Cinq Avril — Tome 1
L’Héritier de Da Vinci
Éditeur : Dupuis
Sortie originale : 6 mai 2022
Le 5 avril 1510, une mystérieuse noble abandonne un nouveau-né devant le Clos Lucé avec pour seul indice un étrange collier d’or. Baptisé Cinq Avril, l’enfant grandit sous la protection de Léonard de Vinci, qui lui transmet une partie de son savoir. À la mort du maître, Avril découvre qu’un secret entoure ses origines et qu’il pourrait bouleverser le cours de l’Histoire. Fred Duval et Michel Bussi lancent ainsi une grande aventure de cape et d’épée mêlant personnages historiques, complots et mystères.
Un héros immédiatement plongé dans le mystère
L’identité d’Avril constitue évidemment le principal moteur de ce premier tome. Pourquoi a-t-il été abandonné ? Qui est cette femme qui l’a déposé au Clos Lucé ? Pourquoi Léonard de Vinci savait-il autant de choses à son sujet ?
Les auteurs installent rapidement ces interrogations sans attendre des dizaines de pages avant de lancer l’aventure. Devenu jeune homme, Avril apprend dans une lettre laissée par Léonard qu’il doit découvrir ses origines et que celles-ci pourraient lui permettre de sauver des millions de vies. Mais le cardinal Sordi cherche précisément à faire disparaître cet héritage.
Le procédé est assez classique, mais particulièrement efficace : chaque réponse semble immédiatement faire apparaître une nouvelle question.
Entre fiction et grande Histoire
Cinq Avril joue pleinement avec le plaisir de faire évoluer un personnage fictif au milieu de personnages et d’événements historiques. Léonard de Vinci constitue évidemment la première passerelle, mais l’ambition de la série dépasse largement sa seule figure.
Le scénario utilise la Renaissance comme terrain d’aventure plutôt que comme simple décor. La quête personnelle d’Avril se retrouve mêlée aux luttes de pouvoir et aux tensions de son époque, tandis que le savoir laissé par Léonard devient un enjeu convoité.
L’équilibre fonctionne bien : suffisamment d’éléments historiques pour donner de la consistance à l’univers, mais jamais au point de transformer l’album en démonstration pédagogique. Dupuis classe d’ailleurs officiellement la série à la fois dans l’action-aventure et l’Histoire.
Un véritable récit de cape et d’épée
L’album assume surtout son goût pour l’aventure. Avril doit fuir, se battre, comprendre les indices laissés par son mentor et rejoindre la Bretagne tandis que plusieurs personnages se lancent à sa poursuite. Ariane, fille de son maître d’armes, veille également sur lui depuis l’ombre.
Cette générosité donne beaucoup de rythme au récit. Michel Bussi et Fred Duval multiplient volontiers les rebondissements et les changements de situation. Cela rend la lecture particulièrement entraînante, même si l’accumulation laisse parfois moins de place au développement des personnages.
Avril fonctionne néanmoins très bien comme héros : curieux, énergique et suffisamment naïf pour que le lecteur découvre avec lui l’importance réelle du secret qui l’entoure.
Léonard de Vinci reste présent après sa disparition
L’une des bonnes idées consiste à ne pas faire de Léonard un simple personnage historique venu apporter un peu de prestige au début de l’histoire. Même après sa mort, son influence accompagne Avril.
Ses connaissances, ses inventions et surtout les secrets qu’il a laissés deviennent une sorte de fil conducteur. Avril poursuit ainsi autant son propre passé que l’héritage intellectuel de celui qui l’a formé.
Le titre L’Héritier de Da Vinci prend alors tout son sens : il ne s’agit pas nécessairement d’une filiation biologique, mais de la transmission d’un savoir et d’une manière de regarder le monde.
Le dessin de Noë Monin donne énormément d’énergie au récit
Le trait de Noë Monin convient parfaitement à cette aventure historique. Il privilégie le mouvement et l’expressivité plutôt qu’un réalisme figé, ce qui rend les combats et les poursuites particulièrement vivants. Dupuis souligne d’ailleurs les influences très diverses du dessinateur, allant de Loisel à Toriyama en passant par l’animation.
Les décors et les costumes permettent immédiatement d’identifier l’époque sans étouffer les personnages sous les détails. L’ensemble possède ainsi une vraie personnalité graphique, à mi-chemin entre la grande aventure franco-belge et une approche plus moderne et dynamique.
La couverture résume bien cette ambiance : inventions de Léonard, livres, mécanismes mystérieux et jeune héros l’épée à la main. Tout le programme de la série est déjà là.
En résumé
L’Héritier de Da Vinci constitue un premier tome très efficace, mêlant aventure historique, mystère et récit de cape et d’épée. L’intrigue avance vite et donne immédiatement envie de découvrir le secret entourant la naissance de Cinq Avril.
Le scénario est parfois très chargé, mais l’énergie du dessin de Noë Monin et les nombreux rebondissements permettent à cette ouverture de remplir parfaitement sa mission : installer un héros, un mystère et surtout l’envie de poursuivre l’aventure.
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