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Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Affiche de Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Titre original : Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Réalisation : Sam Raimi

Avec : Benedict Cumberbatch, Elizabeth Olsen, Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 2 h 06

Adaptation : Comics

Sortie : 4 mai 2022

★★★★★ 4/5

Six ans après sa première aventure solo, Doctor Strange revient au centre du MCU avec Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Sorti en 2022 et réalisé par Sam Raimi, le film retrouve Benedict Cumberbatch, Benedict Wong, Chiwetel Ejiofor et Rachel McAdams, tandis qu’Elizabeth Olsen y tient un rôle majeur après WandaVision. Xochitl Gomez rejoint également l’univers Marvel dans le rôle d’America Chavez, capable de voyager entre les réalités.

Sam Raimi réussit à faire entrer son cinéma dans la machine Marvel

Difficile de ne pas reconnaître Sam Raimi derrière certaines séquences. Mouvements de caméra agressifs, gros plans, déformations, morts étonnamment brutales pour Marvel, possession de corps et imagerie macabre : le réalisateur de Evil Dead parvient régulièrement à faire surgir son cinéma à l’intérieur du MCU.

Le résultat reste évidemment beaucoup plus sage qu’un véritable film d’horreur, mais Multiverse of Madness possède une personnalité que beaucoup de productions Marvel n’ont pas. Raimi transforme certaines confrontations en scènes de poursuite horrifiques et joue avec les codes du genre sans oublier le spectacle. Même lorsqu’on sent les limites imposées par un blockbuster familial, il existe derrière la caméra une véritable envie de s’amuser.

Cette identité devient particulièrement évidente lorsque Strange utilise des éléments franchement macabres pour retourner une situation à son avantage. Peu de films Marvel auraient osé associer aussi ouvertement magie super-héroïque et imaginaire horrifique.

Wanda devient la véritable menace du film

Elizabeth Olsen est probablement la grande force de Multiverse of Madness. Wanda n’est plus simplement l’Avenger extrêmement puissante des précédents films : elle devient une présence presque horrifique. Lorsqu’elle poursuit ses adversaires, le film la met parfois en scène comme une créature de film d’épouvante plutôt que comme une super-héroïne.

Son objectif reste pourtant profondément humain. Wanda veut retrouver les enfants qu’elle a connus dans la réalité qu’elle avait créée, et le Darkhold exploite précisément cette douleur. Le problème est que le passage entre la Wanda de WandaVision et celle que nous découvrons ici peut paraître brutal. Le film s’appuie énormément sur les événements de la série tout en accélérant encore sa corruption.

Elizabeth Olsen parvient néanmoins à maintenir une part de douleur derrière la violence du personnage. Wanda fait des choses terribles, mais l’actrice évite qu’elle devienne une simple méchante. Le plus inquiétant chez la Sorcière Rouge n’est pas seulement sa puissance : c’est sa capacité à considérer chaque atrocité comme un obstacle acceptable entre elle et ce qu’elle pense avoir perdu.

Doctor Strange rencontre enfin quelqu’un d’aussi dangereux que lui : lui-même

Le multivers permet surtout au film de confronter Stephen Strange à différentes versions de sa propre personnalité. Toutes ne sont pas développées avec la même profondeur, mais une idée revient constamment : que se passe-t-il lorsqu’un homme persuadé d’être le plus compétent dans la pièce dispose réellement d’un pouvoir presque sans limites ?

Benedict Cumberbatch joue un Strange plus expérimenté, mais qui conserve son besoin de contrôler les événements. Il accepte difficilement de confier à quelqu’un d’autre une responsabilité qu’il pense pouvoir assumer lui-même. Ses variantes deviennent ainsi des avertissements : son intelligence et sa détermination peuvent sauver le monde, mais elles peuvent également devenir dangereuses lorsqu’elles ne rencontrent plus aucune limite.

Le parcours est moins spectaculaire qu’il n’y paraît. Strange doit finalement apprendre qu’être le héros ne signifie pas nécessairement être celui qui possède la solution. Pour un personnage qui a construit toute sa vie sur l’idée qu’il était meilleur que les autres, ce n’est pas un détail.

America Chavez : une bonne idée encore trop peu développée

Xochitl Gomez apporte beaucoup d’énergie à America Chavez. Son pouvoir est également parfait pour un film consacré au multivers : elle ne crée pas simplement des portails entre deux endroits, mais traverse littéralement les réalités.

