Trolls de Troy — Tome 2
Le Scalp du vénérable
Éditeur : Soleil
Sortie originale : 1 juin 1998
Après la destruction de leur village, Teträm et Waha n’ont plus vraiment le temps de plaisanter : pour délivrer les trolls capturés, ils doivent récupérer une mèche de cheveux du vénérable Rysta Fuquatou, responsable de leurs malheurs. Un objectif relativement simple… à un détail près : le vénérable est parfaitement chauve. Avec Le Scalp du vénérable, Christophe Arleston et Jean-Louis Mourier poursuivent directement l’aventure commencée dans Histoires trolles et commencent surtout à installer durablement l’identité de Trolls de Troy.
Une quête aussi héroïque que complètement absurde
Toute l’efficacité de l’album tient déjà dans son objectif : récupérer les cheveux d’un homme qui n’en possède pas. Arleston transforme ainsi une véritable mission de sauvetage en prétexte à multiplier les situations absurdes.
Teträm et Waha doivent se rendre jusqu’à Eckmül et pénétrer au cœur du Conservatoire. Le déplacement permet à la série de quitter le territoire des trolls pour confronter directement ses héros au monde prétendument civilisé des humains.
Et, évidemment, les trolls ne deviennent pas plus raffinés au contact de la civilisation. C’est même exactement l’inverse : leurs réactions brutales et leur logique très particulière deviennent encore plus drôles lorsqu’elles se heurtent aux règles humaines.
Waha et Teträm fonctionnent de mieux en mieux
Le premier tome présentait surtout l’univers et ses personnages. Ce deuxième album peut davantage profiter de la relation entre Teträm et sa fille adoptive.
Waha reste l’une des grandes trouvailles de la série. Elle est humaine physiquement, mais son éducation troll lui donne une vision du monde totalement différente de celle de ses semblables. Arleston peut ainsi jouer en permanence avec son apparence : les humains voient une jeune femme, tandis que Waha se considère naturellement comme une troll.
Teträm, de son côté, confirme son étonnante sympathie. Il est violent, grossier et parfaitement capable de manger ceux qui l’ennuient, mais possède également un attachement sincère à sa famille et à son peuple. Cette contradiction fait une grande partie du charme du personnage.
De nouveaux compagnons pour enrichir la bande
L’aventure introduit également deux personnages appelés à enrichir l’univers : Pröfy, le demi-troll, et Trolanne, la coiffeuse. Leur présence permet d’élargir la dynamique au-delà du duo formé par Waha et Teträm.
Arleston commence surtout à développer ce qui deviendra l’une des signatures de Trolls de Troy : les noms, les pouvoirs et les situations servent constamment de prétextes à des jeux de mots plus ou moins subtils.
L’humour est parfois énorme, souvent potache et rarement délicat. Mais la série l’assume tellement qu’il devient difficile de lui en vouloir. Trolls de Troy ne cherche jamais à paraître plus sérieux qu’il ne l’est.
Eckmül vue par les trolls
Faire entrer les trolls dans Eckmül constitue aussi une excellente idée. Le lecteur familier de l’univers de Troy découvre une civilisation connue sous un angle totalement différent.
Les humains, leurs institutions et leur magie apparaissent soudain beaucoup moins admirables lorsqu’ils sont observés par Teträm et Waha. Derrière la grosse farce, Arleston poursuit ainsi le renversement amorcé dans le premier album : les créatures considérées comme monstrueuses ne sont pas nécessairement les plus inquiétantes.
Sans jamais alourdir son récit, l’auteur donne donc un peu plus de profondeur à cet univers qui aurait facilement pu se contenter d’être une parodie de fantasy.
Mourier semble déjà parfaitement à l’aise
Jean-Louis Mourier confirme lui aussi tout ce que le premier album laissait entrevoir. Ses trolls sont massifs, sales et grotesques, mais incroyablement expressifs. Il suffit souvent d’un regard ou d’une posture de Teträm pour faire fonctionner un gag.
Les séquences d’action possèdent également beaucoup de mouvement. Mourier peut multiplier les coups, les chutes et les personnages projetés dans tous les sens sans jamais rendre la page confuse.
Claude Guth assure cette fois les couleurs de l’album. Les crédits bibliographiques de l’édition originale mentionnent également Guy Mathias au lettrage.
En résumé
Le Scalp du vénérable confirme immédiatement les qualités de Trolls de Troy. La quête volontairement absurde permet de développer Waha et Teträm tout en ouvrant davantage l’univers et en introduisant de nouveaux compagnons.
L’humour très potache ne conviendra évidemment pas à tout le monde, mais l’énergie de Mourier et le sens du rythme d’Arleston font merveille. Dès ce deuxième tome, la série possède pratiquement tous les ingrédients qui feront son identité.
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