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Doctor Strange

Affiche de Doctor Strange

Doctor Strange

Titre original : Doctor Strange

Réalisation : Scott Derrickson

Avec : Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Rachel McAdams, Mads Mikkelsen

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : Durée :

Adaptation : Comics

Sortie : 26 octobre 2016

★★★★★ 4/5

En 2016, le MCU accueille un héros très différent de ceux qui l’ont construit jusque-là. Réalisé par Scott Derrickson, Doctor Strange confie à Benedict Cumberbatch le rôle de Stephen Strange, brillant neurochirurgien dont la vie bascule après un grave accident. Aux côtés de Chiwetel Ejiofor, Rachel McAdams, Tilda Swinton et Mads Mikkelsen, Marvel introduit avec lui la magie, les dimensions parallèles et une nouvelle branche de son univers.

Stephen Strange : Tony Stark avec une cape ?

La comparaison paraît inévitable. Lorsque Stephen Strange apparaît, c’est un homme brillant, riche, arrogant et parfaitement conscient de sa supériorité intellectuelle. Comme Tony Stark, il va devoir subir une catastrophe physique avant de remettre en question l’existence qu’il menait. Marvel reprend donc une mécanique déjà bien connue.

Benedict Cumberbatch empêche heureusement Strange de devenir une simple copie de Stark. Son arrogance est moins charmeuse et plus froide. Strange a bâti toute son identité autour de ses mains et de ses capacités intellectuelles ; lorsqu’il perd la possibilité d’opérer, il ne perd pas seulement son métier mais ce qui lui permettait de se considérer comme exceptionnel.

Son apprentissage mystique devient alors intéressant parce qu’il exige exactement ce dont il est incapable : accepter qu’il existe des choses qu’il ne comprend pas. Strange maîtrise parfaitement le monde tant que celui-ci obéit à sa logique ; devenir sorcier commence précisément lorsqu’il accepte que ce ne soit plus le cas.

Kamar-Taj fait entrer la magie dans le MCU sans tout bouleverser

Après les armures d’Iron Man, les expériences scientifiques et les divinités d’Asgard, intégrer de véritables sorciers pouvait facilement donner l’impression que Marvel changeait complètement les règles de son univers. Le film accompagne intelligemment le spectateur dans cette transition à travers le scepticisme de Strange.

L’Ancien lui présente progressivement une réalité beaucoup plus vaste : projection astrale, dimensions alternatives, portails et manipulation de la matière. Le scénario prend suffisamment de temps pour établir ses règles avant de libérer totalement son imagination. La magie devient ainsi une nouvelle discipline avec son apprentissage, ses artefacts et ses limites plutôt qu’un simple moyen de résoudre arbitrairement les problèmes.

Le choix de Tilda Swinton pour incarner l’Ancien avait cependant suscité une controverse dès l’époque de la sortie, le personnage des comics étant traditionnellement tibétain. Indépendamment de cette question d’adaptation, l’actrice apporte au personnage une étrangeté et une sérénité qui fonctionnent particulièrement bien face à l’assurance de Strange.

Quand les effets spéciaux servent réellement une idée

C’est probablement sur le plan visuel que Doctor Strange marque le plus fortement son époque. Les villes se replient, les rues tournent sur elles-mêmes, les bâtiments deviennent des engrenages gigantesques et les personnages combattent dans des espaces dont les lois physiques peuvent changer à chaque instant.

L’influence d’Inception est difficile à ignorer, mais Scott Derrickson pousse le principe beaucoup plus loin grâce à la dimension magique de son univers. La poursuite dans la dimension miroir reste particulièrement spectaculaire parce qu’elle ne consiste pas simplement à multiplier les explosions : l’environnement lui-même devient l’arme et le terrain du combat.

Le film possède ainsi une identité visuelle immédiatement reconnaissable. À une période où la formule esthétique du MCU commence déjà à devenir familière, Doctor Strange donne réellement l’impression d’ouvrir une porte vers quelque chose de nouveau.

Une cape qui réussit à devenir un personnage

Parmi toutes les bonnes idées du film, la Cape de Lévitation est peut-être la plus inattendue. Elle aurait pu rester un simple accessoire permettant à Strange de voler. Le scénario décide au contraire de lui donner une véritable personnalité sans jamais la faire parler.

Elle choisit Strange, intervient lorsqu’elle estime qu’il prend une mauvaise décision et participe directement à plusieurs gags. La relation fonctionne immédiatement parce que Benedict Cumberbatch joue très sérieusement face à un morceau de tissu animé.

