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Black Adam

Affiche de Black Adam

Black Adam

Titre original : Black Adam

Réalisation : Jaume Collet-Serra

Avec : Dwayne Johnson, Aldis Hodge, Pierce Brosnan, Sarah Shahi

Production / distribution : New Line Cinema, DC Films, Seven Bucks Productions, FlynnPictureCo. / Warner Bros. France

Durée : 2 h 05

Adaptation : Comics

Sortie : 19 octobre 2022

★★★★★ 3/5

Après avoir été annoncé pendant de longues années, Black Adam arrive finalement au cinéma en 2022 sous les traits de Dwayne Johnson. Réalisé par Jaume Collet-Serra, le film introduit Teth-Adam, l’anti-héros lié à l’univers de Shazam, ainsi que plusieurs membres de la Justice Society : Hawkman, Doctor Fate, Atom Smasher et Cyclone. Black Adam sort en France le 19 octobre 2022, quelques mois seulement avant une profonde réorganisation de l’univers cinématographique DC.

Dwayne Johnson joue parfaitement… Dwayne Johnson

Le projet repose presque entièrement sur lui. Dwayne Johnson possède évidemment la carrure nécessaire pour incarner Black Adam et sa présence physique suffit à rendre crédible la puissance presque divine du personnage.

Le problème est ailleurs : on voit rarement disparaître l’acteur derrière Teth-Adam.

Black Adam devrait être une figure tragique, brutale, issue d’une autre époque et porteuse d’une conception radicalement différente de la justice. Le scénario contient tous ces éléments, mais Dwayne Johnson conserve cette présence très contrôlée qui caractérise une grande partie de sa filmographie.

Même son statut d’anti-héros reste finalement assez confortable. Il tue ses adversaires et refuse les règles traditionnelles des super-héros, mais le film fait tellement d’efforts pour légitimer chacune de ses actions qu’il devient rarement véritablement inquiétant.

Black Adam est présenté comme un personnage dangereux, mais le film semble constamment avoir peur que le spectateur cesse de l’aimer.

La Justice Society vole presque le film

La grande surprise vient finalement des personnages secondaires.

Aldis Hodge impose immédiatement Hawkman avec une véritable autorité. Son opposition à Black Adam repose sur une conception beaucoup plus traditionnelle de l’héroïsme : il refuse notamment que tuer devienne une solution acceptable simplement parce qu’elle est efficace.

Mais c’est Pierce Brosnan qui marque le plus les esprits. Son Doctor Fate possède une élégance et une sérénité qui contrastent parfaitement avec la brutalité de Black Adam. Ses pouvoirs permettent également au film quelques-unes de ses images les plus intéressantes.

Cyclone et Atom Smasher apportent une génération plus jeune et plus maladroite, même s’ils sont nettement moins développés.

C’est presque frustrant : le film s’appelle Black Adam, mais donne régulièrement envie de regarder un film consacré à la Justice Society.

Doctor Fate méritait beaucoup plus

Pierce Brosnan n’a pourtant pas besoin de beaucoup de scènes pour construire Kent Nelson. Quelques regards et quelques répliques suffisent à suggérer un homme qui porte depuis longtemps le poids de ce qu’il peut voir.

Ses capacités sont également parmi les plus cinégéniques du film. Multiplication, projections, visions de futurs possibles : Doctor Fate apporte une dimension presque mystique qui aurait pu donner davantage de personnalité à l’ensemble.

Le film comprend visiblement qu’il possède là un personnage fascinant, mais doit continuellement revenir à son héros principal.

Black Adam est plus puissant. Doctor Fate est simplement beaucoup plus intéressant.

Une débauche d’action qui finit par ne plus impressionner

Black Adam commence presque immédiatement par démontrer la puissance de son personnage principal et ne ralentit ensuite que très rarement.

