Astérix et les Vikings
Voix VF : Roger Carel, Jacques Frantz, Lorànt Deutsch, Sara Forestier
Production / distribution : M6 Studio, Mandarin SAS, 2d3D Animations, A. Film A/S / SND
Durée : 1 h 18
Adaptation : Jeunesse
Sortie : 12 avril 2006
Onze ans après Astérix et les Indiens, Astérix retrouve le cinéma d’animation avec Astérix et les Vikings. Réalisé par Stefan Fjeldmark et Jesper Møller, le film sort en 2006 et s’inspire principalement d’Astérix et les Normands, album de René Goscinny et Albert Uderzo publié en 1966, tout en empruntant quelques éléments à La Grande Traversée. Roger Carel retrouve Astérix, tandis que Jacques Frantz devient la nouvelle voix d’Obélix.
Enfin Astérix et les Normands au cinéma
Le choix de l’album est excellent. Astérix et les Normands repose sur l’une de ces idées typiquement goscinniennes dont l’absurdité possède sa propre logique : puisque « la peur donne des ailes », des guerriers qui ignorent la peur partent à sa recherche dans l’espoir d’apprendre à voler.
Au milieu de tout cela débarque Goudurix, adolescent lutécien beaucoup moins courageux qu’il ne voudrait le faire croire. Les Vikings pensent donc avoir trouvé leur « champion de la peur ». C’est simple, absurde et suffisamment solide pour construire toute une aventure.
Le film conserve cette excellente mécanique, mais développe considérablement la seconde moitié. Les Vikings repartent dans le Grand Nord avec Goudurix et Astérix et Obélix se lancent à leur poursuite, une extension qui emprunte également à La Grande Traversée.
Goudurix version années 2000
C’est surtout à travers Goudurix que le film affiche sa volonté de moderniser Astérix. Le jeune Lutécien de 1966 devient un adolescent des années 2000 transporté en Gaule : vêtements, musique, attitude et même moyens de communication sont transformés par les anachronismes.
L’idée n’est pas absurde. Goscinny lui-même utilisait Goudurix pour caricaturer la jeunesse de son époque. Actualiser les références respecte donc davantage le principe du personnage que conserver artificiellement celles des années 1960.
Mais le film insiste parfois beaucoup. Les références contemporaines et la bande musicale très marquée par son époque — avec notamment M. Pokora, Amel Bent ou Céline Dion — donnent aujourd’hui au film un parfum 2006 extrêmement prononcé.
Ce qui devait moderniser Astérix est paradoxalement devenu l’un des éléments qui le datent le plus.
Abba, une invention plutôt réussie
La principale nouveauté est Abba, fille du chef viking Grossebaf et personnage absent de l’album. Son introduction permet de donner davantage d’ampleur à Goudurix et surtout d’éviter que celui-ci ne reste uniquement le jeune trouillard qu’Astérix et Obélix doivent sauver.
La romance entre les deux personnages est assez prévisible, mais Abba apporte une énergie bienvenue. Sara Forestier lui donne beaucoup de caractère tandis que Lorànt Deutsch compose un Goudurix volontairement agaçant avant de le rendre progressivement plus attachant.
C’est une liberté importante par rapport à la BD, mais contrairement à certaines transformations d’Astérix et les Indiens, elle sert réellement la construction du film.
Roger Carel toujours là, Jacques Frantz reprend Obélix
Après plus de dix ans d’absence au cinéma d’animation, entendre Roger Carel retrouver Astérix procure immédiatement une impression de continuité. Sa voix n’a rien perdu de sa malice et le personnage semble lui appartenir complètement.
Le changement vient d’Obélix. Après Jacques Morel puis Pierre Tornade, Jacques Frantz reprend le personnage. Sa voix beaucoup plus grave donne à Obélix une présence différente, plus massive, sans sacrifier sa naïveté.
L’adaptation reste cependant davantage centrée sur Goudurix et Abba. Astérix et Obélix sont évidemment essentiels à l’aventure, mais ils abandonnent parfois le premier plan aux nouveaux personnages. Pour un film portant leur univers, ce choix peut laisser une légère frustration.
Une animation qui retrouve enfin de l’ambition
Après l’identité visuelle assez particulière d’Astérix et les Indiens, ce nouvel épisode trouve un équilibre beaucoup plus convaincant entre tradition et modernité. L’animation reste en 2D mais profite des outils numériques, avec des mouvements plus fluides, des décors riches et quelques séquences spectaculaires. Le site officiel décrit d’ailleurs cette approche comme une association entre animation traditionnelle et technologies numériques.
Surtout, les personnages restent très proches du dessin d’Uderzo. La modernisation technique ne cherche pas à transformer Astérix en autre chose.
Les scènes chez les Vikings profitent particulièrement de ce travail. Le Grand Nord possède une véritable atmosphère et l’animation sait retrouver l’exagération graphique indispensable aux bagarres et aux réactions des personnages.
Moderne, parfois trop, mais de nouveau vraiment Astérix
C’est finalement toute l’ambivalence du film. Astérix et les Vikings veut absolument prouver qu’Astérix peut encore parler aux enfants de 2006. Certaines références, chansons ou inventions contemporaines appuient tellement cette intention qu’elles ont beaucoup plus vieilli que l’humour original de Goscinny.
Mais contrairement à Astérix et les Indiens, cette modernisation ne fait pas disparaître l’identité de la série. La mécanique de Astérix et les Normands reste présente, les jeux autour de la peur fonctionnent et les nouveaux personnages trouvent plutôt bien leur place.
Le film comprend surtout une chose essentielle : moderniser Astérix fonctionne tant que l’on modernise les références sans remplacer ce qui fait fonctionner son humour.
En résumé
Astérix et les Vikings n’atteint pas la précision comique des Douze Travaux d’Astérix ni la richesse d’Astérix et Cléopâtre, mais il constitue un retour animé nettement plus convaincant après Astérix et les Indiens. L’animation est soignée, Roger Carel reste irremplaçable et l’adaptation d’Astérix et les Normands conserve suffisamment de l’intelligence de l’album.
Sa volonté très appuyée de parler aux jeunes des années 2000 le date aujourd’hui parfois davantage que les films des décennies précédentes. Mais derrière cet habillage demeure une aventure drôle, énergique et généreuse. Un Astérix modernisé avec quelques excès, mais qui retrouve heureusement une bonne partie de l’esprit des irréductibles Gaulois.
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