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Nicky Larson et le Parfum de Cupidon

Affiche de Nicky Larson et le Parfum de Cupidon

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon

Réalisation : Philippe Lacheau

Avec : Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti, Didier Bourdon

Production / distribution : Axel Films, BAF Prod, M6 Films / Sony Pictures Entertainment France

Durée : 1 h 31

Adaptation : Manga

Sortie : 6 février 2019

4/5

Sur le papier, il y avait de quoi avoir peur. Philippe Lacheau adaptant City Hunter avec la Bande à Fifi pouvait facilement tourner à la grosse comédie française utilisant Nicky Larson comme simple prétexte. Et pourtant, surprise : derrière les gags parfois très lourds se cache une véritable déclaration d’amour au manga de Tsukasa Hōjō et surtout à la version animée qui a bercé toute une génération en France. Lacheau et ses coauteurs avaient d’ailleurs revu les 144 épisodes diffusés en France et relu les 37 volumes du manga avant l’écriture.

Un Nicky Larson étonnamment crédible

Philippe Lacheau n’a évidemment pas le physique exact de Ryô Saeba, mais il compense largement par son investissement. Son Nicky peut passer du dragueur complètement idiot au professionnel redoutablement efficace dès que la situation devient sérieuse. Et c’est précisément cette dualité qui fait fonctionner le personnage.

Surtout, le film ne cherche pas à rendre Nicky plus « réaliste » pour le cinéma. Il accepte son côté excessif, ses obsessions, ses changements de ton et cette capacité à devenir instantanément cool après avoir été parfaitement ridicule trente secondes auparavant. Après Dragonball Evolution, voir une adaptation comprendre qu’il n’est pas nécessaire de normaliser un personnage de manga relève presque du miracle.

Philippe Lacheau était lui-même fan depuis l’enfance et raconte avoir ressenti une véritable émotion en enfilant le costume. Cela pourrait n’être qu’une jolie anecdote promotionnelle, mais cette affection se voit réellement à l’écran.

Laura, Mammouth et toute la bande répondent présents

Élodie Fontan fonctionne très bien en Laura. Son énergie lui permet de tenir tête à Nicky et le fameux marteau géant, qui aurait pu être absolument catastrophique en prises de vues réelles, est assumé avec suffisamment de second degré pour fonctionner.

Kamel Guenfoud possède quant à lui la carrure nécessaire pour Mammouth, tandis que Didier Bourdon et Julien Arruti s’intègrent à cette histoire originale sans complètement écraser les personnages issus de City Hunter. C’est important, car le principal danger était de voir Nicky Larson disparaître derrière la Bande à Fifi.

Le film accumule également les clins d’œil : l’Austin Mini, le cocktail XYZ, les corbeaux, le Colt Python, le marteau de Laura, Mammouth… Certains plans ont même été conçus pour reproduire précisément des images du manga. Mais contrairement à Dragonball Evolution, ces références ne servent pas simplement à cocher des cases : elles témoignent d’une véritable connaissance de l’œuvre.

Une histoire originale plutôt que le copier-coller d’un manga

L’une des meilleures décisions consiste justement à ne pas adapter directement un arc précis. Le parfum de Cupidon, capable de rendre irrésistible celui qui l’utilise, est une invention du film. Cela permet à Lacheau de construire son propre récit tout en y intégrant naturellement les personnages et les codes de City Hunter.

Et surtout, Tsukasa Hōjō avait son mot à dire. Avant d’accorder les droits, l’auteur a demandé à lire le scénario ; selon Lacheau, Hōjō l’a approuvé et a estimé l’histoire fidèle à son œuvre. Quand on vient de parler d’Akira Toriyama dont les réserves sur Dragonball Evolution avaient largement été ignorées, le contraste est assez savoureux.

Lacheau a compris quelque chose d’essentiel : être fidèle ne signifie pas raconter exactement la même histoire. On peut inventer une intrigue entière à condition que les personnages donnent l’impression de pouvoir réellement la vivre.

L’humour Lacheau reste la principale limite

Tout ne fonctionne évidemment pas. Le film demeure une comédie de Philippe Lacheau, avec tout ce que cela implique : humour sexuel, gags corporels, personnages volontairement idiots et quelques séquences qui poussent la blague bien au-delà du moment où elle aurait pu s’arrêter.

