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X-Men: Dark Phoenix

Affiche de X-Men: Dark Phoenix

X-Men: Dark Phoenix

Titre original : Dark Phoenix

Réalisation : Simon Kinberg

Avec : Sophie Turner, James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Jessica Chastain

Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, The Donners' Company / 20th Century Fox France

Durée : 1 h 54

Adaptation : Comics

Sortie : 5 juin 2019

★★★★★ 2/5

Après avoir introduit la puissance de Jean Grey dans Apocalypse, la saga tente une seconde fois d’adapter la célèbre histoire du Phénix noir. Simon Kinberg passe derrière la caméra et place Sophie Turner au centre du récit : lors d’une mission spatiale, Jean absorbe une mystérieuse énergie qui décuple ses pouvoirs tout en faisant ressurgir des traumatismes enfouis.

Jean Grey est enfin au centre de l’histoire

Contrairement à L’Affrontement final, Dark Phoenix fait véritablement de Jean Grey son personnage principal. Le film prend davantage le temps de montrer la jeune mutante perdre progressivement le contrôle de ses pouvoirs et découvrir que Charles Xavier lui a caché une partie de son passé.

Sophie Turner doit porter une grande partie du film sur ses épaules. Elle fonctionne plutôt bien lorsqu’elle exprime la peur et la confusion de Jean, beaucoup moins lorsque le scénario lui demande de devenir une menace presque apocalyptique.

Le problème vient surtout de la rapidité avec laquelle cette transformation se produit. Nous avons finalement assez peu connu cette version de Jean avant de devoir assister à sa chute.

L’émotion aurait certainement été beaucoup plus forte si plusieurs films avaient réellement construit son amitié avec les autres X-Men.

Xavier n’est plus tout à fait le héros irréprochable

L’une des idées les plus intéressantes du film consiste à remettre directement en question Charles Xavier.

Les X-Men sont désormais devenus des héros reconnus et Xavier entretient même une relation avec les autorités américaines. Cette reconnaissance semble progressivement flatter son ego et le pousse à accepter des missions toujours plus dangereuses.

James McAvoy montre ainsi un Charles beaucoup moins exemplaire qu’auparavant.

La révélation concernant l’enfance de Jean est encore plus importante. Xavier pensait la protéger en modifiant certains de ses souvenirs, mais cette décision revient également à choisir à sa place ce qu’elle est capable de supporter.

Le film pose alors une question intéressante : à partir de quel moment la volonté de protéger quelqu’un devient-elle une manière de le contrôler ?

Malheureusement, comme souvent dans Dark Phoenix, cette idée aurait mérité d’être davantage développée.

Mystique dit enfin ce que la saga semblait oublier

Raven est devenue une figure centrale de cette nouvelle chronologie, parfois au détriment des autres X-Men. Dark Phoenix semble presque en avoir conscience.

Mystique reproche notamment à Charles de mettre ses élèves en danger tout en restant confortablement à l’écart des combats. Elle questionne également sa manière de transformer les X-Men en symboles destinés à améliorer les relations avec les humains.

Jennifer Lawrence apparaît cependant beaucoup plus en retrait que dans les épisodes précédents.

La disparition de Mystique devrait constituer un véritable séisme pour l’équipe. Elle provoque effectivement la colère du Fauve et pousse Hank vers Magneto, mais le film peine encore une fois à donner suffisamment d’espace au deuil.

Un personnage présent depuis Le Commencement disparaît et le récit doit déjà repartir vers sa prochaine confrontation.

Magneto recommence encore le même parcours

Michael Fassbender reste irréprochable, mais Erik Lehnsherr commence sérieusement à tourner en rond.

Après avoir tenté de vivre paisiblement dans Apocalypse, Magneto s’est cette fois installé sur une île où des mutants peuvent vivre à l’écart du reste du monde. Jean vient chercher son aide, avant que les événements ne le conduisent une nouvelle fois vers la vengeance.

Fassbender parvient toujours à donner de la force au personnage, notamment lorsqu’Erik apprend la mort de Raven.

Mais la mécanique devient trop familière.

Magneto veut vivre en paix, un événement ravive sa colère, il se prépare à tuer quelqu’un puis finit par combattre aux côtés des X-Men. Après plusieurs films construits sur des variations de ce même parcours, le personnage semble avoir atteint les limites de ce que cette saga sait encore raconter avec lui.

Les extraterrestres sont le véritable point faible du film

Jessica Chastain incarne Vuk, une extraterrestre qui cherche à récupérer la force absorbée par Jean.

Et c’est probablement là que Dark Phoenix perd une grande partie de son intérêt.

