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Captain Marvel

Affiche de Captain Marvel

Captain Marvel

Titre original : Captain Marvel

Réalisation : Anna Boden et Ryan Fleck

Avec : Brie Larson, Samuel L. Jackson, Ben Mendelsohn, Jude Law

Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France

Durée : 2 h 04

Adaptation : Comics

Sortie : 6 mars 2019

★★★★★ 3/5

Sorti en 2019 entre Avengers: Infinity War et Avengers: Endgame, Captain Marvel introduit Carol Danvers dans le MCU sous les traits de Brie Larson. Réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck, le film remonte dans les années 1990 pour raconter les origines de l’héroïne, tout en retrouvant un Nick Fury plus jeune et en développant le conflit entre les Krees et les Skrulls.

Carol Danvers, une héroïne à la recherche d’elle-même

Le choix de raconter les origines de Carol à travers une mémoire fragmentée est plutôt intéressant. Lorsqu’elle apparaît, elle croit appartenir aux Krees et ne possède que quelques souvenirs de son existence sur Terre. Le spectateur découvre donc son passé en même temps qu’elle.

Mais cette construction crée également une certaine distance avec le personnage. Pendant une bonne partie du film, Carol ignore elle-même qui elle est, ce qui limite forcément la possibilité de définir clairement sa personnalité. Brie Larson fonctionne davantage lorsque son personnage commence à remettre en question ce qu’on lui a appris et retrouve progressivement son indépendance.

Le problème n’est donc pas que Captain Marvel soit trop puissante. Superman l’est également et cela n’empêche pas d’écrire de bonnes histoires. La difficulté consiste plutôt à lui trouver des enjeux qui ne reposent pas uniquement sur la capacité à vaincre physiquement son adversaire.

Le retournement Kree/Skrull est la meilleure idée du film

Captain Marvel joue intelligemment avec les apparences. Les Skrulls sont d’abord présentés comme des envahisseurs capables de prendre l’apparence de n’importe qui, ce qui permet au film d’emprunter brièvement au thriller paranoïaque.

Ben Mendelsohn apporte surtout beaucoup à Talos. Derrière l’ennemi apparemment menaçant apparaît progressivement un personnage beaucoup plus humain, et le conflit prend une dimension différente lorsque Carol comprend que l’histoire qu’on lui a racontée n’était qu’une version des événements.

Cette remise en question fonctionne bien avec son propre parcours. Carol ne retrouve pas simplement sa mémoire : elle découvre que son identité entière a été reconstruite par ceux qui voulaient contrôler ses pouvoirs.

Jude Law et les Krees auraient mérité davantage

Yon-Rogg devait logiquement incarner cette manipulation. Jude Law possède la présence nécessaire et sa relation avec Carol installe correctement l’idée d’un mentor qui prétend lui apprendre à maîtriser ses émotions tout en cherchant surtout à la maintenir sous contrôle.

Mais le personnage devient finalement assez prévisible. Une fois les véritables enjeux révélés, le film ne lui accorde plus énormément d’épaisseur. L’Intelligence Suprême souffre du même problème : l’idée est intéressante, mais son exploitation reste assez limitée.

C’est dommage, car la manipulation de Carol constitue un enjeu beaucoup plus intéressant que la traditionnelle bataille finale. Le film touche à quelque chose de fort autour du contrôle et de l’identité sans réellement pousser ces thèmes très loin.

Nick Fury apporte beaucoup de légèreté

Samuel L. Jackson bénéficie d’un rajeunissement numérique particulièrement convaincant et retrouve un Nick Fury très différent du directeur du S.H.I.E.L.D. que nous connaissions. En 1995, il est moins méfiant, plus souriant et beaucoup plus facilement impressionné par ce qu’il découvre.

Son duo avec Carol fonctionne bien et permet au film d’adopter par moments les codes du buddy movie. Goose apporte également une dose d’absurdité bienvenue.

En revanche, l’explication donnée à la perte de l’œil de Fury ressemble davantage à un gag qu’à une véritable révélation. Après des années durant lesquelles le personnage entretenait lui-même le mystère autour de cette blessure, le choix est amusant sur le moment mais un peu facile.

Les années 90 : une bonne ambiance, parfois trop appuyée

Blockbuster, les ordinateurs interminablement lents, les cabines téléphoniques et la bande originale permettent au film d’affirmer immédiatement son époque. Le procédé fonctionne d’autant mieux qu’il distingue visuellement Captain Marveldes autres productions du MCU.

Mais comme souvent lorsqu’un film repose fortement sur la nostalgie, certains éléments paraissent parfois placés uniquement pour rappeler au spectateur : « nous sommes dans les années 90 ». La musique elle-même est efficace, mais certaines chansons semblent davantage choisies pour leur reconnaissance immédiate que pour ce qu’elles racontent réellement.

Cette ambiance reste néanmoins l’une des principales personnalités du film, surtout lorsqu’elle accompagne les séquences plus terrestres avec Fury.

Quand Captain Marvel devient presque trop puissante pour le film

Une fois Carol libérée des restrictions imposées par les Krees, Captain Marvel rencontre un problème assez évident : pratiquement plus rien ne semble capable de lui résister. Vaisseaux, soldats et missiles deviennent soudainement des obstacles relativement anecdotiques.

Visuellement, cette démonstration de puissance fonctionne et permet enfin de comprendre pourquoi Nick Fury pensera à elle lorsque Thanos apparaîtra. Dramatiquement, c’est moins intéressant. Le combat final ne peut plus réellement produire de suspense puisque le rapport de force est complètement déséquilibré.

Le film trouve d’ailleurs une réponse amusante à cette situation avec Yon-Rogg : Carol n’a plus besoin de prouver quoi que ce soit à son ancien mentor. C’est cohérent avec son évolution, mais cela souligne aussi combien il sera difficile pour le MCU de trouver des adversaires capables de réellement la mettre en difficulté.

Un film important pour le MCU, moins marquant comme film

Captain Marvel possède de bonnes idées : le retournement autour des Skrulls, la relation Carol-Fury, Maria Rambeau et la question de l’identité permettent de construire une origin story différente de celles d’Iron Man ou Captain America. Brie Larson possède également suffisamment de présence pour installer son personnage.

Mais l’ensemble reste étonnamment sage. La réalisation manque parfois de personnalité, les antagonistes sont insuffisamment développés et Carol elle-même met beaucoup de temps à devenir autre chose que le mystère autour duquel tourne le scénario.

À quelques semaines d’Endgame, Captain Marvel ressemblait forcément à l’introduction d’une héroïne appelée à jouer un rôle majeur dans l’avenir du MCU. Pris indépendamment de cette gigantesque continuité, le film apparaît surtout comme une origin story correcte qui aurait pu être beaucoup plus singulière.

Captain Marvel possède des pouvoirs extraordinaires. Son premier film, lui, reste malheureusement beaucoup plus ordinaire.

En résumé

Captain Marvel propose quelques bonnes idées, notamment autour des Skrulls, de Nick Fury et de la manipulation de Carol, mais manque d’une véritable personnalité. Brie Larson convainc davantage à mesure que son héroïne s’émancipe, sans empêcher cette origin story de rester assez conventionnelle.

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