MiklMayer.fr

Blue Beetle

Affiche de Blue Beetle

Blue Beetle

Titre original : Blue Beetle

Réalisation : Ángel Manuel Soto

Avec : Xolo Maridueña, Adriana Barraza, Damián Alcázar, Susan Sarandon

Production / distribution : DC Studios, The Safran Company / Warner Bros. France

Durée : 2 h 07

Adaptation : Comics

Sortie : 16 août 2023

★★★★★ 3/5

Alors que l’ancien univers cinématographique DC approche de sa fin, Blue Beetle arrive en salles en 2023 sous la direction d’Ángel Manuel Soto. Xolo Maridueña incarne Jaime Reyes, jeune diplômé qui entre accidentellement en possession du Scarabée, une technologie extraterrestre capable de fusionner avec son corps et de lui fournir une armure surpuissante. Le film introduit pour la première fois Blue Beetle au cinéma et choisit de raconter son histoire presque indépendamment des autres productions DC.

Jaime Reyes, un héros qui ne cherche pas à en devenir un

L’une des premières qualités de Blue Beetle vient de son personnage principal. Jaime ne rêve pas de devenir un justicier et n’attend pas qu’un événement extraordinaire bouleverse sa vie. Lorsqu’il revient auprès de sa famille après ses études, ses préoccupations sont beaucoup plus ordinaires : trouver un travail, aider ses proches et essayer de construire son avenir.

L’arrivée du Scarabée bouleverse évidemment tout cela. Mais contrairement à beaucoup d’origin stories, le film conserve longtemps cette impression que Jaime subit davantage ses pouvoirs qu’il ne les contrôle. L’armure possède sa propre conscience, prend des décisions à sa place et transforme chaque découverte en situation potentiellement dangereuse. Xolo Maridueña fonctionne particulièrement bien dans ce registre : suffisamment sympathique pour que l’on s’attache immédiatement à Jaime, il ne cherche jamais à lui donner artificiellement une stature héroïque.

Une origin story très classique… et ce n’est pas forcément un problème

Difficile néanmoins de prétendre que Blue Beetle révolutionne le genre. Le jeune homme ordinaire confronté à une technologie extraordinaire, la découverte progressive des pouvoirs, la grande entreprise aux intentions douteuses et l’affrontement final contre un adversaire utilisant une technologie comparable : presque chaque étape rappelle quelque chose que le cinéma de super-héros a déjà raconté.

Mais le film possède une qualité devenue presque rafraîchissante : il ne cherche pas constamment à devenir plus important qu’il ne l’est. Pas de multivers à réparer, pas de réalité alternative, pas besoin de convoquer une demi-douzaine de héros connus pour convaincre le spectateur que ce qu’il regarde mérite son attention. Après des productions DC parfois écrasées par leur propre mythologie, cette modestie fait du bien. Blue Beetle raconte simplement la naissance d’un nouveau héros.

La véritable superpuissance de Jaime, c’est sa famille

C’est surtout là que le film trouve son identité. La famille Reyes n’est pas simplement utilisée pour donner quelques scènes émotionnelles au héros entre deux combats : elle participe pleinement à l’aventure. Parents, sœur, grand-mère et surtout l’exubérant oncle Rudy accompagnent constamment Jaime, quitte à parfois prendre énormément de place.

Cette présence donne au film une chaleur particulière. Jaime ne doit pas protéger son identité secrète en inventant constamment des excuses pour éloigner ses proches : tout le monde comprend rapidement ce qui lui arrive et chacun tente de l’aider avec ses propres moyens. George Lopez pousse parfois très loin le registre comique avec Rudy, mais cette famille chaotique donne à Blue Beetle une personnalité que son scénario super-héroïque assez conventionnel n’aurait pas possédée seul. Jaime ne devient pas Blue Beetle malgré sa famille : il le devient avec elle.

Le Scarabée donne au film ses meilleures idées visuelles

L’armure constitue évidemment l’autre grande réussite. Contrairement à un simple costume, elle enveloppe littéralement Jaime et peut produire différentes armes en fonction de ses besoins. Les transformations possèdent une dimension organique qui rappelle constamment que le Scarabée n’est pas seulement une technologie sophistiquée, mais une entité extraterrestre liée à son porteur.

