Astérix et Cléopâtre
Voix VF : Roger Carel, Jacques Morel, Micheline Dax, Lucien Raimbourg, Pierre Tornade
Production / distribution : Dargaud Films, Belvision, Édifilm / distribution cinéma
Durée : 1 h 12
Adaptation : Jeunesse
Sortie : 9 décembre 1968
Un an après Astérix le Gaulois, les irréductibles Gaulois reviennent au cinéma avec Astérix et Cléopâtre, adaptation de l’album publié quelques années auparavant. Cette fois, René Goscinny et Albert Uderzo participent directement à la réalisation et supervisent la transposition de leur œuvre, avec Pierre Tchernia à leurs côtés et Gérard Calvi à la musique. Le film sort en France le 19 décembre 1968.
Enfin un film pensé par Goscinny et Uderzo
La différence avec Astérix le Gaulois est immédiatement perceptible. Le premier film suivait très fidèlement la bande dessinée, mais donnait souvent l’impression d’enchaîner des cases mises en mouvement. Astérix et Cléopâtre possède davantage de rythme, de personnalité et surtout de liberté.
Ce changement n’a rien d’un hasard. Goscinny et Uderzo avaient été tenus à l’écart de la fabrication du précédent film. Après avoir découvert ce qui se préparait chez Belvision, ils avaient obtenu l’arrêt des adaptations de La Serpe d’or et du Combat des chefs. Pour Astérix et Cléopâtre, ils prennent cette fois une part directe à la création. Le site officiel d’Astérix souligne d’ailleurs qu’ils supervisent la production afin de retrouver à l’écran l’esprit de leurs bandes dessinées.
Et cela change presque tout.
Une adaptation fidèle qui sait aussi devenir un film
L’histoire reste très proche de l’album. Cléopâtre, piquée par les provocations de César, promet de faire construire un palais en trois mois. Numérobis se retrouve chargé de cette mission impossible et part chercher l’aide de Panoramix, accompagné évidemment d’Astérix et Obélix.
Mais contrairement au premier film, la fidélité n’empêche plus l’adaptation. Certaines situations sont modifiées, développées ou transformées pour fonctionner avec le mouvement, les voix et la musique.
C’est précisément ce qui manquait à Astérix le Gaulois. Adapter une bande dessinée ne consiste pas seulement à reproduire ses cases : il faut retrouver leur rythme avec les outils du cinéma. Ici, Goscinny et Uderzo commencent réellement à y parvenir.
Astérix et Obélix deviennent enfin Astérix et Obélix
Autre évolution considérable : Obélix occupe désormais la place que l’on associe naturellement au personnage. Là où il restait très secondaire dans la première aventure, le duo fonctionne ici pleinement.
Jacques Morel donne à Obélix cette bonhomie qui contraste parfaitement avec la vivacité de l’Astérix de Roger Carel. Les échanges entre les deux personnages donnent immédiatement davantage de vie au récit.
Roger Carel confirme quant à lui qu’il est déjà parfaitement installé dans le rôle. Son Astérix est vif, malin et suffisamment autoritaire pour diriger les opérations sans jamais perdre son côté sympathique.
Cléopâtre, Numérobis et les autres
L’Égypte permet également au film de déployer une galerie de personnages autrement plus mémorable. Cléopâtre possède un tempérament explosif, Numérobis apporte une nouvelle forme de maladresse comique et Amonbofis offre un adversaire suffisamment caricatural pour parfaitement s’intégrer à cet univers.
Micheline Dax donne surtout à Cléopâtre une présence formidable. Sa voix contribue énormément au caractère de la reine, capable de passer de la majesté à la colère en quelques secondes.
C’est aussi là que l’on retrouve mieux l’écriture de Goscinny : les personnages secondaires ne sont pas simplement là pour faire avancer l’intrigue. Chacun possède une mécanique comique identifiable.
Des chansons devenues indissociables du film
Et puis il y a les chansons. Gérard Calvi compose la musique, tandis que des morceaux comme Le Pudding à l’arsenic ou Quand l’appétit va, tout va deviennent des séquences à part entière. Le site officiel d’Astérix les présente encore aujourd’hui parmi les éléments emblématiques du film.
Elles auraient facilement pu interrompre l’aventure. C’est tout l’inverse : elles participent à son rythme et permettent à l’animation de s’autoriser davantage de fantaisie.
Le Pudding à l’arsenic en est l’exemple parfait. La situation pourrait tenir en quelques cases ; le film utilise la musique pour la transformer en véritable numéro comique. C’est précisément le genre d’invention cinématographique qui faisait défaut au premier épisode.
Une animation encore datée, mais un véritable bond en avant
Évidemment, l’animation reste celle d’une production européenne de la fin des années 1960. Les mouvements peuvent paraître raides et certaines séquences restent techniquement modestes.
Mais le progrès par rapport à Astérix le Gaulois est évident. Les décors égyptiens donnent davantage d’ampleur aux images, les couleurs sont plus séduisantes et la mise en scène accompagne beaucoup mieux les gags. Le film mobilisa environ 150 personnes pendant huit mois, avec quelque 50 000 dessins et 300 décors selon le site officiel.
Pour la première fois, on ne regarde plus seulement une BD d’Astérix animée. On commence réellement à regarder un film d’Astérix.
En résumé
Astérix et Cléopâtre représente un immense progrès par rapport à Astérix le Gaulois. En reprenant le contrôle de leur création, Goscinny et Uderzo comprennent qu’une adaptation fidèle n’a pas besoin d’être figée : ils conservent l’histoire et l’humour de l’album tout en exploitant la musique, le mouvement et le jeu des comédiens.
L’animation a naturellement vieilli, mais l’humour, les personnages et surtout les chansons conservent une formidable efficacité. Un classique de l’animation française qui montre, dès 1968, que l’esprit d’Astérix pouvait parfaitement survivre au passage des cases à l’écran.
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