Les Éternels
Titre original : Eternals
Avec : Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie, Salma Hayek
Production / distribution : Marvel Studios / The Walt Disney Company France
Durée : 2 h 36
Adaptation : Comics
Sortie : 3 novembre 2021
Après Nomadland, Chloé Zhao rejoint le MCU avec Les Éternels, sorti en 2021. Le film introduit d’un seul coup une nouvelle équipe composée notamment de Sersi, Ikaris, Kingo, Thena, Gilgamesh, Phastos, Druig et Makkari, des êtres envoyés sur Terre des milliers d’années auparavant par les Célestes. Gemma Chan, Richard Madden, Kumail Nanjiani, Angelina Jolie et Salma Hayek figurent parmi un casting particulièrement imposant.
Dix nouveaux héros, c’est beaucoup pour un seul film
L’ambition des Éternels est immédiatement son principal problème. Là où les Avengers avaient été introduits progressivement dans plusieurs films, Chloé Zhao doit présenter presque toute une équipe, raconter plusieurs millénaires de son histoire, expliquer les Célestes, les Déviants et construire une menace suffisamment importante pour justifier leur réunion.
Le résultat est dense, parfois beaucoup trop. Les nombreux retours dans le passé permettent de comprendre les relations entre les personnages, mais ralentissent régulièrement le récit. Certains Éternels disposent d’une véritable personnalité tandis que d’autres semblent encore attendre le film qui permettra réellement de les connaître.
Cette construction donne parfois l’impression de regarder une saison de série condensée en 2 h 36. Il y avait probablement suffisamment de matière pour prendre beaucoup plus de temps avec ces personnages.
Sersi et Ikaris : une histoire d’amour qui manque curieusement de chaleur
Sersi est placée au centre du récit et Gemma Chan apporte une douceur intéressante au personnage. Contrairement à beaucoup de héros Marvel, elle ne cherche ni le pouvoir ni la reconnaissance. Son attachement aux humains définit largement sa manière de voir le monde.
Face à elle, Richard Madden campe un Ikaris beaucoup plus froid et distant. Le contraste pourrait fonctionner, mais leur romance peine à devenir le cœur émotionnel que le scénario voudrait construire. Pour deux êtres qui ont partagé plusieurs siècles ensemble, leur relation paraît étonnamment peu passionnée.
C’est dommage, car les choix d’Ikaris prennent beaucoup plus de poids lorsque l’on comprend le conflit entre ses sentiments et sa fidélité à la mission des Célestes. L’idée est forte ; l’émotion l’est moins.
Les personnages secondaires sont souvent les plus intéressants
Paradoxalement, Les Éternels devient régulièrement plus vivant lorsqu’il s’éloigne de ses deux personnages principaux. Kumail Nanjiani apporte avec Kingo une légèreté bienvenue, tandis que Brian Tyree Henry donne à Phastos une véritable fragilité derrière ses capacités extraordinaires.
Barry Keoghan est également très intéressant en Druig, personnage beaucoup plus ambigu dans son rapport à l’humanité. Makkari bénéficie quant à elle d’une représentation de la super-vitesse particulièrement réussie : Lauren Ridloff donne une énergie formidable à chacune de ses apparitions.
Enfin, le duo formé par Thena et Gilgamesh apporte certains des moments les plus touchants du film. Angelina Jolie donne à Thena une vulnérabilité inattendue tandis que Ma Dong-seok impose une présence à la fois puissante et chaleureuse. Avec autant de bonnes idées dispersées dans l’équipe, on regrette encore davantage que le film n’ait pas le temps de toutes les développer.
Chloé Zhao apporte tout de même quelque chose de différent à Marvel
Visuellement, Les Éternels se distingue d’une bonne partie du MCU. Chloé Zhao privilégie régulièrement les décors naturels, les grands espaces et une lumière moins artificielle. Les personnages apparaissent minuscules face aux paysages ou aux Célestes, ce qui correspond parfaitement à une histoire qui veut constamment rappeler l’échelle gigantesque de son univers.
Les pouvoirs bénéficient également d’une belle cohérence visuelle grâce aux motifs dorés qui les accompagnent. Makkari, Thena ou Phastos ne combattent pas de la même manière et les scènes d’action parviennent généralement à respecter les capacités de chacun.
Tout n’échappe évidemment pas au numérique, particulièrement lorsque les Déviants entrent en scène, mais Les Éternelspossède au moins une identité visuelle plus marquée que plusieurs productions Marvel de la même période.
Les Déviants : beaucoup d’importance pour finalement pas grand-chose
Les Déviants sont d’abord présentés comme la grande menace du film. Leur retour justifie la réunion des Éternels et l’un d’entre eux commence même à évoluer d’une manière qui semble annoncer quelque chose de beaucoup plus intéressant.
Mais cette piste finit par être étonnamment secondaire. Kro acquiert progressivement intelligence et conscience sans que le scénario sache réellement quoi faire de cette évolution. Le personnage devient presque superflu lorsque le véritable conflit apparaît.
C’est probablement l’une des occasions manquées du film. Les Éternels découvrent que leur propre mission n’est pas exactement celle qu’ils imaginaient tandis qu’un Déviant commence lui aussi à remettre en cause sa nature. Le parallèle était évident, mais reste largement inexploité.
Les Célestes donnent enfin une véritable sensation de gigantisme
En revanche, Les Éternels réussit particulièrement bien ses Célestes. Arishem n’est pas simplement un grand personnage numérique : sa taille devient une composante essentielle de sa présence. Face à lui, les Éternels semblent insignifiants.
Le film aborde ainsi des questions assez inhabituelles pour Marvel : faut-il sacrifier un monde pour permettre la naissance de milliards d’autres êtres ? La mission confiée aux Éternels est-elle moralement acceptable simplement parce qu’elle participe à un équilibre cosmique qui les dépasse ?
Ces interrogations donnent au film une ampleur intéressante. Le problème est encore une fois qu’elles doivent partager l’espace avec une dizaine de héros, plusieurs romances, les Déviants et des milliers d’années d’histoire.
Un film imparfait, mais plus intéressant que sa réputation
Les Éternels est souvent laborieux, trop long et beaucoup trop chargé. Il manque parfois d’émotion là où il devrait en avoir le plus et plusieurs personnages auraient clairement mérité davantage de développement. Pourtant, il est difficile de lui reprocher de simplement reproduire la formule Marvel.
Chloé Zhao tente une véritable fresque cosmique, avec une temporalité inhabituelle, une équipe très différente des Avengers et des héros qui ne sont pas forcément d’accord sur la nécessité de sauver l’humanité. Même son rythme plus contemplatif tranche avec les habitudes du studio.
Les Éternels échoue donc en partie parce qu’il veut raconter énormément de choses, mais cette ambition le rend aussi plus intéressant que certains films Marvel beaucoup mieux maîtrisés et infiniment plus interchangeables.
En résumé
Les Éternels souffre de son nombre de personnages, de sa longueur et d’un récit beaucoup trop chargé pour un seul film. Mais son identité visuelle, ses Célestes impressionnants et plusieurs personnages secondaires réussis en font une tentative imparfaite mais suffisamment singulière pour mériter mieux qu’un simple rejet.
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