Astérix et les Indiens
Voix VO : John Rye, Craig Charles, Howard Lew Lewis
Voix VF : Roger Carel, Pierre Tornade, Henri Labussière
Production / distribution : Extrafilm Produktion, Idéfix Films et partenaires européens / 20th Century Fox
Durée : 1 h 25
Adaptation : Jeunesse
Sortie : 5 avril 1995
Cinq ans après Astérix et le Coup du menhir, les Gaulois reviennent au cinéma avec une production assez différente de leurs précédentes aventures. Réalisé par Gerhard Hahn, Astérix et les Indiens sort en France en 1995 et s’inspire très librement de La Grande Traversée, album de René Goscinny et Albert Uderzo. Cette coproduction européenne emmène Astérix, Obélix et Panoramix jusqu’en Amérique, tout en cherchant à donner à la série une forme plus proche des grandes productions animées internationales des années 1990.
Une Grande Traversée qui ne conserve finalement pas grand-chose de l’album
Prendre des libertés avec une bande dessinée n’est pas forcément un problème. Les Douze Travaux d’Astérix avait même démontré qu’une histoire entièrement originale pouvait parfaitement retrouver l’esprit de Goscinny et Uderzo.
Le problème d’Astérix et les Indiens vient plutôt de ce qui remplace le matériau abandonné. Dans La Grande Traversée, Astérix et Obélix arrivaient accidentellement en Amérique après être partis pêcher. Le film imagine au contraire un plan de César destiné à enlever Panoramix et à l’expédier au-delà du « bout du monde », afin de priver définitivement le village de potion magique.
Les Vikings de l’album disparaissent et le séjour chez les Amérindiens devient le cœur de l’histoire. Ce nouveau scénario offre davantage d’enjeux, mais aussi une aventure beaucoup plus conventionnelle. La finesse des incompréhensions culturelles imaginées par Goscinny laisse progressivement place à une succession de péripéties plus attendues.
Un Astérix qui veut devenir un dessin animé des années 90
Le changement saute également aux yeux dans la forme. L’animation est plus moderne, les couleurs plus éclatantes et la mise en scène recherche davantage le mouvement. Techniquement, le film n’a donc rien de honteux.
C’est plutôt son identité qui pose problème.
Chansons, romance, méchant plus menaçant, grands moments d’émotion et spectacle : Astérix et les Indiens semble régulièrement vouloir adopter les codes du cinéma d’animation familial international de son époque. L’ambition se comprend, notamment dans une production pensée pour circuler largement hors de France.
Mais Astérix n’avait justement pas besoin de ressembler aux autres dessins animés. Sa force venait de cette identité très particulière, mélange de satire, de jeux de langage, d’anachronismes et d’absurdité parfaitement assumée. À vouloir rendre son aventure plus universelle, le film finit paradoxalement par la rendre beaucoup plus quelconque.
Obélix amoureux… encore
Obélix occupe une nouvelle fois une place importante et Pierre Tornade reste excellent pour restituer sa naïveté. Son personnage rencontre ici une jeune Amérindienne dont il tombe sous le charme.
Le problème est que cette idée donne parfois l’impression de reproduire sous une autre forme ce qui avait déjà été exploité avec Falbala. Obélix amoureux reste attendrissant, mais l’intrigue sentimentale apporte finalement assez peu au personnage.
Roger Carel demeure évidemment impeccable en Astérix et Henri Labussière retrouve Panoramix. Ces voix familières permettent de conserver un lien immédiat avec les précédents films français.
Mais elles ne peuvent pas entièrement masquer une écriture moins mordante. Les personnages ressemblent toujours à Astérix, Obélix et Panoramix ; ce sont davantage les situations dans lesquelles on les place qui semblent parfois appartenir à un autre dessin animé.
L’humour de Goscinny manque cruellement
C’est probablement là que le film souffre le plus de la comparaison avec ses prédécesseurs. Les anciens Astérix savaient parfaitement fonctionner à plusieurs niveaux.
Un enfant pouvait rire devant Obélix envoyant des Romains dans les airs tandis qu’un adulte appréciait derrière le gag une satire de l’administration, de l’armée, de la politique, du tourisme ou des particularismes nationaux.
Astérix et les Indiens privilégie beaucoup plus directement l’aventure et le divertissement. Il reste des gags et quelques bonnes idées, mais cette seconde lecture devient nettement moins présente.
Le résultat n’est pas catastrophique : il est surtout étonnamment banal pour un univers qui ne l’était jamais. Et c’est peut-être plus gênant encore.
Une production qui cherchait justement une nouvelle direction
Le film est aussi le produit d’une période particulière pour Astérix. Il s’agit d’une coproduction largement portée par l’Allemagne et pensée avec une ambition internationale beaucoup plus affirmée que les précédents longs métrages. Cette volonté explique en partie ses choix esthétiques et narratifs.
Albert Uderzo resta impliqué dans le projet et Pierre Tchernia participa au scénario, mais la production connut plusieurs évolutions avant d’aboutir à cette version très éloignée de La Grande Traversée.
On comprend alors mieux cette étrange impression de regarder un film partagé entre deux ambitions : préserver suffisamment Astérix pour satisfaire son public historique et transformer suffisamment la formule pour toucher un nouveau public international.
À force de chercher l’équilibre entre les deux, le film ne possède finalement ni toute la personnalité de l’un, ni la puissance spectaculaire de l’autre.
Un film pour enfants avant tout
Les plus jeunes peuvent évidemment y trouver leur compte. Il y a de l’action, des bagarres, des animaux, de grands décors, de la musique et un Obélix très présent. L’aventure avance suffisamment pour éviter l’ennui.
Mais Astérix a justement toujours eu cette capacité à ne pas choisir entre enfants et adultes. Les meilleurs albums comme les meilleurs films parlaient aux deux simultanément, sans donner l’impression d’adapter leur humour à l’un ou à l’autre.
Ici, cette richesse s’efface. Le spectacle demeure agréable par moments, mais il manque cette petite mécanique intellectuelle derrière le gag qui faisait toute la différence.
En résumé
Astérix et les Indiens n’est pas désastreux techniquement et bénéficie encore énormément de Roger Carel, Pierre Tornade et Henri Labussière. Quelques scènes restent amusantes et l’Amérique offre à la série un changement de décor appréciable.
Mais cette adaptation extrêmement libre de La Grande Traversée abandonne une grande partie de la finesse de l’album pour une aventure beaucoup plus générique. En cherchant à moderniser Astérix et à lui donner les contours d’un grand dessin animé familial international des années 1990, le film semble avoir oublié que la meilleure manière de rendre Astérix universel était peut-être simplement de le laisser être Astérix.
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