Spider-Man 3
Titre original : Spider-Man 3
Avec : Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco, Thomas Haden Church
Production / distribution : Columbia Pictures, Marvel Enterprises, Laura Ziskin Productions / Gaumont Columbia Tristar Films
Durée : 2 h 19
Adaptation : Comics
Sortie : 1 mai 2007
En 2007, Sam Raimi conclut la trilogie commencée cinq ans plus tôt avec Spider-Man 3. Tobey Maguire, Kirsten Dunst et James Franco sont toujours présents, rejoints par Thomas Haden Church et Topher Grace. Le film introduit notamment l’Homme-Sable, le symbiote et Venom, tout en poursuivant l’affrontement entre Peter Parker et Harry Osborn. Avec 2 h 19 et un budget alors colossal, ce troisième épisode est le plus imposant de la trilogie. Il sort en France le 1er mai 2007 et dépasse les 6,3 millions d’entrées.
Peter Parker a enfin ce qu’il voulait… et c’est justement le problème
Après deux films durant lesquels Peter subissait constamment sa condition de Spider-Man, Raimi inverse intelligemment la situation. Le héros est désormais reconnu par New York, Mary Jane partage sa vie et Peter commence même à prendre goût à sa célébrité.
Peut-être un peu trop.
C’est probablement l’idée la plus intéressante de Spider-Man 3. Peter n’est plus seulement confronté au sacrifice : il doit affronter son propre ego. Le costume noir n’invente finalement pas ses défauts, il amplifie ce qui était déjà présent. Sa colère, sa jalousie et son arrogance deviennent progressivement impossibles à ignorer.
Tobey Maguire accepte même de rendre Peter franchement ridicule. Et c’est là que se trouve toute l’ambiguïté du fameux « Peter Parker emo » : ces séquences sont devenues des mèmes, mais elles sont volontairement embarrassantes. Peter croit être devenu irrésistible alors que Raimi nous montre surtout un garçon persuadé d’être cool.
L’Homme-Sable aurait largement pu porter le film à lui seul
Thomas Haden Church apporte à Flint Marko une mélancolie qui s’inscrit parfaitement dans l’univers de Raimi. Ce n’est pas véritablement un monstre, mais un homme dont les mauvaises décisions ont progressivement déterminé l’existence.
Sa transformation reste d’ailleurs l’un des plus beaux passages de toute la trilogie. Presque sans dialogue, Raimi raconte un homme qui doit littéralement réapprendre à tenir debout. Les effets numériques ont parfois vieilli ailleurs, mais cette naissance de l’Homme-Sable conserve une étonnante puissance visuelle et émotionnelle.
Le personnage permet surtout au film d’aborder le pardon, thème central de cet épisode. Malheureusement, il doit partager l’espace avec tellement d’autres intrigues que son histoire finit par apparaître puis disparaître au gré des besoins du scénario.
Et c’est précisément là que Spider-Man 3 commence à se compliquer sérieusement.
Harry, l’Homme-Sable, le symbiote, Venom… beaucoup trop de films dans un seul
Harry Osborn devait déjà conclure une intrigue commencée en 2002. L’Homme-Sable possède son propre drame. Le costume noir transforme Peter. Eddie Brock doit être introduit avant de devenir Venom. Mary Jane traverse parallèlement sa propre crise.
Chacune de ces histoires pourrait fonctionner. Ensemble, elles se disputent constamment les 2 h 19 du film.
Le contraste avec Spider-Man 2 est frappant. Doc Ock suffisait à nourrir presque tout le récit parce que son parcours répondait directement à celui de Peter. Ici, le film doit sans cesse abandonner un personnage pour en retrouver un autre.
Harry est probablement celui qui souffre le moins de cette accumulation, puisque deux films ont préparé son conflit avec Peter. James Franco peut enfin donner une véritable conclusion à la relation entre les deux anciens amis. Mais même cette histoire doit parfois s’effacer pour laisser entrer les nouveaux venus.
Venom, le personnage de trop
C’est désormais bien documenté : Sam Raimi n’était initialement pas enthousiaste à l’idée d’utiliser Venom, personnage qu’il appréciait moins que les figures classiques des comics avec lesquelles il avait grandi. Le producteur Avi Arad l’avait poussé à l’intégrer afin de répondre notamment aux attentes des fans.
