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La Fiancée de Lucky Luke

Couverture de La Fiancée de Lucky Luke

Lucky Luke — Tome 24

La Fiancée de Lucky Luke

Guy Vidal et Morris

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 novembre 1985

3/5

La petite ville de Purgatory risque de disparaître faute de familles. Lucky Luke accepte donc d’escorter vers l’Ouest un groupe de femmes venues rencontrer les célibataires de la région. Inspiré du western Convoi de femmes, l’album propose une aventure mouvementée et quelques situations originales, mais son humour repose souvent sur une représentation très traditionnelle des rapports entre les sexes.

Un titre volontairement trompeur

La prétendue fiancée de Lucky Luke n’occupe finalement qu’une partie du scénario. À la suite d’un malentendu, Jenny croit que le cow-boy lui a personnellement demandé de venir dans l’Ouest pour l’épouser.

Cette situation place Lucky Luke dans une position inhabituelle. Lui qui affronte habituellement les bandits sans hésitation se retrouve incapable d’expliquer clairement à Jenny qu’il n’a aucune intention de se marier.

Le gag fonctionne parce qu’il menace directement l’identité du héros solitaire. Le lecteur sait naturellement que Lucky Luke repartira seul, ce qui rend cependant le dénouement assez prévisible.

Une nouvelle variation sur la caravane

Le voyage reprend une formule déjà largement utilisée dans la série : Lucky Luke doit conduire un groupe inexpérimenté à travers un territoire dangereux. Les attaques, les accidents et les tensions internes rythment donc la progression du convoi.

Le retour de Hank Bully, ancien conducteur de La Diligence, apporte une continuité appréciable. Son tempérament bruyant contraste efficacement avec le calme du cow-boy.

L’album peine néanmoins à retrouver la richesse de La Caravane. Les différentes voyageuses sont immédiatement reconnaissables, mais la plupart restent définies par un unique trait de caractère.

Des personnages féminins trop caricaturaux

Le scénario cherche à présenter des femmes capables de supporter les dangers de l’Ouest. Elles finissent d’ailleurs par démontrer davantage de courage et de résistance que les hommes ne l’imaginaient.

Cette intention positive est affaiblie par des clichés très appuyés. Les discussions tournent principalement autour du mariage, des vêtements, de la cuisine et de la peur des animaux. Même lorsqu’elles prennent le contrôle de la situation, les voyageuses restent enfermées dans des rôles comiques assez traditionnels.

Jenny bénéficie heureusement d’un traitement plus nuancé. Déterminée et sincère, elle ne se résume pas entièrement à son désir d’épouser Lucky Luke, même si le scénario ne lui offre jamais une véritable autonomie sentimentale.

Lucky Luke face à sa liberté

L’intérêt principal de l’album réside dans le malaise de Lucky Luke devant la possibilité du mariage. Le héros n’exprime pas directement son refus, mais son comportement montre que toute installation durable lui paraît incompatible avec sa nature.

Guy Vidal aurait toutefois pu approfondir cette remise en question. La relation avec Jenny reste construite autour d’un quiproquo et non d’un véritable attachement entre les deux personnages.

Le titre promet donc une évolution importante qui ne se produit jamais réellement. Le scénario préfère préserver la formule traditionnelle plutôt que d’explorer sérieusement la solitude du cow-boy.

Les Dalton appelés en renfort

Les Dalton apparaissent tardivement et semblent surtout utilisés pour apporter une menace connue à la dernière partie de l’aventure. Leur intervention offre quelques bons gags, notamment lorsqu’ils se retrouvent confrontés aux voyageuses.

Ils ne sont pourtant pas indispensables à l’intrigue. Leur présence donne l’impression que le scénario hésite à faire entièrement confiance à son sujet principal et cherche un adversaire familier pour provoquer le dénouement.

Morris conserve heureusement son efficacité graphique. Les mouvements de foule, les réactions de Lucky Luke et les affrontements dans la caravane restent parfaitement lisibles et dynamiques.

En résumé

La Fiancée de Lucky Luke part d’une idée prometteuse en confrontant le cow-boy solitaire au mariage et en plaçant un groupe de femmes au centre de l’aventure. Le voyage reste agréable et Jenny apporte une sensibilité inhabituelle à la série. Cependant, les clichés sur les femmes, la structure déjà familière du convoi et l’arrivée peu nécessaire des Dalton limitent la portée du récit. Un album sympathique, mais sensiblement marqué par son époque.

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