Tous à l’Ouest : Une aventure de Lucky Luke
Voix VF : Lambert Wilson, Clovis Cornillac, François Morel, Bernard Alane
Production / distribution : Xilam / Pathé Distribution
Durée : 1 h 30
Adaptation : Jeunesse
Sortie : 5 décembre 2007
n 2007, Lucky Luke retrouve le grand écran avec Tous à l’Ouest : Une aventure de Lucky Luke, réalisé par Olivier Jean-Marie et produit par Xilam. Librement inspiré de La Caravane, l’un des albums de Morris et René Goscinny, le film transforme la traversée de l’Ouest en immense terrain de jeu où se croisent pionniers, bandits, Dalton et évidemment Rantanplan. Très rythmé, généreux et visuellement fidèle à l’univers de la BD sans chercher à reproduire exactement le trait de Morris, Tous à l’Ouest assume pleinement sa nature de grand divertissement familial.
La Caravane complètement réinventée
Tous à l’Ouest reprend une excellente idée de départ à La Caravane sans chercher à en proposer une adaptation littérale. Lucky Luke doit accompagner un groupe de pionniers vers la Californie, tandis que les Dalton trouvent évidemment le moyen de se mêler au voyage.
Cette structure convient particulièrement bien à un long métrage. Le déplacement permanent permet de renouveler les décors, les obstacles et les personnages tout en donnant au récit un objectif immédiatement compréhensible. Chaque étape peut devenir une nouvelle catastrophe sans que le scénario donne l’impression d’aligner artificiellement les sketches.
Le film prend beaucoup de libertés avec l’album, mais conserve sa mécanique essentielle : Lucky Luke doit maintenir à peu près sous contrôle une communauté dont les membres sont souvent bien plus dangereux pour eux-mêmes que les véritables bandits.
Lucky Luke parfaitement à sa place
Le film ne cherche pas à compliquer Lucky Luke. Il reste ce héros calme, incroyablement compétent et légèrement détaché qui observe avec amusement le chaos dont il est entouré.
C’est précisément cette simplicité qui permet au personnage de fonctionner. Lucky Luke n’a pas besoin d’occuper chaque gag ni d’être constamment au centre de l’attention. Il constitue le point d’équilibre du récit : lorsque tout le monde panique, il réfléchit ; lorsque les Dalton préparent un plan, il les attend généralement quelques étapes plus loin.
Lambert Wilson lui apporte une voix particulièrement adaptée. Posée et assurée sans devenir trop solennelle, elle conserve ce mélange de décontraction et d’autorité qui définit bien le personnage.
Les Dalton, véritables moteurs comiques
Les Dalton occupent naturellement une place importante dans l’aventure et le film comprend parfaitement leur mécanique. Joe veut diriger, Averell comprend rarement ce qui se passe et Jack et William se retrouvent coincés entre les deux.
Clovis Cornillac donne à Joe toute l’énergie nécessaire pour ses explosions de colère, tandis que la mise en scène profite pleinement des différences physiques entre les quatre frères. Leur simple alignement suffit parfois à provoquer le gag avant même qu’ils commencent à parler.
Le film évite surtout de réduire leur humour à une seule plaisanterie. Leurs plans, leurs disputes, leurs échecs et l’exaspération permanente de Joe constituent une véritable petite histoire parallèle au voyage de Lucky Luke.
Rantanplan toujours aussi merveilleusement inutile
Rantanplan reste évidemment Rantanplan : capable de comprendre exactement l’inverse de ce qu’on attend de lui et de transformer la moindre intervention en catastrophe.
François Morel lui donne une naïveté particulièrement amusante. Le personnage n’est jamais conscient de sa propre stupidité, ce qui reste la condition indispensable pour qu’il fonctionne. Rantanplan ne cherche pas à être drôle : il est profondément persuadé d’être brillant alors que tout démontre le contraire.
Le film sait également ne pas l’utiliser constamment. Ses apparitions servent de respirations comiques et son incapacité à interpréter correctement une situation conserve ainsi son efficacité.
