Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux
Titre original : Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings
Avec : Simu Liu, Awkwafina, Tony Leung, Meng'er Zhang, Michelle Yeoh
Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France
Durée : 2 h 12
Adaptation : Comics
Sortie : 1 septembre 2021
Sorti en 2021 et réalisé par Destin Daniel Cretton, Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux introduit un nouveau héros dans le MCU avec Simu Liu. Le film puise dans les comics Marvel tout en réinventant profondément plusieurs éléments de cet héritage, notamment le père de Shang-Chi, incarné par Tony Leung, et l’organisation des Dix Anneaux déjà évoquée depuis les débuts de l’univers cinématographique.
Shang-Chi, un héros qui cherche surtout à échapper à son passé
Shang-Chi commence presque à l’opposé du super-héros Marvel traditionnel. Installé à San Francisco sous le nom de Shaun, il mène une existence volontairement banale avec Katy et semble parfaitement heureux de ne rien accomplir d’extraordinaire. Ce quotidien cache évidemment une enfance beaucoup moins paisible.
Simu Liu fonctionne particulièrement bien dans cette simplicité. Son personnage n’a ni l’arrogance de Tony Stark ni la solennité de Steve Rogers : c’est un homme qui a passé une partie de sa vie à fuir ce qu’on voulait faire de lui. Le film devient alors autant une histoire d’acceptation de son héritage qu’une origin story classique.
Sa relation avec sa sœur Xialing permet également de montrer les conséquences différentes d’une même éducation. Shang-Chi a fui son père ; elle a dû apprendre à survivre sans l’attention qu’il accordait à son fils.
Tony Leung donne au film l’un des meilleurs antagonistes du MCU
La véritable réussite du film reste cependant Wenwu. Marvel aurait facilement pu en faire un conquérant immortel obsédé par le pouvoir. Tony Leung lui apporte au contraire une mélancolie et une retenue qui le rendent immédiatement plus intéressant.
Wenwu est capable d’une violence considérable, mais son parcours repose surtout sur la perte de sa femme. Son amour devient progressivement une obsession, puis une faiblesse que d’autres peuvent exploiter. Le personnage commet des actes terribles sans être réduit à un simple monstre.
Le film réussit ainsi quelque chose que Marvel peine régulièrement à faire : donner à son antagoniste une motivation intimement liée au héros. Shang-Chi ne doit pas seulement vaincre Wenwu. Il doit décider ce qu’il veut conserver de l’héritage de son père et ce qu’il refuse de reproduire.
Des combats qui racontent réellement quelque chose
C’est probablement là que Shang-Chi se distingue le plus immédiatement. Les premières scènes d’action privilégient les corps, les déplacements et la chorégraphie plutôt que les explosions. Le combat dans le bus est particulièrement réussi : l’espace est compréhensible, chaque mouvement possède une fonction et Simu Liu peut véritablement montrer les capacités de son personnage.
La rencontre entre Wenwu et Ying Li adopte une approche totalement différente. Leur affrontement ressemble presque à une danse, utilisant la fluidité des mouvements pour raconter leur attirance. Deux scènes de combat peuvent ainsi avoir des rythmes et des significations complètement différents.
Cette influence du cinéma d’arts martiaux donne au film une identité dont beaucoup de productions Marvel manquent parfois. Dommage que le dernier acte s’éloigne progressivement de cette simplicité.
Katy, Xialing et une famille qui existe au-delà du héros
Awkwafina apporte avec Katy l’essentiel de la légèreté du film. Son humour peut parfois sembler très marqué par les habitudes du MCU, mais son amitié avec Shang-Chi fonctionne parce qu’elle existe avant même l’arrivée des super-pouvoirs et des enjeux fantastiques.
Xialing est plus intéressante encore. Meng’er Zhang incarne une femme qui s’est construite précisément parce qu’on refusait de lui apprendre ce que son frère avait le droit d’étudier. Le film aurait probablement gagné à lui accorder davantage de place tant son rapport à Wenwu complète intelligemment celui de Shang-Chi.
Michelle Yeoh apporte enfin une élégance presque immédiate à la dernière partie. Sa présence accompagne le passage du film des arts martiaux vers un imaginaire beaucoup plus ouvertement mythologique.
Quand Marvel reprend finalement le dessus
C’est aussi la principale faiblesse de Shang-Chi. Pendant une grande partie du film, Destin Daniel Cretton construit une aventure relativement personnelle, portée par les relations familiales et des combats physiques particulièrement lisibles.
Puis arrive le traditionnel troisième acte gigantesque. Créatures numériques, armées, pouvoirs et menace capable de provoquer une catastrophe prennent progressivement la place du conflit familial. Le spectacle reste efficace et les Dix Anneaux offrent de belles possibilités visuelles, mais le film devient paradoxalement moins singulier à mesure qu’il devient plus spectaculaire.
Le duel entre Shang-Chi et son père est infiniment plus intéressant que la débauche numérique qui l’entoure. Marvel possédait avec Wenwu un antagoniste suffisamment fort pour ne pas avoir besoin d’ajouter une menace encore plus énorme derrière lui.
Les Dix Anneaux trouvent enfin leur place
Le film réussit également à réutiliser un élément présent dans le MCU depuis Iron Man. Les Dix Anneaux cessent d’être une organisation vaguement menaçante pour devenir l’héritage de Wenwu, tandis que les anneaux eux-mêmes sont complètement réinventés.
Ils constituent surtout une excellente extension des combats. Selon leur utilisateur, ils peuvent devenir armes, projectiles, protections ou moyens de déplacement. Leur fonctionnement accompagne donc les différences entre Wenwu et Shang-Chi plutôt que de se limiter à produire des rayons colorés.
C’est précisément lorsque Shang-Chi associe spectacle et personnalité qu’il est le plus convaincant. Le film n’échappe pas entièrement à la formule Marvel, mais possède suffisamment d’identité pour ne jamais donner l’impression d’être une simple origin story interchangeable.
En résumé
Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux réussit son nouveau héros grâce à d’excellents combats, une vraie identité et surtout un remarquable Tony Leung. Son dernier acte trop chargé en effets numériques dilue un peu ce qui faisait sa force, sans effacer une aventure particulièrement solide.
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