C’est un petit détail, mais il illustre parfaitement ce que le film réussit lorsqu’il assume pleinement l’étrangeté des comics. Doctor Strange n’a pas seulement besoin de pouvoirs : son univers doit être capable de rendre parfaitement naturelle l’idée qu’une cape magique puisse avoir davantage de caractère que certains personnages humains.

Kaecilius méritait mieux que le traitement habituel des méchants Marvel

Mads Mikkelsen constitue en revanche une occasion largement manquée. Kaecilius possède pourtant une motivation plus intéressante qu’un simple désir de domination. Il refuse l’idée de la mort et considère la promesse d’une existence éternelle comme une libération plutôt que comme une menace.

Cette philosophie aurait pu entrer directement en conflit avec Strange, dont toute l’existence repose justement sur son incapacité à accepter la perte. Mais le film n’exploite que partiellement cette opposition. Kaecilius devient surtout l’adversaire qu’il faut poursuivre entre deux démonstrations de magie.

Mads Mikkelsen lui apporte suffisamment de présence pour éviter l’insignifiance, mais le personnage reste bien moins mémorable que l’univers qui l’entoure. Comme souvent dans les premières années du MCU, Marvel trouve un acteur formidable avant de lui donner un méchant qui n’exploite qu’une partie de son potentiel.

Mordo prépare déjà un conflit plus intéressant

Chiwetel Ejiofor bénéficie d’un personnage plus subtil. Karl Mordo commence comme allié de Strange et croit profondément aux règles qui régissent les arts mystiques. Là où Strange cherche rapidement à comprendre comment contourner ces règles, Mordo considère leur respect comme indispensable au maintien de l’ordre.

Leur opposition se construit donc progressivement sans avoir besoin de transformer immédiatement Mordo en antagoniste. Strange découvre que même l’Ancien accepte certains compromis, tandis que Mordo supporte de moins en moins les contradictions entre les principes qu’on lui a enseignés et les actes de ceux qui les défendent.

Cette évolution promettait d’ailleurs un affrontement particulièrement intéressant pour la suite de la saga. Avec le recul, il est dommage que cette piste n’ait pas réellement été exploitée dans le deuxième film.

Dormammu permet un final beaucoup plus intelligent que prévu

Après avoir multiplié les transformations urbaines et les combats spectaculaires, Doctor Strange aurait facilement pu terminer par un gigantesque duel magique. Le film choisit heureusement une solution beaucoup plus adaptée à son protagoniste.

Strange comprend qu’il ne peut pas vaincre son adversaire par la puissance. Il utilise donc son intelligence, sa compréhension du temps et surtout sa capacité nouvelle à accepter quelque chose que le Stephen Strange du début aurait considéré comme impensable : perdre encore et encore pour sauver les autres.

C’est ce qui rend le final particulièrement réussi. Le héros ne gagne pas parce qu’il est devenu le sorcier le plus puissant, mais parce qu’il accepte volontairement de souffrir. L’homme qui consacrait son talent à protéger ses mains finit par accepter de sacrifier tout son être pour protéger des inconnus. La boucle fonctionne remarquablement bien.

Une origin story classique dans un emballage extraordinaire

Dans sa structure, Doctor Strange reste finalement assez traditionnel. Un homme arrogant connaît une chute, découvre un nouveau monde, apprend à maîtriser ses pouvoirs puis affronte une menace qui lui permet de devenir véritablement héroïque. Après Iron Man, Thor ou Ant-Man, Marvel connaît parfaitement cette mécanique.

Mais la familiarité du scénario est compensée par l’univers qu’il introduit. La magie, la dimension miroir, le voyage astral, l’Œil d’Agamotto et les possibilités offertes par les dimensions donnent au MCU un nouveau terrain de jeu considérable.

C’est donc moins son histoire que la manière dont elle est racontée qui distingue réellement Doctor Strange. Marvel applique encore sa formule, mais l’utilise pour ouvrir une partie de son univers qui semblait jusque-là inaccessible.

En résumé

Doctor Strange repose sur une origin story très classique et souffre d’un antagoniste sous-exploité, mais Benedict Cumberbatch impose immédiatement Stephen Strange tandis que Scott Derrickson offre au MCU l’un de ses univers visuels les plus inventifs. Son excellent final démontre surtout que le héros peut gagner autrement qu’en frappant plus fort que son adversaire.

 

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