Wolverine : Le Combat de l’immortel
Titre original : The Wolverine
Avec : Hugh Jackman, Tao Okamoto, Rila Fukushima, Hiroyuki Sanada
Production / distribution : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, The Donners' Company / Twentieth Century Fox France
Durée : 2 h 06
Adaptation : Comics
Sortie : 24 juillet 2013
Quatre ans après X-Men Origins: Wolverine, Hugh Jackman retrouve Logan dans une aventure beaucoup plus personnelle. Situé après X-Men : L’Affrontement final, Wolverine : Le Combat de l’immortel envoie le mutant au Japon où un ancien soldat qu’il a sauvé durant la Seconde Guerre mondiale lui propose l’impensable : lui retirer son immortalité.
Un Wolverine hanté par Jean Grey
Le film fait un choix particulièrement intéressant en prenant réellement en compte les conséquences de L’Affrontement final. Logan n’est pas simplement reparti vivre de nouvelles aventures : il reste profondément marqué par la mort de Jean Grey, qu’il a lui-même été obligé de tuer.
Famke Janssen apparaît régulièrement sous la forme de visions. Jean représente à la fois la culpabilité de Logan et une tentation : celle d’abandonner enfin une existence qui semble condamnée à se poursuivre éternellement.
Pour une fois, l’immortalité de Wolverine n’est donc plus simplement un formidable avantage au combat. Elle devient son principal fardeau. Logan survit à ceux qu’il aime, traverse les décennies et semble incapable de trouver une véritable raison de continuer.
C’est probablement l’idée la plus forte du film.
Le Japon offre enfin quelque chose de différent à la saga
Envoyer Wolverine au Japon permet à James Mangold de s’éloigner complètement de l’univers visuel des précédents X-Men. Plus d’école Xavier, de Confrérie des mutants ou de guerre entre Charles et Magneto : Logan se retrouve dans un environnement dont il ne maîtrise ni les règles ni les traditions.
Le film mélange alors super-héros, thriller, yakuzas et références aux films de samouraïs. Cette identité fonctionne particulièrement bien dans sa première moitié, lorsque l’histoire reste relativement resserrée autour de Logan, Mariko et la famille Yashida.
Cette rupture fait énormément de bien au personnage. Contrairement à Origins, qui multipliait les mutants pour rappeler constamment son appartenance à l’univers X-Men, Le Combat de l’immortel accepte pendant longtemps de raconter simplement une histoire de Wolverine.
Hugh Jackman peut enfin explorer la fatigue de Logan
Hugh Jackman incarne Wolverine depuis plus de dix ans lorsque le film sort et cette longévité sert directement le personnage. Son Logan paraît fatigué, presque usé par une existence qui n’en finit jamais.
Lorsque Yashida lui propose de transférer son pouvoir de guérison, la question n’est donc pas absurde. Logan a perdu Jean, s’est éloigné des X-Men et ne semble plus particulièrement attaché à sa propre existence.
Le film exploite intelligemment cette lassitude lorsqu’il commence à perdre son facteur guérisseur. Pour la première fois depuis longtemps, une balle, une lame ou une simple blessure peuvent réellement avoir des conséquences.
Wolverine redécouvre ainsi sa propre vulnérabilité, mais également son envie de survivre.
Mariko permet de révéler un autre Logan
Tao Okamoto apporte beaucoup de douceur au personnage de Mariko. Sa relation avec Logan aurait facilement pu devenir une simple romance destinée à remplacer Jean Grey, mais le film évite en grande partie cet écueil.
Mariko représente surtout une personne que Logan choisit de protéger alors qu’il avait décidé de se couper du monde. Leur fuite permet au récit de ralentir et de montrer un Wolverine beaucoup moins préoccupé par les grandes batailles entre mutants.
Leur relation reste assez rapide, mais elle participe à la reconstruction du personnage. Logan comprend progressivement qu’aimer quelqu’un implique nécessairement la possibilité de le perdre, et que cette peur ne peut pas justifier de renoncer à vivre.
Jean reste d’ailleurs présente dans son esprit, empêchant le film de faire comme si son deuil pouvait disparaître simplement grâce à une nouvelle rencontre.
Yukio est l’une des belles réussites du film
Rila Fukushima apporte immédiatement beaucoup d’énergie à Yukio. Combattante redoutable capable d’entrevoir la mort des autres, elle devient rapidement bien davantage qu’une simple guide chargée d’accompagner Wolverine au Japon.