Et cela se ressent.
Eddie Brock fonctionne plutôt bien comme reflet négatif de Peter : là où Peter finit par reconnaître ses erreurs, Eddie préfère en rendre les autres responsables. Topher Grace apporte même au personnage une arrogance suffisamment agaçante pour remplir cette fonction.
Mais Venom arrive beaucoup trop tard pour acquérir l’importance qu’un tel personnage méritait. Le symbiote est plus intéressant lorsqu’il révèle la noirceur de Peter que lorsqu’il devient le troisième grand adversaire du film.
Spider-Man 3 n’avait probablement pas besoin de Venom. Et Venom méritait probablement mieux que Spider-Man 3.
Le film reste pourtant furieusement Sam Raimi
Malgré son scénario surchargé, le film conserve quelque chose que beaucoup de blockbusters plus maîtrisés ont perdu : une véritable personnalité.
Raimi continue d’assumer le mélodrame, les effets de caméra outranciers, l’humour burlesque et les ruptures de ton. La scène du restaurant avec Bruce Campbell est pratiquement une petite comédie autonome. Les passages consacrés au Peter Parker sous influence du symbiote vont tellement loin dans le ridicule qu’ils deviennent impossibles à confondre avec le sérieux habituel d’un blockbuster.
Et lorsque Raimi se concentre simplement sur ses personnages, le film retrouve régulièrement la force des deux précédents. Tante May demeure essentielle, Mary Jane cesse d’être seulement l’objectif amoureux de Peter et Harry bénéficie de certains des moments les plus humains de la trilogie.
Le problème n’est donc pas que Spider-Man 3 n’a plus rien à raconter. C’est précisément qu’il veut raconter beaucoup trop de choses.
Un troisième épisode plus spectaculaire, mais moins précis
Visuellement, Spider-Man 3 pousse évidemment la trilogie beaucoup plus loin. Les combats gagnent en ampleur, l’Homme-Sable permet des images impossibles dans les deux premiers films et Spider-Man n’a jamais semblé aussi libre dans ses déplacements.
Mais cette surenchère atteint aussi ses limites lors du grand affrontement final. Là où la bataille du métro de Spider-Man 2associait parfaitement spectacle et émotion, le troisième volet donne davantage l’impression de devoir réunir tous ses personnages pour justifier l’ampleur annoncée.
Ce n’est jamais mauvais spectacle. Raimi sait trop bien filmer le mouvement pour cela. Mais après la remarquable simplicité narrative du deuxième film, l’accumulation devient particulièrement visible.
Un film imparfait devenu beaucoup plus attachant avec le temps
À sa sortie, Spider-Man 3 devait succéder à un deuxième épisode presque unanimement considéré comme une réussite. L’attente était immense : en France, il établit même à l’époque un record avec plus de 804 000 spectateurs dès sa première journée.
Avec le recul, ses défauts restent évidents. Venom est sacrifié, les intrigues s’accumulent et certains choix frôlent volontairement le grotesque. Mais cette maladresse participe aussi aujourd’hui à son charme.
Car derrière le blockbuster gigantesque demeure un film étonnamment personnel sur l’orgueil, la rancune et surtout le pardon. Spider-Man 3 échoue souvent parce qu’il en fait trop, mais il ne devient jamais complètement impersonnel.
Et entre un film bancal débordant d’idées et une production parfaitement calibrée qui n’en possède aucune, le troisième Spider-Man de Raimi conserve au moins le mérite d’être immédiatement reconnaissable.
En résumé
Spider-Man 3 est clairement le moins maîtrisé de la trilogie de Sam Raimi. Trois antagonistes, plusieurs intrigues sentimentales et la conclusion de l’histoire de Harry Osborn finissent par encombrer un film qui contenait pourtant plusieurs excellentes idées. L’Homme-Sable fonctionne remarquablement, le costume noir offre une évolution intéressante à Peter et Venom apparaît malheureusement comme la victime principale de cette accumulation.
Mais le film reste généreux, spectaculaire et profondément marqué par la personnalité de Raimi. Ses excès l’empêchent d’atteindre la maîtrise de Spider-Man 2, sans pour autant effacer ses nombreuses qualités.
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