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Ultimes bévues

Couverture de Ultimes bévues

Gaston — Tome 21

Ultimes bévues

André Franquin

Éditeur : Dupuis

Sortie originale : 17 octobre 2018

★★★★★ 4/5

Avec Ultimes bévues, Gaston occupe une place forcément particulière dans la série. Publié après la disparition d’André Franquin, cet album rassemble les dernières planches et derniers gags réalisés par l’auteur. Il ne constitue donc pas véritablement un grand final construit comme tel, mais plutôt les ultimes fragments d’une œuvre que Franquin avait progressivement délaissée. Un album forcément irrégulier, mais émouvant par ce qu’il représente : les derniers moments de Gaston dessinés par son créateur.

Un Gaston devenu plus rare

À cette période, Franquin ne produit plus Gaston avec la régularité des grandes années de la série. Le personnage continue d’apparaître ponctuellement, au gré des envies et des occasions, ce qui explique la nature assez disparate des pages réunies dans Ultimes bévues.

Cela se ressent immédiatement à la lecture. Contrairement aux albums classiques, qui donnent souvent l’impression d’une succession extrêmement naturelle de catastrophes dans les bureaux de la rédaction, celui-ci ressemble davantage à une collection de dernières rencontres avec Gaston.

Mais cette fragmentation possède aussi son charme. On retrouve le personnage sans véritable nécessité de lui inventer une conclusion. Gaston continue simplement d’être Gaston, comme s’il pouvait encore revenir demain avec une nouvelle invention sous le bras.

L’humour de Franquin toujours intact

Même dans ces productions tardives, la mécanique fondamentale de Gaston demeure. Une idée apparemment anodine peut provoquer une catastrophe gigantesque, une invention destinée à faciliter la vie finit par la compliquer et le moindre moment de tranquillité peut devenir un cauchemar pour Prunelle ou les collègues du célèbre gaffeur.

Franquin maîtrise évidemment son personnage à la perfection. Il n’a pas besoin de longues préparations pour faire comprendre ce qui va mal tourner : quelques attitudes, un objet placé dans un coin de la case ou l’expression inquiète d’un personnage suffisent parfois à annoncer le désastre.

Tout n’atteint néanmoins pas le niveau des albums les plus célèbres de la série. Certains gags paraissent plus anecdotiques et l’absence d’une véritable continuité dans leur création empêche forcément l’ensemble de posséder la même énergie. Ultimes bévues vaut donc davantage pour ses moments que pour son homogénéité.

Un dessin qui reste extraordinairement vivant

C’est peut-être en observant les personnages que l’on mesure encore le mieux le génie de Franquin. Gaston ne semble pratiquement jamais figé. Même lorsqu’il dort profondément dans son fauteuil — comme sur cette formidable couverture — tout son corps raconte quelque chose.

Franquin maîtrise les silhouettes comme peu d’auteurs. Gaston s’affaisse, rebondit, court ou se contorsionne ; Prunelle peut sembler au bord de l’explosion avant même d’avoir prononcé un mot. Les animaux eux-mêmes participent constamment à cette agitation.

Cette expressivité donne à la série une forme de mouvement permanent et rappelle à quel point reproduire graphiquement Gaston est difficile. Derrière un dessin apparemment spontané se cache une précision extraordinaire dans les attitudes et le rythme de chaque case.

Une série devenue le reflet des convictions de Franquin

Ces dernières années de Gaston permettent également de mesurer l’évolution du personnage depuis ses débuts. Le garçon paresseux arrivé mystérieusement à la rédaction est depuis longtemps devenu autre chose.

À travers lui, Franquin exprime son intérêt pour l’écologie, son antimilitarisme, sa méfiance envers certaines formes d’autorité ou encore son affection pour les animaux. Ces convictions ne transforment jamais totalement Gaston en bande dessinée militante : elles passent généralement par le gag et par la personnalité profondément réfractaire du héros.

Gaston refuse finalement beaucoup des règles que les autres personnages considèrent comme normales. Il ne rejette pas le travail parce qu’il ne veut rien faire : il préfère consacrer une énergie considérable à tout ce qui l’intéresse réellement. C’est ce paradoxe qui lui permet de rester aussi attachant.

Pas vraiment une conclusion, et c’est peut-être mieux ainsi

On pourrait attendre d’un dernier album de Gaston une conclusion spectaculaire. Elle n’existe pas. Franquin n’a jamais conçu ces pages pour raconter les adieux du personnage et l’album ne cherche pas artificiellement à leur en donner la forme.

C’est finalement assez fidèle à Gaston. Comment terminer une série construite autour d’un personnage dont le quotidien recommence perpétuellement ? Les contrats de De Mesmaeker peuvent encore être détruits, une nouvelle invention peut encore exploser et Gaston peut toujours s’endormir au moment où quelqu’un a besoin de lui.

Ultimes bévues laisse donc le personnage en suspens plutôt qu’il ne le conclut. Pendant longtemps, ces pages ont représenté les derniers véritables gags de Gaston, avant que Delaf ne reprenne officiellement la série des décennies plus tard avec Le Retour de Lagaffe.

Un album à regarder différemment

Pris uniquement comme un album de gags, Ultimes bévues n’est probablement pas le meilleur volume de Gaston. Les grandes périodes de Franquin offrent des albums plus cohérents, plus denses et souvent plus inventifs.

Mais le juger uniquement ainsi serait passer à côté de sa singularité. Ce tome constitue le dernier témoignage de la relation entre Franquin et un personnage qu’il aura accompagné et transformé pendant plusieurs décennies.

Avec le recul, chaque planche possède donc quelque chose de particulier. On y retrouve un auteur vieillissant, produisant moins, mais toujours capable de faire vivre Gaston d’un simple mouvement ou d’une expression. Ce n’est pas l’apothéose de la série : ce sont ses derniers éclats.

En résumé

Ultimes bévues est un album forcément à part. Plus disparate et moins dense que les sommets de Gaston, il rassemble les dernières créations de Franquin autour de son personnage et conserve toute son extraordinaire expressivité graphique. Ce n’est pas une véritable conclusion, mais plutôt une dernière série de rencontres avec le gaffeur.

Un volume moins essentiel pour la qualité constante de ses gags que pour sa place dans l’histoire de la série : le dernier Gaston de Franquin, avant une reprise qui paraissait alors inimaginable.

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