Pourtant, America reste longtemps davantage un enjeu qu’un véritable moteur de l’histoire. Wanda veut absorber son pouvoir, Strange veut la protéger et une grande partie du scénario dépend donc de ce qu’elle représente plutôt que de ses propres décisions. Son passé est esquissé rapidement et ses capacités attendent l’inévitable moment où elle devra apprendre à les contrôler.

La relation avec Strange fonctionne cependant plutôt bien. Elle oblige surtout le sorcier à évoluer : au lieu de résoudre lui-même la situation, il doit progressivement accepter de faire confiance à la jeune fille. America aurait mérité davantage de développement, mais elle sert au moins directement l’évolution du héros.

Le multivers est spectaculaire… mais finalement assez peu exploré

Le titre promettait une véritable folie multiverselle. Le film offre bien une séquence dans laquelle Strange et America traversent une succession de réalités, avec des univers faits de peinture, des environnements futuristes et différentes variations du monde. Visuellement, le passage est superbe.

Mais il est aussi extrêmement rapide. Une fois cette démonstration terminée, le récit se concentre essentiellement sur quelques univers. Pour un film intitulé Multiverse of Madness, la sensation d’exploration reste donc étonnamment limitée.

C’est l’un des paradoxes du film : il possède un concept pratiquement sans limites, mais raconte finalement une histoire relativement simple de poursuite. Le multivers fonctionne davantage comme un outil permettant à Raimi de créer des situations étranges que comme un territoire réellement exploré. La folie annoncée par le titre vient finalement davantage de la mise en scène que du nombre de mondes visités.

Les Illuminati : fan service et démonstration de puissance

L’arrivée des Illuminati constitue évidemment l’un des grands moments de fan service. Marvel profite du multivers pour introduire plusieurs figures inattendues et jouer avec les attentes du public. La scène fonctionne d’abord grâce au plaisir de découvrir cette équipe et les possibilités qu’elle ouvre.

Mais Raimi utilise rapidement ces personnages d’une manière beaucoup plus intéressante : ils servent à démontrer à quel point Wanda est devenue dangereuse. Plutôt que de transformer leur présence en longue promesse pour l’avenir, le film les utilise dans le récit qu’il est en train de raconter.

C’est à la fois réjouissant et frustrant. Certaines apparitions auraient mérité davantage de temps, mais leur brièveté évite également de transformer complètement Doctor Strange en catalogue de caméos. Contrairement à certains usages du multivers, les références ne deviennent pas totalement le sujet du film.

Le duel musical : probablement l’idée la plus folle du film

Sam Raimi trouve également des manières originales de représenter la magie. Le combat entre deux versions de Strange utilisant des notes de musique comme projectiles est exactement le genre d’idée visuelle que le personnage mérite.

La séquence est excessive, presque cartoonesque, mais parfaitement cohérente avec l’univers. Les partitions deviennent des armes et la musique elle-même participe au combat. Raimi ne cherche pas seulement à montrer deux sorciers projetant des rayons colorés l’un sur l’autre : il tente de trouver une grammaire différente pour leurs pouvoirs.

Ce genre de moment donne au film son identité. Doctor Strange avait déjà démontré que la magie pouvait permettre au MCU d’expérimenter visuellement. Multiverse of Madness va parfois encore plus loin en laissant la mise en scène devenir elle-même étrange.

Un film imparfait, mais qui ressemble réellement à quelque chose

Le scénario est loin d’être irréprochable. Wanda évolue brutalement par rapport à WandaVision, America Chavez reste sous-développée et le multivers aurait pu être beaucoup plus ambitieux. Le film semble parfois courir pour relier toutes ses idées en seulement un peu plus de deux heures.

Mais cette imperfection possède presque quelque chose de rafraîchissant. Multiverse of Madness est bizarre, parfois excessif, parfois maladroit et visuellement débordant. On retrouve les obsessions de Sam Raimi, son goût pour l’horreur, le burlesque et les personnages physiquement malmenés.

Après de nombreux films construits autour d’une formule de plus en plus identifiable, voir un réalisateur imprimer aussi clairement sa personnalité à une production Marvel fait énormément de bien. Ce n’est peut-être pas le multivers le plus fou que promettait son titre, mais c’est certainement l’un des films les plus étranges du MCU.

En résumé

Doctor Strange in the Multiverse of Madness n’exploite pas complètement les possibilités infinies de son concept et bouscule parfois trop brutalement l’évolution de Wanda. Mais Sam Raimi lui apporte une véritable personnalité, Elizabeth Olsen est impressionnante et plusieurs séquences comptent parmi les plus inventives du MCU.

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