Le conflit entre Jean, Xavier, Cyclope, le Fauve et Magneto suffisait largement à construire le film. Tous possèdent une relation personnelle avec Jean et chacun réagit différemment à sa transformation.

Vuk et les D’Bari ajoutent au contraire une menace extérieure assez générique.

Jessica Chastain adopte volontairement une interprétation froide et presque inhumaine, mais son personnage manque tellement de personnalité qu’il devient difficile de s’intéresser à ses objectifs.

Pour une histoire qui aurait dû être profondément intime, Dark Phoenix finit donc encore par avoir besoin d’extraterrestres menaçant la planète.

Cyclope retrouve enfin une véritable importance

Après avoir été particulièrement maltraité dans la première trilogie, Cyclope bénéficie heureusement d’un rôle beaucoup plus digne.

Tye Sheridan incarne un Scott qui refuse d’abandonner Jean lorsqu’elle commence à perdre le contrôle. Leur relation devient même l’un des rares éléments réellement chaleureux du film.

Scott ne cherche pas à vaincre Jean ni à décider à sa place. Il veut simplement la ramener auprès des siens.

C’est précisément ce dont le personnage avait besoin.

Malheureusement, leur relation avait été assez peu développée dans Apocalypse. Le film demande donc au spectateur d’accepter une proximité émotionnelle que la saga n’a pas vraiment pris le temps de construire.

Encore une fois, Dark Phoenix paie moins pour ce qu’il raconte que pour ce que les films précédents n’ont pas suffisamment raconté.

Un film étonnamment sombre et froid

Simon Kinberg cherche clairement à s’éloigner du gigantisme d’Apocalypse. La destruction de villes entières laisse place à des affrontements plus resserrés et à une ambiance beaucoup plus grave.

Sur le principe, c’était probablement la bonne direction.

Mais Dark Phoenix devient parfois tellement sérieux qu’il semble presque privé d’énergie. Les personnages parlent beaucoup de douleur, de colère, de culpabilité et de vengeance, sans que le film parvienne toujours à transmettre réellement ces émotions.

Même visuellement, l’ensemble paraît plus terne que Le Commencement ou Days of Future Past.

Le paradoxe est assez cruel : le film veut raconter l’histoire la plus émotionnelle de cette génération de X-Men, mais c’est également l’un de ses épisodes les plus froids.

Le combat du train réveille enfin le film

Il faut attendre le dernier acte pour retrouver une véritable énergie.

L’affrontement à bord du train fonctionne particulièrement bien parce que les X-Men recommencent enfin à agir comme une équipe. Magneto, Cyclope, Tornade, Diablo et les autres combinent leurs pouvoirs face aux D’Bari dans un espace relativement réduit.

La mise en scène retrouve alors une brutalité et une lisibilité qui manquaient à plusieurs affrontements précédents.

Magneto est particulièrement impressionnant et Diablo montre enfin à quel point son pouvoir peut devenir redoutable lorsqu’il cesse de se retenir.

Cette séquence arrive malheureusement très tard. Pendant quelques minutes, Dark Phoenix retrouve pourtant exactement ce que l’on attendait : des mutants différents utilisant intelligemment leurs capacités pour combattre ensemble.

Une deuxième occasion manquée pour le Phénix

Le plus frustrant reste que Hollywood disposait ici d’une deuxième chance.

L’Affrontement final avait déjà tenté de condenser le Phénix dans un film qui racontait beaucoup trop d’autres choses. Dark Phoenix pouvait donc prendre le temps de corriger cette erreur et construire entièrement son récit autour de Jean.

Il le fait davantage, mais pas suffisamment.

Jean devient bien le centre du film, pourtant son basculement reste précipité, les D’Bari parasitent son conflit intérieur et ses relations avec les autres personnages n’ont pas été assez développées auparavant pour donner toute leur puissance aux événements.

Le problème de Dark Phoenix n’est donc pas de reproduire exactement les erreurs de L’Affrontement final. C’est d’avoir compris certaines de ces erreurs sans parvenir à offrir au personnage la grande tragédie qu’il méritait.

En résumé

X-Men: Dark Phoenix possède quelques bonnes idées, notamment autour des erreurs de Xavier, et Sophie Turner livre une Jean Grey convaincante dans ses moments les plus fragiles. Michael Fassbender reste excellent et le combat du train offre enfin un final énergique. Mais des antagonistes extraterrestres sans relief, des relations insuffisamment développées et une atmosphère excessivement froide empêchent cette deuxième adaptation du Phénix de prendre véritablement son envol.

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