Le film s’amuse suffisamment avec cette idée pour différencier Blue Beetle d’Iron Man, comparaison pourtant difficile à éviter au premier regard. Jaime ne dispose pas d’une machine qu’il a conçue et qu’il contrôle parfaitement : il doit apprendre à dialoguer avec quelque chose qui vit désormais avec lui. Les combats restent très numériques, mais la variété des capacités de l’armure leur donne une certaine énergie et permet quelques trouvailles amusantes.

Susan Sarandon manque malheureusement de relief

Le scénario devient beaucoup moins intéressant lorsqu’il se tourne vers Victoria Kord. Susan Sarandon possède naturellement la présence nécessaire pour incarner une dirigeante froide et autoritaire, mais son personnage reste enfermé dans le rôle très traditionnel de la milliardaire prête à tout pour exploiter une technologie extraordinaire.

Le film tente de lui donner davantage de profondeur à travers l’histoire de la famille Kord, sans vraiment réussir à dépasser sa fonction d’antagoniste. Carapax bénéficie d’un traitement légèrement plus intéressant : derrière l’adversaire physiquement capable d’affronter Blue Beetle se trouve un homme transformé et utilisé comme une arme. Cette idée permet au dernier affrontement de ne pas se limiter complètement à deux armures numériques qui se frappent jusqu’à ce que l’une tombe.

Un film beaucoup plus personnel lorsqu’il parle des Reyes

Ángel Manuel Soto donne surtout au film sa personnalité lorsqu’il s’éloigne des mécanismes super-héroïques. La culture mexicaine et latino-américaine n’est pas simplement utilisée comme décoration : elle traverse les rapports familiaux, l’humour, la musique et la manière dont les personnages envisagent leur communauté. La famille Reyes peut parfois sembler volontairement excessive, mais cette exubérance constitue précisément une partie de l’identité du film.

Blue Beetle aborde également les différences sociales entre les Reyes et les Kord sans transformer constamment son récit en démonstration. D’un côté, une famille possédant peu mais vivant collectivement ; de l’autre, une puissance industrielle construite autour du contrôle et de l’héritage. Le parallèle n’est pas particulièrement subtil, mais il donne davantage de substance à une aventure qui aurait facilement pu se limiter à son armure extraterrestre.

Arriver chez DC au pire moment possible

La grande ironie de Blue Beetle vient finalement de sa date de sortie. Le film introduit un nouveau héros exactement au moment où l’ancien univers DC est en train de disparaître. Contrairement à The Flash, il souffre cependant beaucoup moins de cette situation puisqu’il ne dépend presque jamais de la continuité précédente.

Et c’est peut-être rétrospectivement l’une de ses meilleures décisions. Jaime Reyes existe suffisamment par lui-même pour que le spectateur n’ait pas besoin de connaître dix films précédents. L’univers de Batman et Superman semble exister quelque part autour de lui, mais Blue Beetle ne passe pas son temps à réclamer leur présence. Après des années à vouloir connecter chaque héros à quelque chose de plus grand, DC retrouve momentanément le plaisir d’en présenter simplement un nouveau.

En résumé

Blue Beetle ne révolutionne absolument pas le film de super-héros et son intrigue emprunte beaucoup aux origin stories qui l’ont précédé. Ses antagonistes manquent également de relief et plusieurs passages restent prisonniers des automatismes du genre.

Mais Xolo Maridueña est immédiatement attachant, le Scarabée offre quelques bonnes idées et surtout la famille Reyes apporte au film une chaleur et une identité bienvenues. Une aventure simple, généreuse et familiale qui fonctionne justement parce qu’elle ne cherche jamais à sauver tout l’univers DC.

L’avis des lecteurs

Les lecteurs donnent leur avis

Pas encore de note lecteur

Aucune critique de lecteur pour le moment. Sois le premier à partager la tienne.

Tu as vu ce film ? Partage ton avis avec les autres lecteurs.

✕
Mikl Mayer

GRATUIT
VOIR