temple du Soleil n’est évidemment plus une prouesse technique, mais il reste une très belle adaptation de l’univers d’Hergé. La condensation des Sept Boules de cristal affaiblit une partie du mystère du premier album, tandis que certains éléments portent inévitablement la marque de leur époque.

Mais l’essentiel est intact : Tintin possède son goût de l’aventure, Haddock son énergie comique, Tournesol sa distraction légendaire et le voyage vers le Temple du Soleil conserve son souffle. La musique de François Rauber et les chansons écrites par Jacques Brel donnent même au film une personnalité unique. Le long métrage avait d’ailleurs dépassé les deux millions d’entrées en France.

Plus qu’une simple curiosité historique, cette première grande aventure animée de Tintin au cinéma reste un film généreux, dépaysant et particulièrement attachant.

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