Certains gags sont franchement lourds et l’ajout de personnages extérieurs au manga rappelle régulièrement que l’on regarde également un film de la Bande à Fifi. Selon sa tolérance à cet humour, le spectateur pourra beaucoup rire ou regarder certaines scènes en attendant patiemment qu’elles se terminent.

Mais il faut reconnaître que cette vulgarité n’est pas totalement incompatible avec City Hunter. Ryô Saeba n’a jamais exactement été un modèle de distinction dès qu’une jolie femme entrait dans son champ de vision. Le film pousse parfois le curseur trop loin, mais il ne plaque pas complètement cet humour sur un univers qui lui serait étranger.

Et les scènes d’action sont vraiment réussies

C’est l’autre bonne surprise. Nicky Larson et le Parfum de Cupidon ne se contente pas d’être une succession de sketches : Philippe Lacheau veut aussi réaliser un véritable film d’action.

Les fusillades sont lisibles, certaines idées de caméra sont inventives et Nicky devient réellement impressionnant lorsqu’il utilise son arme. Lacheau expliquait avoir regardé du côté de Kingsman et Deadpool et avoir travaillé avec une jeune équipe de cascadeurs elle-même passionnée de mangas. L’influence est parfois évidente, mais le résultat possède suffisamment d’énergie pour ne pas ressembler à une imitation au rabais.

C’est surtout essentiel pour le personnage : si Nicky est uniquement un obsédé ridicule, il ne fonctionne plus. Il faut croire qu’une fois sérieux, cet imbécile est réellement le meilleur. Le film l’a compris.

Un hommage à City Hunter… mais aussi au Club Dorothée

Le titre français constitue déjà une déclaration d’intention. Le héros s’appelle ici Nicky Larson et non Ryô Saeba. Le film assume donc que beaucoup de spectateurs français ont découvert City Hunter à travers son adaptation télévisée et sa VF parfois très particulière.

Les apparitions de Dorothée, de Vincent Ropion — voix française historique de Nicky — et de Jean-Paul Césari, interprète du générique français, pourraient n’être que du fan service. Elles fonctionnent pourtant parce que le film ne cache jamais sa dimension nostalgique.

Cette spécificité rend d’ailleurs l’adaptation assez unique. Ce n’est pas exactement City Hunter transposé en France : c’est aussi le souvenir français de City Hunter adapté au cinéma. Et contre toute attente, cette approche fonctionne.

Une adaptation faite par quelqu’un qui aime manifestement son modèle

C’est finalement ce qui sépare radicalement le film de nombreuses adaptations ratées. Philippe Lacheau ne considère jamais le manga comme un matériau embarrassant qu’il faudrait rendre respectable. Quand Laura doit sortir un marteau gigantesque, elle sort un marteau gigantesque. Quand Nicky doit devenir ridicule, il devient ridicule. Et lorsqu’il doit soudainement se transformer en formidable tireur, le film l’assume tout autant.

Tout n’est pas subtil et tout n’est certainement pas réussi. Mais derrière chaque référence se trouve l’impression que quelqu’un sait pourquoi elle est là.

Le public français a d’ailleurs répondu présent avec environ 1,68 million d’entrées. Et le film a même connu une sortie au Japon après avoir reçu l’approbation de Hōjō. Pour une adaptation française d’un manga japonais dont l’annonce avait initialement provoqué pas mal d’inquiétudes, le parcours est plutôt savoureux.

En résumé

Nicky Larson et le Parfum de Cupidon reste imparfait : son humour peut être lourd, certaines blagues s’éternisent et la Bande à Fifi prend parfois un peu trop de place. Mais Philippe Lacheau réussit l’essentiel : on reconnaît véritablement Nicky Larson.

Drôle, généreux, bourré de références mais également capable de vraies scènes d’action, le film prouve qu’une adaptation peut prendre énormément de libertés tout en respectant profondément son modèle. Après Dragonball Evolution, cela fait presque du bien de voir quelqu’un avoir lu le mode d’emploi avant d’ouvrir la boîte.

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