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Nitroglycérine

Couverture de Nitroglycérine

Lucky Luke — Tome 25

Nitroglycérine

Lo Hartog van Banda et Morris

Éditeur : Dargaud

Sortie originale : 1 avril 1987

3/5

La Central Pacific et l’Union Pacific se lancent dans une compétition pour construire la première ligne de chemin de fer transcontinentale. Lorsque les travaux rencontrent un obstacle, Lucky Luke doit transporter un chargement de nitroglycérine jusqu’au chantier. L’idée promet une aventure sous tension, mais l’album privilégie tellement les explosions et les péripéties qu’il finit par perdre une partie de sa cohérence.

Une compétition historique transformée en satire

Le scénario reprend la rivalité ayant opposé les deux compagnies chargées de construire le chemin de fer transcontinental. Chaque équipe cherche à poser davantage de rails que l’autre afin de recevoir des terres et des subventions supplémentaires.

Cette concurrence donne lieu à une satire assez efficace de la course au rendement. Les responsables des compagnies s’intéressent moins à la qualité des travaux qu’au nombre de kilomètres annoncés. Les employés sont poussés à avancer toujours plus vite, quelles que soient les conséquences.

L’album évoque ainsi les dérives d’un progrès guidé par l’argent. Cette dimension reste cependant moins développée que dans Des rails sur la prairie, qui traitait déjà de l’arrivée du chemin de fer dans l’Ouest.

Une cargaison idéale pour créer du suspense

Le transport de la nitroglycérine constitue naturellement le cœur de l’aventure. La moindre secousse peut provoquer une explosion, obligeant Lucky Luke à avancer avec une prudence inhabituelle.

Morris exploite parfaitement le potentiel visuel de cette menace. Les gouttes de sueur, les chemins accidentés et les réactions affolées des personnages produisent plusieurs scènes très amusantes.

Le danger perd toutefois progressivement de son efficacité. Les explosions deviennent si nombreuses qu’elles ne provoquent plus vraiment d’inquiétude. La nitroglycérine fonctionne alors davantage comme une source de gags que comme un véritable enjeu dramatique.

Les Dalton une nouvelle fois utilisés comme perturbateurs

Les Dalton interviennent pour saboter les travaux et profiter de la rivalité entre les compagnies. Leur présence garantit plusieurs situations comiques, notamment lorsque leurs plans se retournent contre eux.

Joe conserve son énergie colérique et Averell reste fidèle à son obsession pour la nourriture. Pourtant, les quatre frères semblent ici ajoutés à une intrigue qui pouvait fonctionner sans eux.

Leur plan manque de précision et leur confrontation avec Lucky Luke ne renouvelle guère leur rivalité. Comme dans plusieurs albums de cette période, les Dalton servent surtout à apporter un danger immédiatement identifiable.

Une aventure qui se disperse

Le récit multiplie les trains, les compagnies rivales, les sabotages et les changements de direction. Cette accumulation maintient un rythme soutenu, mais rend parfois la progression confuse.

Plusieurs idées sont lancées sans être suffisamment développées. La concurrence ferroviaire aurait pu fournir une satire plus approfondie des méthodes industrielles, tandis que le transport de l’explosif pouvait devenir une véritable aventure de survie.

Lo Hartog van Banda préfère réunir ces éléments dans une succession de scènes spectaculaires. L’album se lit rapidement et ne manque jamais d’action, mais son scénario paraît moins maîtrisé que celui de Fingers.

Morris particulièrement à l’aise avec les trains

Le dessin constitue l’un des principaux atouts de l’album. Morris représente les locomotives, les chantiers et les explosions avec une grande clarté, même lorsque plusieurs actions se déroulent simultanément.

Les déformations provoquées par les détonations apportent une dimension presque cartoonesque. Les personnages sont projetés dans les airs, couverts de suie ou immobilisés par la peur sans que l’action devienne difficile à suivre.

Cette énergie graphique permet au récit de conserver son efficacité malgré ses faiblesses narratives. Le spectacle prend souvent le dessus sur l’histoire, mais il reste particulièrement divertissant.

En résumé

Nitroglycérine propose une aventure rapide, spectaculaire et riche en explosions. La rivalité entre les compagnies ferroviaires offre une bonne base satirique, tandis que le dangereux chargement permet à Morris de multiplier les gags visuels. Le scénario se révèle cependant dispersé, exploite superficiellement son contexte historique et utilise les Dalton sans véritable nécessité. Un album divertissant, mais moins solide que son sujet ne le laissait espérer.

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