Son duo avec Logan fonctionne grâce au contraste entre leurs personnalités. Yukio est vive, directe et presque amusée par cet homme qui semble constamment vouloir rester seul alors qu’il finit toujours par protéger quelqu’un.
Son pouvoir apporte également une dimension intéressante au récit lorsqu’elle annonce à Logan qu’elle l’a vu mourir. Pour un personnage persuadé d’être pratiquement immortel, cette prédiction donne soudain une autre importance à chaque blessure.
La perte du facteur guérisseur change vraiment les combats
C’est probablement l’une des meilleures idées du scénario. Wolverine reste puissant grâce à son squelette en adamantium et à ses griffes, mais son corps ne répare plus immédiatement les dégâts.
Les affrontements retrouvent ainsi une tension que le personnage avait progressivement perdue. Logan peut saigner, s’affaiblir et même mourir.
La spectaculaire séquence sur le train à grande vitesse exploite particulièrement bien cette vulnérabilité. Wolverine reste capable de prouesses extraordinaires, mais chaque mouvement comporte désormais un véritable risque.
Le film montre alors qu’il n’était pas nécessaire de trouver un adversaire toujours plus puissant pour menacer Logan. Il suffisait simplement de lui retirer ce qui le rendait presque invincible.
Vipère manque malheureusement de subtilité
Svetlana Khodchenkova incarne Vipère avec une excentricité qui tranche fortement avec le reste du film. Le problème vient surtout du fait que le personnage appartient presque à un autre type de blockbuster.
Alors que l’intrigue japonaise fonctionne grâce à ses conflits familiaux et à la vulnérabilité nouvelle de Logan, Vipère apparaît comme une méchante beaucoup plus traditionnelle. Son apparence, ses pouvoirs et ses motivations semblent progressivement ramener le film vers les codes super-héroïques dont il s’était justement éloigné.
Le personnage reste visuellement identifiable, mais manque de profondeur. Plus son importance augmente, plus Le Combat de l’immortel perd la sobriété qui faisait fonctionner sa première moitié.
Le Samouraï d’Argent fait basculer le film dans le blockbuster classique
Le dernier acte constitue la principale faiblesse du film. Après avoir construit une aventure relativement intime autour de la mortalité de Logan, James Mangold finit par l’opposer à une gigantesque armure de samouraï composée d’adamantium.
Le Samouraï d’Argent possède une certaine efficacité visuelle et permet surtout une étape importante : Logan perd ses griffes d’adamantium et retrouve momentanément ses griffes osseuses.
Mais le combat paraît presque appartenir à un autre film.
Tout ce qui rendait Le Combat de l’immortel intéressant — la peur de mourir, le deuil de Jean, la culture japonaise, la reconstruction de Logan — se retrouve temporairement derrière un affrontement beaucoup plus mécanique.
Le spectacle fonctionne, mais il est moins intéressant que le personnage.
Une aventure imparfaite, mais beaucoup plus adaptée à Wolverine
Après X-Men Origins: Wolverine, cette deuxième aventure solo comprend beaucoup mieux ce qui rend Logan intéressant. Ses griffes et son facteur guérisseur comptent évidemment, mais son véritable problème est d’être condamné à survivre à presque tout.
Le Japon permet de l’isoler de l’univers X-Men et la perte de son pouvoir de guérison transforme intelligemment ses capacités habituelles en enjeu dramatique. Hugh Jackman bénéficie ainsi d’un personnage plus vulnérable et plus humain.
Le dernier acte gâche une partie de cette approche en revenant vers un blockbuster beaucoup plus classique, mais James Mangold pose déjà plusieurs idées qu’il poussera beaucoup plus loin quelques années plus tard avec Logan.
Pour la première fois, un film consacré uniquement à Wolverine comprend que son immortalité n’est pas seulement son plus grand pouvoir : c’est peut-être aussi sa plus grande malédiction.
En résumé
Wolverine : Le Combat de l’immortel est une nette amélioration après X-Men Origins. Le Japon offre une véritable identité au film, Hugh Jackman explore un Logan marqué par la mort de Jean Grey et la perte de son facteur guérisseur redonne enfin du danger aux combats. Vipère et un dernier acte beaucoup trop conventionnel empêchent cependant cette aventure plus intime d’aller complètement au bout de ses ambitions.
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