Ducobu passe au vert
Avec : Damien Pauwels, Élie Semoun, Émilie Caen, Gérard Jugnot
Production / distribution : Les Films du 24, UGC, TF1 Films Production / UGC Distribution
Durée : 1 h 20
Adaptation : BD franco-belge
Sortie : 3 avril 2024
Après Ducobu Président !, la saga inspirée de la bande dessinée de Zidrou et Godi revient en 2024 pour un cinquième film. Élie Semoun réalise son troisième épisode tout en retrouvant Monsieur Latouche, aux côtés d’Émilie Caen, Frédérique Bel, Loïc Legendre et Gérard Jugnot, déjà présent dans le précédent volet. Damien Pauwels devient quant à lui le cinquième jeune acteur à enfiler le pull jaune et noir de Ducobu, tandis que Louise Riguidel Huon reprend le rôle de Léonie. Cette fois, le célèbre cancre découvre dans la défense de l’environnement une possibilité particulièrement séduisante : réclamer une année sabbatique et, surtout, ne plus aller à l’école.
Sauver la planète… surtout pour sécher l’école
Sur le papier, l’idée est excellente pour Ducobu. Faire de l’écologie non pas une soudaine vocation, mais une nouvelle stratégie pour éviter de travailler correspond parfaitement à la logique du personnage. Lorsqu’il découvre l’exemple d’une jeune militante écologiste ayant interrompu sa scolarité, notre cancre comprend immédiatement tout le potentiel de la situation.
Le film retrouve alors quelque chose de l’esprit de la BD : Ducobu est extrêmement paresseux, mais devient incroyablement inventif lorsqu’il s’agit de préserver cette paresse. Ses motivations sont intéressées, ses méthodes discutables et Latouche se retrouve évidemment chargé de déjouer son nouveau plan.
Le problème est que cette bonne idée de départ ne suffit pas à alimenter tout le film. L’écologie devient rapidement un thème supplémentaire greffé sur les mécanismes habituels de la série plutôt qu’un véritable moyen de les renouveler.
Un cinquième Ducobu en cinq films
Vincent Claude, François Viette, Mathys Gros, Gabin Tomasino et maintenant Damien Pauwels : aucun des cinq films n’a donc eu le même interprète de Ducobu que le précédent.
Cela pourrait être extrêmement perturbant dans une autre saga, mais Ducobu possède une apparence et une personnalité tellement codifiées que la transition fonctionne encore. Damien Pauwels retrouve le mélange de gourmandise, d’assurance et de mauvaise foi nécessaire au personnage.
Louise Riguidel Huon devient également une nouvelle Léonie. Là encore, l’opposition est immédiatement lisible : Léonie travaille, Ducobu triche ; elle respecte les règles, il cherche la faille.
Mais ces changements permanents finissent malgré tout par empêcher un véritable attachement aux jeunes interprètes. À chaque épisode, la saga doit presque reconstruire une relation que les personnages sont pourtant censés entretenir depuis des années.
Latouche, toujours indispensable… mais de plus en plus envahissant
Élie Semoun incarne Monsieur Latouche depuis le premier film de 2011. Il connaît donc désormais le personnage par cœur et continue de pousser très loin son autoritarisme, sa susceptibilité et ses explosions de colère.
Le problème n’est pas vraiment Semoun, qui assume parfaitement cette caricature. C’est plutôt que le film semble parfois ne plus savoir quoi faire de Latouche sinon le rendre encore plus Latouche.
Les grimaces sont plus appuyées, les réactions plus énormes et les situations toujours plus cartoonesques. Ce qui faisait la saveur du personnage lorsqu’il servait de contrepoint au calme insolent de Ducobu devient progressivement une attraction à part entière.
Gérard Jugnot, déjà présent dans Ducobu Président ! en Monsieur Kitrish, revient donc sans constituer la nouveauté que pouvait laisser croire le casting. C’est plutôt Caroline Anglade, dans le rôle de Fiona, qui apporte un nouveau visage à cet univers.
L’écologie méritait mieux qu’un simple prétexte
Le film fait le choix de traiter son sujet avec beaucoup de légèreté, ce qui n’est pas un problème en soi. Une aventure de Ducobu n’a évidemment aucune obligation de devenir un cours sur le réchauffement climatique.
Il y avait néanmoins matière à pousser beaucoup plus loin le paradoxe du personnage. Voir le plus grand partisan du moindre effort devenir le porte-parole d’une cause nécessitant justement de modifier ses habitudes pouvait donner naissance à une satire enfantine particulièrement amusante.
Le scénario préfère rester en surface. L’écologie fournit des situations, quelques messages facilement compréhensibles et surtout une nouvelle excuse aux bêtises de Ducobu.
On retrouve ainsi une faiblesse déjà perceptible dans Ducobu Président ! : un nouveau thème donne l’impression de renouveler la saga sans réellement modifier sa mécanique.
Cinq films, et la recette devient trop visible
C’est finalement le principal problème de Ducobu passe au vert. Le film n’est pas radicalement différent de ses prédécesseurs : il est simplement arrivé à un moment où l’on connaît désormais beaucoup trop bien leur fonctionnement.
Ducobu imagine une combine, Léonie représente son opposé studieux, Latouche s’emporte, les adultes deviennent des caricatures et les situations dégénèrent. Élie Semoun assume toujours cette approche très colorée et volontairement outrancière, destinée avant tout aux enfants.
Mais après cinq épisodes, changer Ducobu, changer Léonie et ajouter un nouveau thème ne suffit plus.
Le premier film trouvait son intérêt dans la découverte de l’univers. Les Vacances de Ducobu tentait de changer de décor. Ducobu 3 relançait la série après huit années d’absence. Ducobu Président ! transformait l’élection scolaire en nouveau terrain de triche. Ici, la construction commence davantage à ressembler à une recherche de sujet susceptible d’accueillir une formule déjà écrite.
Et pour un personnage aussi imaginatif lorsqu’il s’agit de tricher, c’est assez paradoxal.
En résumé
Ducobu passe au vert part pourtant d’une idée amusante et très cohérente avec son héros : sauver la planète devient pour Ducobu la meilleure excuse possible pour ne plus aller en cours. Damien Pauwels reprend correctement le personnage, tandis qu’Élie Semoun maîtrise désormais parfaitement l’univers cartoonesque qu’il développe depuis Ducobu 3.
Mais ce cinquième épisode révèle surtout l’usure de la formule. L’écologie renouvelle le décor davantage que l’écriture, les nouveaux jeunes interprètes doivent une nouvelle fois reprendre des personnages déjà installés et Latouche repose de plus en plus sur l’exagération. Cela reste une comédie familiale pensée pour son jeune public, avec quelques idées amusantes, mais Ducobu semble désormais beaucoup plus inventif pour éviter ses devoirs que ses films pour éviter de se répéter.
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