Une animation qui ne cherche pas à copier Morris
Graphiquement, Tous à l’Ouest fait un choix intelligent. Les personnages restent immédiatement reconnaissables, mais Olivier Jean-Marie et les équipes de Xilam ne cherchent pas à transformer chaque plan en reproduction d’une case de Morris.
Le dessin est plus souple, les mouvements beaucoup plus exagérés et les expressions poussées jusqu’au cartoon. Les Dalton peuvent se déformer sous l’effet d’une chute, Joe exploser littéralement de colère et les véhicules subir des catastrophes défiant joyeusement les lois de la physique.
Cette liberté fonctionne particulièrement bien avec Lucky Luke. L’univers créé par Morris reposait déjà sur la caricature du western ; l’animation peut donc prolonger cette exagération plutôt que la contraindre.
Les grands paysages, les caravanes et les villes du Far West permettent en parallèle de conserver l’imaginaire du western. Le film reste coloré sans transformer l’Ouest américain en simple décor pour enfants.
Un rythme parfois beaucoup trop pressé
Cette énergie constitue cependant aussi la principale faiblesse du film. Tous à l’Ouest semble parfois terrorisé à l’idée de laisser passer quelques secondes sans provoquer un gag, une chute, une poursuite ou une catastrophe.
Le rythme extrêmement soutenu convient parfaitement à certaines séquences, notamment lorsque la caravane devient incontrôlable. Mais il empêche parfois les situations comiques de respirer.
Morris et surtout Goscinny savaient qu’un silence, une réaction ou simplement une case supplémentaire pouvaient rendre une plaisanterie beaucoup plus efficace. Tous à l’Ouest privilégie davantage l’accumulation. Un gag en chasse rapidement un autre et certaines idées auraient mérité quelques secondes supplémentaires avant que le film reparte déjà dans une autre direction.
Un humour davantage cartoon que satirique
C’est également ce qui distingue le film des meilleurs albums. L’humour de Goscinny ne reposait pas uniquement sur les Dalton ou les catastrophes : il utilisait Lucky Luke pour se moquer des mythes américains, du capitalisme, des institutions, des grandes figures historiques ou simplement des clichés véhiculés par le western.
Tous à l’Ouest conserve une partie de cette matière, mais privilégie clairement le comique visuel et l’aventure.
Le résultat est donc davantage un grand cartoon dans l’univers de Lucky Luke qu’une véritable satire du western. Cela fonctionne très bien comme divertissement familial, mais les lecteurs adultes pourront regretter que le scénario ne retrouve pas toujours le deuxième niveau de lecture qui rendait les meilleurs albums si efficaces à tout âge.
Une aventure généreuse qui connaît ses personnages
C’est finalement ce qui rend Tous à l’Ouest particulièrement sympathique. Le film ne cherche pas à réinventer Lucky Luke. Il utilise simplement les qualités de son univers pour fabriquer une aventure suffisamment ample pour le cinéma.
Lucky Luke reste Lucky Luke, Joe reste Joe, Averell reste Averell et Rantanplan peut provoquer une catastrophe simplement en essayant d’aider quelqu’un. Cela peut paraître évident, mais cette connaissance des personnages permet au film de prendre énormément de libertés avec l’histoire sans jamais perdre complètement l’identité de la série.
L’ensemble manque parfois de finesse et gagnerait à ralentir, mais son énergie est communicative. Olivier Jean-Marie connaît parfaitement les ressorts du cartoon et les applique à un univers qui s’y prête naturellement.
En résumé
Tous à l’Ouest n’est pas une adaptation littérale de La Caravane, mais une réinterprétation particulièrement généreuse de son principe. L’animation dynamique de Xilam, la très bonne utilisation des Dalton, un Rantanplan toujours aussi irrécupérable et la voix parfaitement posée de Lambert Wilson permettent de retrouver immédiatement le plaisir de l’univers de Morris et Goscinny.
Son rythme parfois frénétique et son humour davantage tourné vers le cartoon que vers la satire l’empêchent de retrouver toute la finesse des meilleurs albums. Mais comme aventure animée de Lucky Luke, c’est drôle, vivant, respectueux des personnages et suffisamment inventif pour ne jamais ressembler à une simple transposition de la BD.
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