Au départ, cette brutalité fonctionne. Voir des soldats complètement dépassés par un être capable de résister aux balles et de se déplacer à une vitesse prodigieuse donne réellement l’impression qu’une force incontrôlable vient d’être libérée.

Mais le film répète constamment le procédé.

Ralenti. Impact. Explosion. Personnage projeté à travers un mur. Nouvelle explosion. Nouveau ralenti.

Jaume Collet-Serra possède quelques idées visuelles efficaces, mais l’accumulation finit par banaliser l’extraordinaire. Si Black Adam paraît invincible pendant presque tout le film, il devient également difficile de ressentir un véritable danger.

À force de vouloir prouver que Black Adam est le plus puissant, le film finit surtout par rendre sa puissance monotone.

Kahndaq apporte pourtant une idée intéressante

Le choix de centrer l’histoire sur Kahndaq aurait pu permettre au film de se distinguer davantage.

Ses habitants vivent sous l’emprise d’Intergang et ne voient pas nécessairement l’arrivée de super-héros occidentaux comme une libération. Lorsque la Justice Society explique à Black Adam comment un héros devrait se comporter, le film pose même une question intéressante : où étaient ces héros lorsque Kahndaq avait besoin d’eux ?

Cette ambiguïté aurait mérité d’être davantage développée.

Black Adam peut être considéré comme un protecteur précisément parce qu’il ne respecte pas les règles imposées par ceux qui observent le pays depuis l’extérieur. Le scénario tient là une véritable matière politique et morale, mais préfère rapidement revenir aux combats et aux grandes menaces surnaturelles.

Le décor possède donc une identité. Le film l’utilise surtout comme terrain de bataille.

Un méchant final qui ramène tout à un blockbuster générique

Le problème devient particulièrement visible dans la dernière partie.

Après avoir opposé deux conceptions de la justice — celle de Black Adam et celle de la Justice Society — le film aurait pu construire son véritable conflit autour de cette question.

Il choisit finalement une menace beaucoup plus conventionnelle.

Créatures numériques, destruction massive et adversaire suffisamment dangereux pour obliger tout le monde à unir ses forces : Black Adam retrouve alors exactement les mécanismes des blockbusters dont il prétendait vouloir se distinguer.

C’est dommage, car le conflit entre Hawkman et Adam était infiniment plus intéressant qu’un nouvel ennemi venu menacer le monde.

Le film voulait changer DC au moment où DC allait changer sans lui

Impossible enfin d’ignorer l’étrange place occupée aujourd’hui par Black Adam. Dwayne Johnson avait énormément communiqué autour de l’idée d’un changement de « hiérarchie » dans l’univers DC et le film préparait clairement de futures confrontations.

La scène post-générique allait même très explicitement dans cette direction.

Mais quelques semaines après sa sortie, James Gunn et Peter Safran prennent la direction de DC Studios et commencent à préparer un nouvel univers. Les ambitions affichées autour de Black Adam ne connaîtront donc pas le développement attendu.

Cela ne constitue évidemment pas un défaut intrinsèque du film. Mais rétrospectivement, cela accentue l’impression de regarder le début extrêmement appuyé d’une histoire qui n’aura jamais réellement lieu.

En résumé

Black Adam possède suffisamment d’énergie pour assurer le spectacle et Dwayne Johnson a incontestablement la carrure du personnage. Mais le film veut tellement imposer son héros comme une nouvelle force incontournable de DC qu’il oublie parfois de lui donner une personnalité aussi forte que ses pouvoirs.

Le plus intéressant vient finalement de la Justice Society, notamment d’un excellent Pierce Brosnan en Doctor Fate et d’Aldis Hodge en Hawkman. Derrière une action omniprésente et une débauche d’effets numériques se cachent quelques idées intéressantes sur l’héroïsme et la légitimité, trop rarement développées. Une démonstration de puissance efficace, mais nettement moins révolutionnaire que ce qu’elle prétendait annoncer.

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